Violence au travail: les femmes plus affectées par les réactions post-traumatiques

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  • Le 23 avril 2018

  • Martin LaSalle
Selon le chercheur Steve Geoffrion, la violence au travail est sous-rapportée.

Selon le chercheur Steve Geoffrion, la violence au travail est sous-rapportée.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de vivre un stress post-traumatique à la suite d’un acte de violence au travail, selon des chercheurs de l’UdeM.

Le chercheur et professeur de criminologie Stéphane Guay.

Crédit : IUSMM

Les femmes sont moins exposées que les hommes à la violence au travail – agressions physiques ou menaces de mort par exemple –, mais elles sont plus à risque de souffrir d’un stress post-traumatique lorsqu’elles sont victimes de tels actes de violence.

C’est ce que révèlent les résultats d’une étude menée par Steve Geoffrion, de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, et des collègues de l’équipe de recherche interdisciplinaire VISAGE*, que dirige Stéphane Guay, de l’École de criminologie de l’UdeM.

Cette étude fait suite à un sondage réalisé en 2011 et 2012 auprès de 2889 travailleurs québécois issus du réseau de la santé (infirmières, préposés), du secteur municipal (policiers, chauffeurs d’autobus) et des services publics provinciaux (fonctionnaires, agents de la sécurité routière, premiers répondants).

*Les autres chercheurs de l’équipe VISAGE ayant pris part à l’étude sont Jane Conclaves, Richard Boyer et Marc Corbière, du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, André Marchand, du Département de psychologie de l’UQAM, et Alain Marchand, de l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal.

Travailleurs violentés et stress post-traumatique

Steve Geoffrion

Près d’un répondant sur cinq (18,9 %) a indiqué avoir subi un acte de violence au travail au cours des 12 mois précédant l’étude. Les hommes (23 %) ont rapporté de la violence physique, des vols et des menaces de mort, et les femmes (16 %) des attouchements sexuels.

Environ 8 % de l’ensemble des travailleurs violentés, dans une proportion équivalente d’hommes (50,7 %) et de femmes (49,3 %), ont déclaré avoir vécu un stress post-traumatique.

«Notre recherche montre que la proportion d’hommes et de femmes aux prises avec un syndrome de stress post-traumatique à la suite d’un acte de violence au travail est similaire, contrairement aux études effectuées dans la population en général qui signalent que le trouble de stress post-traumatique touche deux fois plus les femmes que les hommes», constate Steve Geoffrion.

À proportion égale, symptômes égaux?

En moyenne, ces travailleurs avaient souffert d’au moins trois symptômes post-traumatiques dans les 12 mois suivant l’acte de violence au travail, tels les flashbacks, les cauchemars liés à l’agression, la perte d’intérêt, les troubles du sommeil, l’hypervigilance et les problèmes de concentration.

«Même si une proportion analogue d’hommes et de femmes se disaient affectés par des réactions post-traumatiques, nous avons découvert que les femmes éprouvent plus de symptômes que les hommes, ce qui perturbe probablement davantage leur quotidien», fait remarquer M. Geoffrion.

L’étude révèle aussi que, sur le plan symptomatologique, les femmes souffrent principalement d’hypervigilance et de flashbacks, tandis que les hommes sont plus sujets à l’irritabilité.

L’âge, principal facteur prédictif des symptômes

Les résultats de l’étude font également ressortir que, tant pour les hommes que pour les femmes, l’âge est le principal facteur prédictif des symptômes qu’ils ressentiront s’ils sont victimes d’actes violents au travail.

«Les travailleurs âgés de 20 à 34 ans sont plus susceptibles d’être victimes d’actes de violence en début de carrière parce qu’ils sont fréquemment sur le terrain et en interaction avec le public, souligne le professeur. Et plus ils sont exposés à la violence, plus ils deviennent vulnérables. Le mythe selon lequel on s’endurcit au fil du temps ne passe pas l’épreuve empirique!»

De même, le risque d’être touché par un symptôme post-traumatique est plus élevé lorsqu’on est agressé par un pair, comparativement à une personne de l’extérieur, tel un patient ou l’usager d’un service.

«En outre, il y a un lien entre le genre de la personne qui agresse et celle qui subit l’agression, ajoute M. Geoffrion. Une femme agressée par un homme manifestera davantage de symptômes que si elle l’est par une femme, mais l’inverse n’est pas vrai.»

Mieux soutenir les victimes de violence au travail

Selon Steve Geoffrion, la violence au travail est «sous-rapportée parce qu’elle est banalisée».

Aussi, ses collègues et lui estiment que la sensibilisation à cette violence auprès des services de ressources humaines et des supérieurs immédiats doit être accrue afin de mieux soutenir les hommes et les femmes qui en sont victimes.

«Les cas d’actes violents entre collègues engendrent plus de stress et un risque augmenté de souffrir ultérieurement de symptômes post-traumatiques. Dans un contexte de retour au travail, un supérieur pourrait instaurer des stratégies pour prévenir les situations où la victime devra rencontrer son agresseur», conclut M. Geoffrion.