Lancement de l’Index de l’émergence en Afrique

Une scène de rue à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, pays qui se classe 26e sur 54 dans le nouvel Index de l'émergence en Afrique.

Une scène de rue à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, pays qui se classe 26e sur 54 dans le nouvel Index de l'émergence en Afrique.

En 5 secondes

Pour les chercheurs en science politique de l’Université de Montréal qui ont créé un nouvel outil de classement du développement des 54 pays d’Afrique, il n’y a pas que l’économie qui compte.

L’Afrique ne se limite pas à la somme de ses économies nationales. C’est un continent de systèmes politiques et de programmes sociaux, d’organisations et d’infrastructures, de politiques environnementales et de services de santé. Comment ces éléments se combinent-ils et dans quelle mesure la combinaison des attributs et des lacunes de chaque pays en fait-elle un pays «émergent» ou non?

Deux chercheurs en science politique de l’Université de Montréal, le Nigérien Mamoudou Gazibo et le Camerounais Olivier Mbabia, ont publié un index de performance exhaustif des 54 pays d’Afrique pour répondre à ces questions et déterminer leur classement sous quatre aspects du développement: politique, économique, sociétal et humain. Pour chacun de ces aspects, les chercheurs ont examiné cinq ou six sous-catégories, comme la stabilité démocratique, la croissance du PIB, le taux d’alphabétisation, le rôle des femmes et l’espérance de vie.

Les auteurs espèrent que le rapport de 54 pages, qui sera mis à jour chaque année et qui n’est pour le moment disponible qu’en français en attendant la publication de la traduction anglaise, sera un outil utile pour les décideurs en Afrique et ailleurs. Ils lancent également un observatoire de l’émergence en Afrique, nouvelle entité du Pôle de recherche sur l'Afrique et le monde émergent, consacré à ce projet et affilié au Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM.

«Nous voulons tirer des leçons, proposer des indicateurs permettant d’élaborer des politiques rationnelles et globales, en un mot orienter les décideurs dans la bonne direction, explique Mamoudou Gazibo. Notre index est un outil pratique, mais il peut aussi alimenter la recherche fondamentale sur des sujets comme le processus démocratique et la gouvernance.»

Qu’est-ce que l’émergence exactement?

Mamoudou Gazibo, professeur de science politique à l'UdeM et coauteur de l'Index de l'émergence en Afrique 2017.

Crédit : Amélie Philibert

«L’émergence est un processus par lequel la dynamique de croissance économique dans un pays engendre des bénéfices pour la société et pour la population, dans le contexte d’institutions stables, plus précisément d’institutions démocratiquement stables», souligne Mamoudou Gazibo. En ce sens, «les ingrédients requis pour le processus d’émergence en Afrique sont différents de ceux qui ont été nécessaires en Asie par exemple».

«À Singapour, en Corée du Sud, à Taiwan et en Chine, l’émergence s’est produite sous des régimes autoritaires. Or, l’Afrique a connu une telle instabilité à cause des coups d’État, des révolutions et des guerres civiles que les sociétés africaines ont aujourd’hui soif de démocratie et de bonne gouvernance. L’émergence est impossible ou du moins non durable si une forme d’apaisement démocratique ne s’enracine pas», fait observer le chercheur de l’UdeM.

Le processus d’émergence ne va pas sans ambigüités toutefois. «Quand l’économie d’un pays se développe, cela crée aussi des inégalités, ajoute-t-il. Ainsi, en Guinée équatoriale, pays très autoritaire et riche en ressources, la richesse n’est pas distribuée de façon équitable, puisqu’une seule famille l’accapare. Ce pays se trouve très bas dans notre classement, à la 47e position sur 54.»

Raison de plus, donc, pour se doter d’indicateurs clairs de ce que l’émergence signifie pour tous les échelons de la société, dans tous les secteurs: autrement dit, un index. Les pays dont les indicateurs sont les plus positifs se classent le mieux (les trois premiers sont Maurice, l’Afrique du Sud et les Seychelles) et ceux dont les indicateurs sont les plus négatifs occupent les derniers rangs (le Tchad, le Soudan du Sud et la Somalie).

Pour Mamoudou Gazibo, en Afrique, «les choses ne sont pas aussi simples que le prétendait le slogan de la campagne de Bill Clinton en 1992: It's the economy, stupid».

«On ne peut considérer l’émergence sous le seul angle de la performance économique, comme plusieurs le font actuellement. L’émergence est multidimensionnelle. Bien sûr, l’économie compte pour beaucoup et est indispensable au développement. Mais elle doit se traduire par des avantages concrets pour tous.»

  • Une carte de l'Afrique, avec ses 54 nations colorées pour refléter leur niveau d'émergence. Le vert foncé correspond au niveau le plus élevé, le rouge à celui le plus bas.

    Crédit : PRAME

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