L’autre matin au café d’à côté: trois doyens en fin de mandat

De gauche à droite, Paul Lewis, doyen de la Faculté de l'aménagement, Louise Poirier, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation, et Isabelle Panneton, doyenne de la Faculté de musique.

De gauche à droite, Paul Lewis, doyen de la Faculté de l'aménagement, Louise Poirier, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation, et Isabelle Panneton, doyenne de la Faculté de musique.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Au printemps 2018, les doyens des facultés de l’aménagement, de musique et des sciences de l’éducation termineront leur mandat. Causerie autour de leurs impressions du décanat.

À leur arrivée au restaurant Le Cercle – HEC, Louise Poirier, Isabelle Panneton et Paul Lewis ressemblent davantage à un groupe d’étudiants en fin de session qu’à trois doyens en fin de mandat. «Tu sais qu’il te reste 99 jours à partir d'aujourd’hui?» «Ah non, moi, il m’en reste un peu moins!» «Regarde, c’est mon appli pour faire le décompte des jours restants.» S’ensuit la fébrilité quant à ce qui les attend au lendemain de leurs mandats respectifs: cours intensif de photographie pour Paul Lewis, voyage familial en Écosse pour Louise Poirier et retour à ses partitions pour la compositrice Isabelle Panneton. Mais l’enthousiasme est tout aussi palpable lorsqu’ils évoquent autour d’un café leur passage comme doyen et doyennes, un rôle qu’aucun des trois n’avait envisagé au cours de sa carrière.

Isabelle Panneton

Crédit : Amélie Philibert

Louise Poirier (sciences de l'éducation): Personnellement, j’étais très heureuse en tant que directrice de département et je ne me voyais pas du tout doyenne. J’ai accepté parce que j’avais, entre autres, un projet en tête, soit la réalisation de la clinique L’extension.

Isabelle Panneton (musique): Pour ma part, j’ai été parachutée au décanat. On m’a demandé d’assumer le poste intérimaire un 15 septembre et le 18 j’entrais en fonction. Et puis je me suis laissé happer par le plaisir et les défis. J’ai réalisé qu’il y avait autour de moi des gens formidables avec qui j’avais envie de travailler.

Paul Lewis (aménagement): Quand on est professeur, on ne comprend pas toujours le fonctionnement de l’administration. Je pensais que j’allais passer mes journées dans les chiffriers! En fin de compte, c’est un rôle qui exige beaucoup de psychologie et de qualités humaines et qui m’aura apporté beaucoup de bonheur, notamment pour les rencontres qu’il suscite.

Louise Poirier: Pour moi, c’est le contraire, j’ai l’impression de consacrer tout mon temps aux chiffriers! Je ne pensais pas que le budget occuperait une si grande part… Mais c’est pendant la grève étudiante de 2012 que j’ai réellement compris ce que voulait dire être doyenne. J’étais moi-même un peu découragée par l’ampleur que prenaient les évènements et, lorsque j’ai exprimé ce découragement, je me suis rendu compte que mes états d’âme avaient une influence sur les membres de la faculté. J’ai dû apprendre à les contenir afin d’être en mesure de soutenir mon monde.

Être à la fois doyen et professeur?

Louise Poirier: Même si nous sommes doyens, nous demeurons des professeurs à 100 %!

Paul Lewis: Les tâches de doyen s’ajoutent à celles de professeur, puisque nous continuons à enseigner, à faire de la recherche et à encadrer des étudiants.

Isabelle Panneton: Mais il faut bien admettre que ça change notre relation avec les gens de la faculté. À partir du moment où l’on est nommé doyen, on est davantage qu’un professeur. Pour moi, ce changement a été radical.

Sur les différences entre les rôles de professeur et de doyen…

Louise Poirier: Lorsqu’on est professeur, c’est nous et notre recherche qu’on met de l’avant. Lorsqu’on est doyen, on se place derrière nos professeurs.

Paul Lewis: Tout à fait. Quand on est professeur, on regarde les prix d’excellence en enseignement en se demandant dans quelle catégorie on pourrait poser sa candidature. Comme doyen, on se demande dans quelle catégorie soumettre les dossiers des autres!

Isabelle Panneton: Être doyen nous pousse aussi à sortir de notre bulle pour aller à la rencontre d’autres espaces de recherche.

Sur le statut particulier du doyen…

Paul Lewis

Crédit : Amélie Philibert

Paul Lewis: L'Université, c'est un projet collectif et nous y prenons part pour le développement de notre faculté d’abord, mais aussi pour l'établissement au sens plus large. Il y a parfois de fausses perceptions, par exemple que nous sommes le bras agissant de la haute direction.

Isabelle Panneton: C’est bien dit! En fait, notre rôle est d’assurer une communication entre nos collègues et l’administration en synthétisant la vision et la volonté de chacun, en plus de transmettre les bons enjeux de part et d’autre.

Paul Lewis: Et bien que ce soit un poste à responsabilités, notre pouvoir est d’abord collectif, avec nos vice-recteurs et employés de soutien, mais aussi avec la haute direction, les autres facultés et les services centraux de l’Université.

Isabelle Panneton: Et il faut prendre des décisions en tenant compte de l’expertise de tous. Ce n’est pas parce qu’on est convaincu d’avoir la bonne solution que c’est celle qui sera retenue. Il faut faire beaucoup plus de compromis que lorsqu’on est professeur, c’est certain…

Être doyen, ça change une vie?

Louise Poirier: Après avoir été doyenne, je ne peux plus voir les choses localement. Tout prend une perspective plus large.

Paul Lewis: Je suis d'accord! Le passage au décanat donne une conscience macro. J’ai constaté toute l’importance qu’a l’Université dans la vie de nos étudiants. 

Isabelle Panneton: C’est drôle que tu dises ça, puisque je n’ai jamais eu autant envie de parler aux étudiants que depuis que je suis doyenne! Et il faut inviter nos professeurs à le faire davantage, à éduquer au sens de ex ducere, soit conduire les étudiants en dehors d’eux-mêmes, leur parler au-delà de la simple transmission des connaissances.

Louise Poirier: Et ça nous change aussi sur le plan personnel. Initialement, j’avais des craintes quant à ma capacité d’assumer mes décisions et de tenir mon bout. Et j’ai réalisé que j’en étais capable.

Isabelle Panneton: En tant que compositrice, j’ai à prendre une foule de décisions, mais elles sont d’un autre ordre… Mon mandat de doyenne a sollicité des aspects de ma personnalité qui n’auraient pas été sollicités autrement. Ça m’a changé sur le plan humain.

Sur les souhaits qu’ils formulent pour leur faculté…

Louise Poirier

Crédit : Amélie Philibert

Louise Poirier: La Faculté des sciences de l’éducation n’a pas encore fait tout ce qu’elle peut faire en termes de pédagogie postsecondaire. Elle a longtemps été vue comme la faculté qui forme les enseignants du primaire et du secondaire, mais ça ne doit pas s’arrêter là.

Isabelle Panneton: Pour la musique, je crois que le défi est de rétablir la passerelle de la formation musicale du primaire aux cycles supérieurs. En tant que doyens, nous avons un message à envoyer: rien ne devrait entraver la qualité de l’encadrement et du contenu au primaire. Nous en bénéficierions tous!

Paul Lewis: J’ai une grande confiance en la Faculté de l’aménagement, surtout lorsque je vois arriver les nouveaux professeurs. Ils sont pleinement en mesure de construire une faculté en fonction de leurs préoccupations.

Isabelle Panneton: Absolument! Ils émergent de la société, alors ils sont en phase avec elle. Et de plus... ils sont jeunes!

Le Bureau des communications et des relations publiques de l’Université de Montréal tient à remercier l’équipe du restaurant Le Cercle – HEC pour son accueil chaleureux.