L’avenir des futurs enseignants sera meilleur qu’on le laisse croire, selon Maurice Tardif

Le taux de précarité des enseignants du primaire et du secondaire diminuera dans les prochaines années, et il leur sera plus facile d'obtenir une permanence, selon Maurice Tardif.

Le taux de précarité des enseignants du primaire et du secondaire diminuera dans les prochaines années, et il leur sera plus facile d'obtenir une permanence, selon Maurice Tardif.

Crédit : Thinkstock

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Selon le professeur Maurice Tardif, de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UdeM, la réalité vécue par les nouveaux enseignants est plus positive qu’on le laisse entendre.

«S’il est vrai que les premières années dans la profession sont encore marquées par une certaine précarité pour les nouveaux enseignants du primaire et du secondaire, certains facteurs favoriseront votre parcours tout au long de la carrière qui vous attend.»

Telle est l’essence du message qu’a livré le professeur Maurice Tardif à l’occasion d’un colloque qui a réuni quelque 400 finissants de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal le 26 avril dernier.

Selon M. Tardif, une conjoncture favorable facilitera l’insertion des nouveaux enseignants et améliorera l’exercice de leur profession dans les années à venir.

Quatre facteurs favorables aux nouveaux enseignants

Maurice Tardif

Crédit : Amélie Philibert

«L’enseignement est affaire de génération et la vôtre bénéficiera des nombreux départs à la retraite qui ont lieu depuis quelques années, a-t-il souligné. Non seulement des postes à temps plein se libèrent, mais il y a même pénurie d’enseignants dans certains cas.»

Autre phénomène favorable: le nombre d’élèves est en croissance en raison d'une hausse des naissances survenue entre les années 2000 et 2010. «On estime qu’il y aura une augmentation du nombre d’élèves au moins jusqu’en 2030 et l’on devra embaucher davantage d’enseignants», a indiqué le directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante.

Par ailleurs, le nombre d’étudiants qui s’inscrivent dans les programmes de formation à l’enseignement «connaît une baisse d’environ 15 % due au déclin global des populations universitaires, ce qui diminue le bassin de diplômés et réduit, par le fait même, la concurrence», a ajouté Maurice Tardif.

Enfin, les reportages traitant des conditions parfois difficiles dans lesquelles travaillent les enseignants depuis quelques années «ont eu pour effet de sensibiliser l’opinion publique, et de provoquer une prise de conscience dans les commissions scolaires et au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, quant à l’importance de vous offrir de meilleures conditions de travail, notamment par la politique de valorisation de l’enseignement et différentes mesures de soutien».

Tous ces phénomènes ont deux effets positifs, d’après M. Tardif. «D’une part, le taux de précarité des enseignants du primaire et du secondaire est passé de 45 % à 37 % depuis une dizaine d’années. D’autre part, la permanence est maintenant plus accessible: en 2015, 45 % des nouveaux enseignants obtenaient leur permanence après cinq ans et près de 70 % l’avaient obtenue après six ou sept ans de carrière.»

Résistance du milieu et résilience personnelle

Malgré les facteurs qui pourraient favoriser leur insertion professionnelle tout comme l’ensemble de leur carrière, «tout n’est pas rose» pour les futurs enseignants.

«La profession accueille plutôt mal ses nouveaux membres, a déploré Maurice Tardif. Ceux-ci ont trop souvent des groupes d’élèves et des tâches plus difficiles, en plus d’être laissés à eux-mêmes.»

De sorte que les cinq ou six premières années dans l’enseignement sont souvent marquées par l’instabilité, qu’il s’agisse de changements fréquents d’école ou de commission scolaire, de classe ou encore des matières enseignées «dans l’espoir de dénicher des contrats de longue durée conduisant à la permanence».

Néanmoins, l’insertion professionnelle des nouveaux professeurs dépend d’éléments contextuels et du milieu: «Toutes les écoles ne sont pas pareilles, de sorte que votre insertion dépendra de l’école, de l’effectif scolaire, de l’équipe d’enseignants et de la direction, et aussi des stratégies que vous utiliserez pour vous diriger vers les environnements propices à votre développement», a-t-il assuré.

En effet, Maurice Tardif a tenu à rappeler à son auditoire l’importance du volet subjectif de l’insertion professionnelle.

«Votre insertion dépendra également de votre rapport à la profession et de celui que vous entretiendrez avec les enfants, a averti le professeur. Elle reposera en partie sur votre résilience, les valeurs que vous attribuez à l’enseignement: ceux qui durent dans la profession sont ceux qui en ont fait leur premier choix et qui ont le goût de travailler avec les jeunes et les enfants, de les faire apprendre et de les soutenir dans leur développement.»

Des luttes à mener pour la profession d’enseignant

Pas moins de 400 étudiants de la Faculté des sciences de l'éducation ont pris part au colloque des finissants, tenu le 26 avril dernier à l'UdeM.

Crédit : Amélie Philibert

Historiquement, les enseignants ont mené trois grandes batailles, soit le droit à la syndicalisation et à l’égalité vis-à-vis des autres professions, le droit à la sécurité d’emploi et à un salaire décent, et la reconnaissance professionnelle et la lutte contre la précarité.

«Ces luttes ne sont toujours pas terminées, a lancé Maurice Tardif. Il existe un double combat, soit celui de la défense de la profession et des femmes qui composent très majoritairement cette profession, demeurée moins payée que d’autres où dominent les hommes.»

De même, M. Tardif juge que les enseignants doivent aussi se battre pour obtenir une autonomie professionnelle collective qui ne les confine pas «au rôle de techniciens qui appliquent seulement les programmes pédagogiques qui changent au gré des ans: le ministère de la Santé et des Services sociaux dit-il aux médecins comment soigner? Non, il fixe les cibles à atteindre… Il devrait en être de même pour les enseignants!» a-t-il conclu.

Les gagnants des prix Affiches coups de cœur du public

Le colloque des finissants de la Faculté des sciences de l’éducation était aussi l’occasion pour ceux-ci d’exposer les travaux de recherche qu’ils ont menés au cours de leur dernière année d’études.

Tenue au pavillon 3200, rue Jean-Brillant, l’exposition a permis aux étudiants de tous les cycles ainsi qu’au public de voter pour leurs affiches coups de cœur afin de déterminer les gagnants à l’issue de la journée.

Voici la liste des projets qui ont obtenu la faveur des votants et les noms des étudiants qui se sont vu remettre un prix.

  • Baccalauréat en enseignement de l’adaptation scolaire
    «La sexualité: démystifiée en 9 thèmes»
    Stéphanie Botbol, Ariane Letizia-Mineau, Claudie Martin et Taycir Marzougui
  • Baccalauréat en enseignement de l’éducation physique
    «Les bienfaits des pauses actives sur la concentration des élèves»
    Valérie B. Fillion et Audrey Mallette
  • Baccalauréat en enseignement du français langue seconde (prix remis par l’Association québécoise des enseignants de français langue seconde)
    «Jeu d’évasion en classe d’accueil au secondaire: une activité authentique en FLS axée sur la résolution de problèmes qui favorise l’interaction orale spontanée chez les élèves»
    Laurie Beauchamp, Anabel Lara Soto et Daphnée Robas
  • Prix remis par LEARN Québec
    «Quelles sont les différences entre écrire un texte sur un sujet non significatif et écrire un texte à la manière d’un auteur?»
    Alex Lévesque et Fannie Monette
  • Baccalauréat en enseignement du français au secondaire
    «Susciter et soutenir la motivation lors de la lecture d’une œuvre intégrale: expérimentation de trois dispositifs didactiques en classes du secondaire»
    Laura Lemay, Marie-Chantale Messier et Stefanie Pharand
  • Baccalauréat en enseignement de l’univers social au secondaire
    «Utilisation optimale d’un ensemble didactique numérique maison»
    Louis-Philippe Authier et Félix Deschamps
  • Baccalauréat en éducation préscolaire-enseignement primaire
    «Aménagement flexible: un guide pratique»
    Laura Chalifour, Marie-Ève Gingras et Sarah Sanders