Survivre aux changements climatiques, jadis et maintenant

Quelques objets trouvés dans l’abri Bombrini, en Ligurie, sur la Riviera ligure, par des archéologues de l’Université de Montréal et de l’Université de Gênes.

Quelques objets trouvés dans l’abri Bombrini, en Ligurie, sur la Riviera ligure, par des archéologues de l’Université de Montréal et de l’Université de Gênes.

Crédit : Julien Riel-Salvatore

En 5 secondes

Des fouilles archéologiques en Italie révèlent que les hommes préhistoriques ont survécu à une grande catastrophe naturelle en coopérant les uns avec les autres. Une leçon à tirer pour notre avenir.

Les liens commerciaux et sociaux ont aidé nos ancêtres Homo sapiens à survivre à une éruption volcanique qui a changé le climat il y a 40 000 ans. Cela nous donne espoir que nous pourrons surmonter le réchauffement climatique si nous restons en relation les uns avec les autres, indique une étude parue récemment dans la revue Journal of Quaternary Science.

En analysant d’anciens outils et ornements préhistoriques provenant de l’abri Bombrini, en Ligurie, sur la Riviera ligure, des archéologues de l’Université de Montréal et de l’Université de Gênes ont conclu que la clé pour demeurer en vie était la coopération.

«C’est en Ligurie que certains des premiers Homo sapiens, qui sont plus ou moins nos ancêtres directs, ont vécu en Europe, dit Julien Riel-Salvatore, professeur au Département d’anthropologie de l’UdeM, qui a corédigé l’étude avec son collègue italien Fabio Negrino. Ils descendaient des Néandertaliens, mais contrairement à eux, quand ils ont été confrontés à de brusques changements climatiques, ils ne se sont pas éteints localement et n’ont pas abandonné leur territoire. Ils se sont adaptés.»

Les Homo sapiens vivaient dans cette région depuis plus de 1000 ans quand une «superéruption» s’est produite dans les champs Phlégréens de l’Italie du Sud, à l’ouest de la ville actuelle de Naples, et a dévasté la majorité de l’Europe. «On a longtemps cru que cette catastrophe avait décimé la plupart des premiers Homo sapiens du continent. Or, nous avons pu démontrer que certains d’entre eux ont réussi à surmonter la situation et à survivre en gérant l’incertitude liée à ces changements soudains.»

Au cours de leurs travaux, les archéologues ont recueilli des fragments d’outils, comme des lamelles – de petits éclats de grosses pierres qui servaient de barbelures et de lames pour les armes de chasse –, qui prouvent l’ingéniosité de nos premiers ancêtres. Certains des silex utilisés par les Homo sapiens provenaient de sites situés à plusieurs centaines de kilomètres, ce qui prouve qu’ils disposaient d’un réseau social et commercial très étendu qui les a aidés à subsister pendant les 4000 années suivantes.

«Ils avaient tissé des relations avec des peuples qui vivaient loin d’eux de sorte que, quand les choses ont mal tourné dans leur région, ils ont pu trouver des ressources auprès des gens avec qui ils entretenaient des liens sociaux. Plus leur réseau était vaste, plus il leur était facile d’assurer leur existence», explique Julien Riel-Salvatore. Entre autres preuves de la présence des Homo sapiens sur le site, l’archéologue a aussi découvert une dent d’enfant et des ornements en coquillage et en pierre tendre.

Comme en Indonésie

Cette étude fait écho à d’autres révisions concernant les effets d’une superéruption préhistorique encore plus ancienne: celle du volcan Toba, qui a eu lieu sur l’île indonésienne de Sumatra il y a 74 000 ans. Compte tenu de récentes découvertes, la théorie selon laquelle cette éruption aurait presque décimé l’humanité entière est désormais remise en question. Dans les deux cas, l’archéologie montre que l’évolution n’est pas toujours aussi destructrice qu’on le croit.

«Il semble y avoir un schéma selon lequel les humains s’adaptent plus facilement et sont plus résilients quand ils font face à ce genre d’évènements extrêmement perturbateurs, précise Julien Riel-Salvatore. Ces évènements peuvent être très dévastateurs, mais de façon limitée, pas à l’échelle de plusieurs continents ni du monde entier.»

Le chercheur poursuit: «On extrapole un peu quand on dit que ce qui s’est passé il y a des dizaines de milliers d’années peut nous aider à prédire comment les humains géreront les changements climatiques actuels, mais le passé nous permet effectivement de comprendre comment nous gérons les changements climatiques de façon continue.»

Selon lui, «cela montre à quel point l’archéologie est utile pour nous en apprendre davantage sur les problèmes immédiats auxquels nous sommes confrontés. La coopération et la solidité des réseaux sociaux ont été essentielles pour aider les gens à surmonter les effets dévastateurs du changement climatique dans le passé. Et compte tenu de certains défis que nous devons relever aujourd’hui et de certaines positions arrêtées auxquelles nous nous heurtons, peut-être faut-il communiquer cette notion voulant que la coopération est indispensable à la survie, c’est une leçon à tirer».

Les chercheurs ont collecté la plupart des données de l’étude de 2002 à 2005 sur le site de l’abri Bombrini, qui fait partie du complexe archéologique des grottes des Balzi Rossi, datant du Paléolithique. Ces grottes ont été sondées pour la première fois en 1938 et des fouilles y ont été entreprises dès 1976. Au cours des trois prochaines années, Julien Riel-Salvatore et Fabio Negrino continueront d’effectuer des fouilles sur le site pour en savoir plus sur les raisons pour lesquelles les Néandertaliens ont disparu et ont été remplacés par les Homo sapiens, qui étaient mieux outillés qu’eux et dont les réseaux étaient plus étendus.

  • Carte indiquant l’abri Bombrini, en Ligurie, sur la Riviera ligure, site de fouilles des archéologues de l’Université de Montréal et de l’Université de Gênes.

  • Julien Riel-Salvatore

    Des ornements en coquillage trouvés dans l’abri Bombrini, en Ligurie, sur la Riviera ligure, par des archéologues de l’Université de Montréal et de l’Université de Gênes.

À propos de cette étude

L’article «Human adaptations to climatic change in Liguria across the Middle–Upper Paleolithic transition», coécrit par Julien Riel-Salvatore et Fabio Negrino, est paru le 3 avril 2018 dans la revue Journal of Quaternary Science.

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