L’OUM fait sa révolution

L’OUM célébrera le centenaire de la révolution d’Octobre à son concert de clôture.

L’OUM célébrera le centenaire de la révolution d’Octobre à son concert de clôture.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Pour souligner le centenaire de la révolution d’Octobre, l’OUM consacre son dernier grand concert de l’année à la musique russe. Au programme: Prokofiev, Chostakovitch et Airat Ichmouratov.

Cent ans après la chute du tsar et l’arrivée des bolchéviques au pouvoir à Moscou, Chostakovitch s’imposait pour ce concert de clôture de l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM), déclare le directeur artistique de l’OUM, le chef Jean-François Rivest.

«Le poème symphonique Octobre lui a été commandé en 1967, à l’occasion du 50e anniversaire de la révolution, explique-t-il. Or, cette révolution a eu pour conséquence la formation de l’Union soviétique et plus tard l’arrivée au pouvoir de Staline, auquel Chostakovitch s’est constamment opposé, mais de manière subtile, puisqu’il n’a pas été envoyé au goulag, contrairement à bon nombre de compositeurs et d’écrivains.»

Il compose ainsi une œuvre tout en sarcasme à une époque où, certes, Staline est mort et enterré, mais où l’on ne parle pas encore de détente. Une œuvre qui, en apparence, célèbre le triomphe de la révolution, mais qui en réalité dénonce l’oppression du peuple et les milliers de morts qu’a fait le régime. Et cela, sans que l’intelligentsia soviétique d’alors s’en rende compte.

«Chostakovitch a toujours défendu les opprimés, précise Jean-François Rivest. Il est allé puiser dans la complexité humaine pour essayer de répondre à cette question irrésolue, à savoir pourquoi les hommes s’entretuent?»

Ode à la jeunesse

Cette grande question se retrouve également dans le Quatuor à cordes no 8 en do mineur ou Symphonie de chambre, l’autre pièce de Chostakovitch au programme de ce concert. Cette fois, pas de double sens. La dénonciation du nazisme et de l’antisémitisme est évidente.

«C’est sans doute l’œuvre la plus personnelle du compositeur, indique Jean-François Rivest. Le cahier est très mince, il semble ne rien y avoir là-dedans et, pourtant, il y a une telle intensité! C’est d’ailleurs ce qui la rend complexe pour les étudiants. Ils doivent aller chercher des ressources en eux pour les communiquer au public. Alors même que pour nombre d’entre eux ces tourments du passé sont très loin de leur réalité.»

Un passé, une histoire qui sont en revanche ceux d’Airat Ichmouratov, jeune compositeur ayant en effet grandi en Russie avant de s’installer au Québec au début des années 2000. Alors inscrit à la maîtrise en clarinette à la Faculté de musique de l’UdeM, il entreprendra par la suite un doctorat en direction d’orchestre avant de se consacrer à la composition. Son Ouverture pour la jeunesse, jouée depuis 2015 par divers orchestres dans le monde, sera cette fois interprétée par l’OUM, l’orchestre dans lequel il a commencé comme clarinettiste et qu’il a ensuite dirigé.

«C’est une grande fierté, lance-t-il. J’ai étudié ici pendant sept ans. J’adore cet orchestre et Jean-François Rivest est un modèle pour moi. C’est un grand cadeau qu’il me fait de jouer ma pièce.»

Une œuvre en forme d’ode à la jeunesse, cette période magique où tout est encore possible et où l’on est assez fort pour affronter les éléments. D’où l’image de ce voilier qui traverse l’océan, affrontant des vents forts et des vagues brutales, s’échouant parfois, mais persévérant encore et encore afin d’atteindre sa destination…

Défi passionnant pour un soliste

Le jeune pianiste Martin Jacobs concrétisera lui aussi un rêve, le samedi 14 avril à la salle Claude-Champagne, lorsqu’il interprétera avec l’Orchestre de l’Université de Montréal le Concerto pour piano n° 2 en sol mineur, de Prokofiev. Une œuvre avec laquelle il a remporté l’an dernier le premier prix du Concours de concerto de l’OUM.

«C’est l’émotion de ma vie! confie-t-il. Quand j’assistais à des concerts dans cette salle, je ne pouvais m'empêcher de m'imaginer sur scène avec l'Orchestre. Jean-François Rivest est un chef inspirant et sa réputation n’est plus à faire. Je suis vraiment chanceux de jouer cette pièce magnifique dans ces conditions.»

Pour le résidant de New York, Montréal est «une deuxième maison». Il se réjouit à l’idée de jouer avec ses collègues de l’UdeM, même s’il reconnaît que la pièce qu’il a choisie n’est pas simple à mettre en place.

«Il y a beaucoup de moments qui demandent une collaboration étroite entre le soliste et l'Orchestre, note-t-il. Définir la texture et chacun de nos rôles et gérer les rythmes exigeants et la puissance de la pièce représentent un défi passionnant pour nous tous.»

Jean-François Rivest se souvient quant à lui de la prestation de Martin Jacobs au concours d’interprétation et il n’a aucun doute sur la qualité de l’exécution qu’offriront les musiciens étudiants.

Des étudiants qui, croit-il, sortiront tous grandis de ce concert.

«Toutes les œuvres jouées sont redoutables à leur façon et présentent de réels défis pour de jeunes musiciens, avoue-t-il. Techniquement et sur le plan des émotions qu’ils doivent transmettre. À l’issue du concert, ils seront assurément de meilleurs professionnels.»

  • L’OUM, dirigé par Jean-François Rivest (à gauche), jouera une pièce du diplômé Airat Ichmouratov (à droite).

    Crédit : Amélie Philibert

À savoir

Le concert Révolution sera présenté le samedi 14 avril à 19 h 30 à la salle Claude-Champagne de la Faculté de musique de l’UdeM, 220, avenue Vincent-D'Indy, à Montréal.

Billets en vente sur admission.com au prix de12 $; entrée gratuite pour les étudiants.