Depuis toujours, la musique reflète nos sociétés

  • Forum
  • Le 21 mars 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Jean-Jacques Nattiez (à gauche) animait la présentation des conférenciers François Girard, Lorraine Vaillancourt et Georges Leroux.

Jean-Jacques Nattiez (à gauche) animait la présentation des conférenciers François Girard, Lorraine Vaillancourt et Georges Leroux.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Trois conférenciers sont venus présenter leurs réflexions sur la musique comme «reflet de nos sociétés» à la Conférence de la montagne du 20 mars.

La musique est indissociable de l’œuvre du cinéaste François Girard. «On me pose souvent des questions sur la place de la musique dans mes films et je réponds invariablement que la musique est pour moi une forme de langage très proche du langage cinématographique. Elle décrit l’âme humaine, porte une tradition culturelle. Il faut écouter Bach pour comprendre la culture luthérienne, Chostakovitch pour saisir l’âme russe…»

François Girard était l’un des invités de la 5e Conférence de la montagne, qui a réuni quelque 600 personnes à l’amphithéâtre Ernest-Cormier de l’Université de Montréal le 20 mars. Au cours de la rencontre, intitulée «La musique, reflet de nos sociétés?», se sont aussi exprimés sur la scène la chef d’orchestre Lorraine Vaillancourt et le philosophe Georges Leroux. Elle était animée par le musicologue Jean-Jacques Nattiez, professeur émérite de la Faculté de musique de l’UdeM.

En souhaitant la bienvenue au public, le recteur Guy Breton a souligné la place occupée par la création artistique sur le campus, non seulement en musique, mais aussi en architecture, design, cinéma et littérature. Il a raconté que, pour ses parents, la musique était peu accessible. «Lorsqu’ils étaient enfants, mes parents n’avaient que deux façons d’écouter de la musique: en en jouant eux-mêmes ou en se rendant dans une salle de concert ou à l’église le dimanche.» Aujourd’hui, à la seule Faculté de musique, on présente environ 600 concerts par an, dont des opéras, des spectacles de jazz, du Big Band, etc.

50 ans au service de la musique actuelle

Considérée par ses pairs comme une «artiste incontournable», la pianiste et chef Lorraine Vaillancourt, récemment lauréate d’un prix Opus hommage, a consacré près de 50 ans de sa vie à la musique contemporaine. Pour elle, «la création est une richesse, un lieu de découverte et de réflexion, une formidable invitation au voyage. Pourtant ce milieu de la création est et restera toujours fragile».

Déplorant la diffusion de musiques de piètre qualité «dans les salons funéraires, ascenseurs, centres commerciaux et même dans nos téléphones», la musicienne s’est dite fière d’avoir participé à la mise en valeur d’une musique actuelle, «véritable reflet de notre société». À son avis, on fait fausse route si l'on ferme les écoles de musique, car cet art ne doit pas être une «activité parascolaire».

Georges Leroux, professeur émérite de philosophie de l’UQAM et auteur de plusieurs essais sur la musique, a lu un texte sur la correspondance entre Thomas Mann (1875-1955) et Theodor Adorno (1903-1969), dans laquelle la musique tient une place prépondérante. Le conférencier a déclaré regretter que la figure du «héros musicien» du siècle dernier ait été remplacée par celle de la vedette populaire à l’ère des réseaux sociaux.

Plan séquence où vous êtes la caméra

Georges Leroux, Jean-Jacques Nattiez et Lorraine Vaillancourt ont tour à tour encensé les mises en scène de François Girard au Metropolitan Opera de New York. Car, parallèlement à sa carrière de cinéaste, le Montréalais monte des opéras de Wagner, notamment, sur la scène la plus prestigieuse du monde. Son Parsifal avait reçu un accueil critique triomphal il y a quelques années. Le mois dernier, il en a proposé une nouvelle version dirigée par Yannick Nézet-Séguin. Et Le vaisseau fantôme sera à l’affiche en 2020.

«Je monte mes opéras comme un long plan séquence où la caméra demeure fixe, à la place du spectateur», a-t-il expliqué. C’est avec un pincement au cœur qu’il accepte qu’une retransmission vidéo multiplie les prises, mais c’est un compromis acceptable, puisqu’aux 30 000 personnes qui verront la représentation sur place s’ajoutera un auditoire numérique de trois ou quatre millions de spectateurs…

Pour François Girard, le campus de l’Université de Montréal est un endroit familier, car il participe depuis plusieurs années aux séminaires de l’anthropologue Mariella Pandolfi sur la politique et la musique. C’est sur les lieux mêmes de la Conférence de la montagne qu’il a fixé le décor de son dernier film, Hochelaga, terre des âmes, où un étudiant en archéologie vient soutenir sa thèse de doctorat.

  • Plus de 600 personnes s'étaient inscrites à la 5e Conférence de la montagne.

    Crédit : Amélie Philibert