Comment les orthopédistes et les cardiologues choisissent-ils les dispositifs qu’ils vous implanteront?

  • Forum
  • Le 23 mars 2018

  • Martin LaSalle
Dans le cabinet d’un orthopédiste ou d’un cardiologue, rares sont les patients qui cherchent à savoir si le dispositif qu’on leur implantera sera optimal pour eux…

Dans le cabinet d’un orthopédiste ou d’un cardiologue, rares sont les patients qui cherchent à savoir si le dispositif qu’on leur implantera sera optimal pour eux…

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Les orthopédistes et les cardiologues sont soumis à différentes contraintes lorsque vient le moment de choisir les dispositifs qu’ils implanteront à leurs patients, selon une étude de Pascale Lehoux.

Chez le garagiste, il est normal que vous demandiez au mécanicien s’il réparera votre véhicule avec une pièce d’origine ou de rechange. Or, dans le cabinet d’un orthopédiste ou d’un cardiologue, rares sont les patients qui cherchent à savoir si le dispositif qu’on leur implantera sera optimal pour eux…

Pourtant, les implants, les prothèses, les stimulateurs cardiaques, les barres de métal et les vis, bref, toute la quincaillerie qui reste dans le corps après une chirurgie peut comporter des avantages, mais aussi entraîner des effets indésirables – parfois importants – que les patients devraient connaître à l’avance.

«C’est une bonne idée de poser des questions à notre chirurgien pour être bien informé et faire des choix éclairés, et trouver quel dispositif convient le mieux à notre situation», suggère la professeure Pascale Lehoux, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Mme Lehoux formule cette recommandation à la lumière des résultats d’une étude réalisée par Anna Gagliardi, de l’Université de Toronto, à laquelle elle a pris part. Ces résultats mettent en lumière les contraintes qui limitent ces spécialistes dans le choix des appareils qu’ils implantent.

Cinq types de contraintes

Pascale Lehoux

Crédit : Amélie Philibert

Les entrevues de fond menées auprès de 10 cardiologues et de 12 orthopédistes, répartis dans cinq provinces canadiennes, ont permis à Pascale Lehoux et à ses collègues de relever cinq types de contraintes.

La première découle du manque de preuves scientifiques quant à l’innocuité des dispositifs et aux complications qui peuvent survenir. «Lorsque de nouveaux appareils arrivent sur le marché, certaines données permettent de savoir s’ils sont sécuritaires, mais comme on est en phase expérimentale, on n’a pas encore pu déterminer des effets indésirables ou des complications à long terme», explique la professeure. Les spécialistes se tournent alors vers des collègues qui ont expérimenté avant eux les dispositifs en question.

La deuxième contrainte est liée aux facteurs anatomiques du patient – sa taille, son âge –, dont les orthopédistes et les cardiologues tiennent généralement compte mais pas toujours. «Par exemple, en cardiologie, si un patient est plutôt jeune, on ne choisira pas nécessairement un stimulateur cardiaque qui réduira le nombre d’interventions destinées à changer la pile; cette décision ne sera pas prise avec le patient», poursuit Pascale Lehoux.

Il y a également des médecins qui ont tendance à n’utiliser que les appareils avec lesquels ils ont été formés et qui leur sont familiers. Ils se fieront davantage à leurs collègues dans une situation où ils doivent employer un dispositif plus récent.

Les facteurs organisationnels et systémiques sont le troisième type de contraintes. «Les politiques d’achats groupés limitent la gamme des produits que peuvent obtenir les chirurgiens, et elles créent une ambigüité: c’est bien si les achats de groupe permettent de se procurer les meilleurs dispositifs à meilleur coût, mais pas s’ils restreignent l’éventail des produits pour économiser de l’argent», soulève-t-elle.

Enfin, la dernière contrainte a trait au rapport délicat qu’entretiennent les spécialistes avec les représentants des entreprises qui, au cours des 15 dernières années, ont lancé plusieurs nouveaux dispositifs médicaux sur le marché.

«Bien qu’ils détiennent beaucoup d’informations, les représentants ne sont pas neutres, indique Mme Lehoux. Des relations de confiance à long terme peuvent s’établir lorsqu’il s’agit d’un produit complexe qui requiert une information transparente quant aux risques qu’il présente, mais ce n’est pas forcément le cas pour les dispositifs moins complexes.»

Risques faibles, mais potentiellement graves

Selon Pascale Lehoux, les politiques publiques peuvent parfois être encombrantes, «mais elles sont là pour qu’on innove de façon responsable et qu'on parvienne à des données probantes qui éclairent les choix médicaux».

Néanmoins, si le choix d’un dispositif à implanter ne paraît pas toujours optimal pour le patient, le risque que celui-ci subisse des effets indésirables graves est faible, selon les résultats de l’étude.

«Toutefois, les conséquences d’un mauvais choix peuvent s’avérer dévastatrices si, par exemple, la pose d’une prothèse de la hanche provoque une infection grave qui oblige à réopérer le patient», illustre-t-elle.

«C’est pourquoi nous croyons que les patients doivent poser des questions et que les médecins doivent, par un dialogue plus ouvert, établir un lien de confiance plus solide avec le patient, qui est appelé à devenir de plus en plus un partenaire; les nouvelles générations de chirurgiens sont d’ailleurs formées à cet effet», conclut Mme Lehoux.