Il y a moins de risques d’accoucher prématurément à 30 ans qu’à 20!

  • Forum
  • Le 11 avril 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Les chercheurs apportent de bonnes nouvelles aux trentenaires qui souhaitent avoir des bébés.

Les chercheurs apportent de bonnes nouvelles aux trentenaires qui souhaitent avoir des bébés.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Une équipe multidisciplinaire révèle que les femmes de 30 à 34 ans mènent plus de grossesses à terme et ont des bébés en meilleure santé que les mères de 10 ans de moins.

Les mères âgées de 30 à 34 ans mènent plus de grossesses à terme et donnent naissance à des bébés en meilleure santé que les mères de 20 à 24 ans. Voilà la conclusion d’une étude épidémiologique qui a porté sur près de 200 000 accouchements pratiqués de 2008 à 2011 dans 32 hôpitaux du Québec.

«Nous tenons pour acquis depuis toujours que les risques de complications pour les mères augmentent avec l’âge. Nous ignorions qu’il y avait une courbe inversée dans la catégorie des 30 à 35 ans», résume le Dr François Audibert, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, qui a coordonné cette étude cosignée par trois autres chercheurs de l’UdeM (Florent Fuchs, Barbara Monet et Thierry Ducruet) et un chercheur de l’Université de Sherbrooke (Nils Chaillet).

Le professeur d’obstétrique-gynécologie ne veut pas s’aventurer trop loin sur le terrain des explications sociologiques, mais il soutient que la différence est significative entre les maternités plus tardives et celles qu’on observe au début de la vingtaine. «Les femmes qui deviennent mamans entre 20 et 25 ans donnent plus souvent naissance à des bébés prématurés que les femmes de 10 ans de plus.» Cela dit, les complications de grossesse associées aux problèmes de santé comme le diabète et l’hypertension croissent proportionnellement avec l’âge.

Plus de prématurité de 20 à 24 ans

C’est au chapitre de la prématurité (moins de 37 semaines de gestation) et de la grande prématurité (moins de 32 semaines) que les résultats sont les plus spectaculaires, soulignent les auteurs de l’article publié en janvier dernier dans PLOS ONE. Un graphique montre clairement la courbe inversée. Le risque de prématurité atteint 6,8 % de 20 à 24 ans, descend à 5,7 % de 30 à 34 ans et remonte ensuite à 7,8 % chez les plus de 40 ans.

«Nous ne voulons pas lancer le message qu’il faut éviter les grossesses tardives ou précoces, bien entendu. Mais nous croyons qu’il était nécessaire d’éclairer cette anomalie statistique, qui révèle une réalité peu connue», reprend le professeur d’origine française arrivé à l’Université de Montréal en 2003 et qui effectue des travaux de recherche en plus de son enseignement dans sa spécialité.

Pourquoi?

Le Dr François Audibert

Crédit : Amélie Philibert

L’étude épidémiologique est basée sur les 185 000 naissances d’une enquête réalisée au Québec dans le cadre du projet QUARISMA, entrepris par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada et le CHU Sainte-Justine pour évaluer l’effet de la formation professionnelle sur la réduction des taux de césariennes, jugés trop élevés. «Cette enquête recèle de nombreuses données qui ne sont pas liées au premier objectif mais qui s’avèrent pertinentes», mentionne le chercheur, qui se dit ravi d’avoir intégré une dimension interdisciplinaire à ses travaux. La présence d’un anthropologue parmi les signataires a donné une couleur particulière aux travaux de l’équipe.

Des éléments comme les grossesses multiples, les malformations fœtales et la mort intra-utérine ont été exclus de l’échantillonnage afin de ne pas fausser les données. Le nombre total de grossesses étudiées est de 165 195.

«Les femmes ont leur premier bébé plus tard qu’autrefois. C’est une réalité non seulement au Québec, mais partout dans les pays développés. Même si, biologiquement, elles sont sans doute au sommet de leurs capacités reproductives au tournant de la vingtaine, de nombreuses variables interviennent dans leurs choix de maternité», conclut le Dr Audibert. 

La balle est dans le camp des sociologues. À eux de trouver une explication aux conditions qui font en sorte que les femmes qui ont des enfants au début de la vingtaine ont plus d’ennuis de santé qui menacent leur grossesse et éventuellement leur bébé que celles qui attendent le milieu de la trentaine…