Aller au centre commercial est bon pour la santé!

  • Forum
  • Le 7 mai 2018

  • Dominique Nancy
Le centre commercial met les patients en réadaptation dans un contexte «réel et contrôlé», ce qui faciliterait leur réinsertion sociale.

Le centre commercial met les patients en réadaptation dans un contexte «réel et contrôlé», ce qui faciliterait leur réinsertion sociale.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Selon une récente étude, les centres commerciaux pourraient aider au rétablissement de patients en réadaptation.

Les professionnels du milieu de la réadaptation auraient avantage à amener leurs patients au centre commercial. Cet environnement permettrait d’atteindre plusieurs objectifs de réadaptation en ce qui a trait aux habiletés physiques et cognitives, ainsi qu’à la santé psychologique et à la socialisation. Voilà l’une des conclusions d’une étude publiée récemment dans le Disability and Rehabilitation Journal par une équipe du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation (CRIR) du Montréal métropolitain, dont est membre la professeure de l’École de réadaptation de l’Université de Montréal Bonnie Swaine.

«Notre plus grande surprise a été de constater que notre intervention a suscité beaucoup d’intérêt et plusieurs réflexions chez les intervenants interrogés, affirme la chercheuse. Même ceux qui n’utilisaient pas les centres commerciaux percevaient ce lieu comme un environnement pertinent d'évaluation et de traitement en réadaptation qui pourrait contribuer à optimiser l'intégration communautaire des personnes avec des incapacités physiques.»

Précisons que ces déficiences physiques englobent les problèmes d’audition et de la parole, les difficultés motrices résultant d’un traumatisme crânien ou d’un accident vasculaire cérébral, une basse vision ou encore les déplacements en fauteuil roulant. 

Mme Swaine a dirigé les travaux de l’étudiante Delphine Labbé, qui dans le cadre d’un stage à l’Université de Montréal a exploré comment les centres commerciaux pourraient servir de ressources auprès d’usagers en réadaptation. «Au cours des dernières années, on a vu ces lieux être fréquentés par des clubs de marche et quelques membres de centres de réadaptation. Mais à notre connaissance aucune recherche n’a porté sur les éléments facilitateurs et les obstacles quant à leur utilisation. C’est ce qu’on a voulu connaître», explique Bonnie Swaine.

Deux groupes de discussion réunissant 15 professionnels de la réadaptation de diverses disciplines (audiologie, physiothérapie, ergothérapie, orthophonie, etc.) et qui travaillent avec des personnes handicapées de tout âge ont été formés autour de deux sujets: l'utilisation des centres commerciaux pour la réadaptation comme milieu d'évaluation clinique ou d'intervention et les facteurs qui facilitent ou limitent leur utilisation par les professionnels de la réadaptation. «On a laissé parler les intervenants pour savoir ce qu’ils faisaient dans leur pratique», indique la professeure Swaine.

Les résultats de l’étude montrent que les centres commerciaux permettent l’atteinte d’objectifs de réadaptation tant physiques que psychologiques et sociaux. Cet environnement réel est motivant et favorise l'indépendance et la normalisation. Les raisons influant sur le recours aux centres commerciaux pendant la réadaptation semblent liées à des facteurs comme la personnalité du patient ainsi qu’à des caractéristiques environnementales telles que le contexte clinique, l'accessibilité du centre commercial et l’accueil des propriétaires de magasins. Les effets ne se sont pas révélés différents chez les hommes ou les femmes.

Un lieu d’intervention pertinent

Bonnie Swaine

Crédit : Amélie Philibert

Selon cette recherche, le centre commercial a l’avantage de protéger des aléas de l’hiver, mais surtout il met les patients dans un contexte «réel et contrôlé», ce qui faciliterait leur réinsertion sociale, notamment chez ceux qui ressentent de l’anxiété. «Imaginez que vous avez subi un accident vasculaire cérébral et que vous avez désormais des difficultés d’élocution. Il serait tout à fait normal que vous craigniez les interactions, et simplement aller faire vos emplettes pourrait devenir anxiogène», illustre la professeure. S’exercer dans un milieu familier avec un objectif précis et ciblé par le patient lui-même permet de lui redonner confiance et d’accroître son autonomie. «Cela pourrait changer les choses pour la personne handicapée», fait valoir Mme Swaine.

Lorsqu’elle travaillait comme thérapeute à l’Institut de réadaptation de Montréal au début de sa carrière, Bonnie Swaine accompagnait régulièrement des patients au Carrefour Laval. «Je magasinais avec eux et ils avaient ainsi l’occasion de relever de nombreux défis. Cela les aidait à mieux se préparer à leur congé de la réadaptation», estime la chercheuse. Aujourd’hui, il y a beaucoup de compressions et il faut parfois prévoir et payer le moyen de transport pour s’y rendre. C’est moins évident qu’à une certaine époque. «Mais on aurait tout avantage à le faire!» 

Cette étude fait partie d’un projet plus vaste mené par une équipe du CRIR auquel sont affiliées l’Université de Montréal, l’Université McGill et l’Université du Québec à Montréal. Outre Delphine Labbé (première auteure) et la professeure Swaine, Alice Havel et six autres chercheuses du CRIR ont pris part à la recherche: Tiiu Poldma, Catherine Fichten, Eva Kehayia, Barbara Mazer, Patricia McKinley et Annie Rochette. 

Les auteures considèrent que leurs résultats confirment la pertinence de recourir aux centres commerciaux et qu’une campagne de promotion auprès des intervenants encouragerait leur utilisation. D’autres recherches sont toutefois nécessaires pour établir les liens entre les effets bénéfiques sur la condition physique, l’estime de soi et la socialisation et cet environnement à la portée de presque tout le monde.