Faire sortir les idées du bocal

Camille Guillot de Suduiraut veut démontrer que les aînés peuvent être inspirants, dynamiques, atypiques... et qu’ils ont gardé leur sens de l’humour!

Camille Guillot de Suduiraut veut démontrer que les aînés peuvent être inspirants, dynamiques, atypiques... et qu’ils ont gardé leur sens de l’humour!

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Elle n’a que 30 ans, mais avoue avoir pour passion… les aînés! Jeune diplômée de l’ESPUM, Camille Guillot de Suduiraut s’est donné pour mission de changer le regard qu’on porte sur la vieillesse.

Camille Guillot de Suduiraut a quitté Montréal il y a tout juste une semaine lorsque nous lui parlons. Elle est stationnée dans un camping au sud de Washington, dans la voiture qu’elle a aménagée pour pouvoir y dormir. Pendant 10 semaines, elle parcourra 15 000 km à travers les États-Unis. New York, Atlanta, La Nouvelle-Orléans, la route 66 jusqu’à San Diego, Las Vegas, Los Angeles, San Francisco, Cleveland: un voyage de rêve à la rencontre de la population américaine. Mais pas n’importe laquelle parce que la passion de cette trentenaire, ce sont les personnes âgées!

«Je ne m’explique pas vraiment pourquoi, avoue la jeune diplômée de l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM). J’ai été infirmière pendant cinq ans en France, j’ai fait des stages en gériatrie. Ça m’a marquée. Je ressentais un malaise et je ne comprenais pas pourquoi. En réalité, je trouvais l’environnement très choquant.»

Paradoxe

Dans son milieu, certains sont plus sensibles au sort des enfants malades, d’autres aux gens atteints de troubles mentaux. Elle, ce sont les aînés. Ces femmes et ces hommes si discrets qu’on «place» dans des résidences pour personnes âgées et qui vivent parfois dans des conditions d’hygiène déplorables.

«Vous vous rendez compte, le dimanche, on ne lave que ceux qui vont avoir de la visite, les autres peuvent attendre, s’offusque-t-elle. Sans compter ceux qui ne respirent l’air extérieur qu’une fois tous les six mois. Ce sont vraiment des choses qui existent. Et en même temps, nous avons tous une vraie tendresse pour eux.»

Ce paradoxe, Camille Guillot de Suduiraut décide de le comprendre. Elle remise alors sa tenue d’infirmière, quitte la France et tente l’aventure québécoise pour venir voir ce qui se fait de bien de ce côté-ci de l’Atlantique en matière d’accompagnement de la vieillesse. Elle obtient sa maîtrise à l’ESPUM, mais sa passion ne s’émousse pas. Elle veut changer les choses, modifier le regard qu’on porte sur nos aînés.

Sa méthode? Démontrer qu’ils peuvent être inspirants, dynamiques, atypiques, qu’ils ont gardé leur sens de l’humour, qu’ils ne sont pas les individus lisses et exemplaires qu’on s’imagine trop souvent. Et mettre de l’avant des projets fous, décalés et qui influencent positivement la vie des personnes âgées. De là est né le projet Poisson rouge.

«Le but, c’est de faire sortir les idées du bocal, décrit-elle. Braquer les projecteurs sur ce qui se fait de beau dans le milieu pour que ça ait un effet boule de neige.»

La musique pour entrer en relation

À New York, Camille Guillot de Suduiraut a pu rencontrer Dan Cohen, un travailleur social qui utilise la musique pour entrer en relation avec les aînés atteints de démence de type Alzheimer.

Crédit : projetpoissonrouge.org

Comme ce cheval qui, à Dijon, dans l’est de la France, rend régulièrement visite aux résidants d’une maison de retraite et qui non seulement réveille des souvenirs, mais a aussi un effet apaisant sur les personnes d’ordinaire plutôt agitées. Comme cette femme de 96 ans qui, souffrant de solitude, a décidé d'organiser des après-midis où elle offre le thé. Ou encore ce travailleur social qui utilise la musique pour entrer en relation avec les aînés atteints de démence de type Alzheimer.

Ce travailleur social, dont Camille Guillot de Suduiraut évoque l’engagement sur le site de Poisson rouge, c’est Dan Cohen. Et c’est avec lui que la jeune femme a entamé son périple aux États-Unis. Une rencontre de quelques heures à New York qui l’a déjà profondément enrichie. Et ce n’est que le début.

Dans les prochaines semaines, elle rencontrera des militants pour le droit à mourir dans la dignité, d’autres qui utilisent des poupées pour stimuler les aînés touchés par la maladie d’Alzheimer et qui sont en perte d’autonomie. Elle fera la connaissance de planchistes de plus de 55 ans. Et elle visitera aussi plusieurs foyers pour personnes âgées.

«Il y en a un notamment à Cleveland qui est très intéressant sur le plan architectural, explique-t-elle. Le sol est recouvert de gazon et il y a de grandes ouvertures sur le toit qui laissent passer énormément de lumière. Pourquoi une maison de retraite devrait forcément être un endroit lugubre?»

Instaurer les meilleures pratiques

Toutes ces rencontres, toutes ces visites, Camille Guillot de Suduiraut en fera par la suite des articles qu’elle publiera sur son site. En juin, elle visitera également quelques structures au Québec, notamment la Maison Carpe Diem à Trois-Rivières, un centre de ressources pour les personnes atteintes d’alzheimer.

«Si je suis partie aux États-Unis, c’est parce qu’il y a de beaux projets à découvrir là-bas, mais c’est surtout pour des raisons climatiques, indique-t-elle. Je n’étais pas certaine de pouvoir dormir dans ma voiture au Canada en avril-mai! Mais il y a de très belles initiatives au Québec et je me ferai une joie d’en parler aussi!»

À terme, la jeune diplômée souhaiterait travailler avec les résidences pour instaurer partout les meilleures pratiques existantes.

«Pourquoi, par exemple, la plupart des maisons de retraite font-elles souper leurs résidants à 18 h alors que certaines parviennent à s’adapter aux besoins et aux envies de chacun? questionne-t-elle. Une structure d’hébergement, ce n’est pas un hôpital, mais un lieu de vie. Il y a plein de choses positives qui s’y passent, mais on ne parle que de ce qui est négatif. Je trouve ça vraiment injuste.»

Et Camille Guillot de Suduiraut de conclure qu’on vieillira tous un jour… et qu’on ferait bien, en tant que société, de s’intéresser un peu plus au sujet.