Les créatrices surréalistes sont exposées à la bibliothèque

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  • Le 13 avril 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Le journal de Frida Kahlo trouve sa place dans la thématique, car la peintre mexicaine (1907-1954) s’y «livre à une transfiguration de la réalité, à une mise en scène de soi et, surtout, à une théâtralisation de son corps, de sa douleur et de ses affects», comme on peut le lire sur un cartel.

Le journal de Frida Kahlo trouve sa place dans la thématique, car la peintre mexicaine (1907-1954) s’y «livre à une transfiguration de la réalité, à une mise en scène de soi et, surtout, à une théâtralisation de son corps, de sa douleur et de ses affects», comme on peut le lire sur un cartel.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Un groupe d’étudiantes rend hommage aux écrivaines et artistes surréalistes dans une exposition où l’on peut admirer des pièces de la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales.

«Les femmes n’ont pas été que des muses ou des objets d’admiration poétique pour les écrivains et les artistes du courant surréaliste. Elles ont aussi été de formidables créatrices», dit Andrea Oberhuber, professeure au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal.

Nous sommes à l’atrium de la Bibliothèque des lettres et sciences humaines de l’UdeM, où 16 étudiantes mettent la dernière main à l’exposition Le Livre surréaliste au féminin: faire œuvre à deux, qui se tient jusqu’au 4 mai. «Qu’elles aient été publiées dans l’entre-deux-guerres ou dans les années 1970, les œuvres présentées relèvent, de près ou de loin, de l’esthétique du surréalisme et font la part belle à ses valeurs: le merveilleux, l’instinct et la folie, l’enfance et le jeu, le désir et l’érotisme, la révolte et la subversion des normes établies, le rêve et l’écriture à quatre mains», écrit cette spécialiste de l’écriture des femmes et des avant-gardes historiques.

Dans son séminaire Écrits des femmes (XIXe-XXIe siècles), la professeure Oberhuber a proposé à ses étudiantes d’organiser une exposition dans les règles de l’art. «Non seulement elles ont accueilli positivement la proposition, mais elles ont apporté une multitude d’idées toutes plus originales les unes que les autres», commente Mme Oberhuber, enchantée du résultat. Leur contribution à l’exposition a été considérée dans l’évaluation du cours, en plus des exposés thématiques. On peut d’ailleurs voir des extraits de leurs travaux en complément de la présentation des livres prêtés par la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales.

Les étudiantes (Sarah-Jeanne Beauchamp Houde, Anne Borgella, Florence Dubois, Marie Joëlle Essex, Jeanne Hourez, Beth Kearney, Henriette Yaa Koko, Béatrice Lefebvre-Côté, Marianne Martin, Marie Meuleman, Julie-Michèle Morin, Alexe Pilon, Clélia Pulido, Valérie Savard, Sandrine Sibuet et Ludmilla Vekhoff) n’ont pas compté leurs heures en vue du vernissage. Deux mannequins habillés de façon surréaliste accueillent les visiteurs; une carte du monde présente les lieux de naissance, de création et, parfois, d’émigration des auteures et des artistes; une vitrine a été construite pour mettre en valeur des reproductions d’œuvres translucides éclairées par l’arrière; des extraits vidéos et des photos sont projetés sur des écrans. Mais la plus impressionnante réalisation est sans doute une synthèse graphique de l’exposition sous forme de livre-objet, une pièce unique dont la reliure a été cousue à la main.

L’ouvrage met en valeur le processus créatif d’une douzaine d’auteures surréalistes. L’une d’elles, Leonora Carrington (1917-2011), incarne bien l’existence singulière de ces artistes méconnues. Issue d’une famille bourgeoise d’Angleterre, la jeune femme rencontre Max Ernst à une exposition dans les années 30. Elle devient sa compagne et le couple côtoie notamment celui qu’on surnomme «le pape du surréalisme», André Breton. Quand Max Ernst est interné durant la guerre, elle fuit la France, mais sa douleur lui fait perdre la raison. Après un séjour dans un hôpital psychiatrique en Espagne, elle parvient à émigrer en Amérique en compagnie du poète mexicain Renato Leduc. Elle laissera une œuvre trilingue de peintre et d’écrivaine. On peut admirer dans l’exposition deux de ses livres surréalistes: La maison de la peur, illustré de collages hallucinants de personnages à tête de cheval, et La dame ovale, accompagné de collages de Max Ernst.

  • Femmes à chapeau et à loup… elles ont été les muses des surréalistes. Mais elles ont aussi produit des œuvres d’art. Cette exposition veut leur donner leur place à titre de créatrices.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Après avoir été la «femme-enfant» du photographe Man Ray, Gisèle Prassinos (1920-2015) publie en 1975 «Brelin le frou», un livre qui «détourne l’idéal avant-gardiste de la collaboration interartistique», selon les étudiantes du séminaire.

    Crédit : Amélie Philibert
  • «Le poids d’un oiseau», de Lise Deharme et Leonor Fini, d’où est tirée cette gravure, est un recueil de poèmes qui présentent un «subtil mélange d’éléments merveilleux, d’humour noir et d’érotisme», selon le texte présenté dans l’exposition qu’on peut voir jusqu’au 4 mai.

  • «Sur le champ» présente des textes de l’écrivaine française Annie Le Brun (1942-) illustrés par des œuvres de l’artiste tchèque Marie Čermínová, dite Toyen (1902-1980).

  • La vie de Leonora Carrington (1917-2011) a inspiré le roman «Leonora» à l’écrivaine mexicaine Elena Poniatowska.

    Crédit : Amélie Philibert