Fabrice Vil, l’entrepreneur social qui lance Pour 3 Points

Fabrice Vil

Fabrice Vil

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Fabrice Vil a obtenu un diplôme en droit de l’UdeM en 2006. Il se consacre aujourd’hui à l’intervention sociale auprès de jeunes dans les écoles, notamment à travers le basketball.

«T’es un crisse de nègre sale!»

C’est la phrase qu’a lancée à Fabrice Vil un chauffeur de taxi un soir de party de Noël, en décembre dernier, avant de le prier de sortir de son véhicule. Sous le choc, le jeune homme s’exécute. Il partage sa mésaventure sur Facebook le lendemain, provoquant une avalanche de réactions.

Un des 469 «amis» à réagir à sa publication retient son attention. C’est son propre père, qui l’encourage à rester insensible à ces insultes. «De toutes les personnes qui auraient pu se scandaliser de ce fâcheux incident ou s’inquiéter de mon bien-être, mon papa figure en tête de liste, ex aequo avec ma maman. Mais non, parce que lui, il apprivoise la discrimination depuis son arrivée au Québec en 1977», écrira-t-il dans sa chronique du Devoir le 22 décembre.

Souriant et chaleureux, le jeune entrepreneur de bonne carrure, diplômé en droit de l’Université de Montréal, accepte de revenir sur cette anecdote alors qu’il reçoit Les diplômés dans ses bureaux, rue Sainte-Catherine. «Non, les Québécois ne sont pas plus racistes que les autres, mais le racisme existe chez nous comme ailleurs. Pour moi, la surreprésentation des Noirs dans les prisons et la rareté des personnages de couleur dans les séries télévisées sont des signes que nous n’avons pas encore totalement intégré les notions d’égalité», explique-t-il.

Chose certaine, ce touche-à-tout hyperactif et surdoué est en train de devenir un interlocuteur incontournable relativement aux questions d’égalité des chances. Quand l’ex-première dame des États-Unis Michelle Obama est venue au Québec à l’invitation de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en février dernier, il a été l’un des quatre Montréalais à lui souhaiter la bienvenue sur grand écran au palais des congrès. Ce qui lui a valu des mots de remerciement et une séance photo avec Mme Obama. «Le comble du bonheur», avoue-t-il.

Mais qui est Fabrice Vil?

Né à Anjou de parents d’origine haïtienne, Fabrice Vil fréquente l’académie Michèle-Provost et les terrains vagues de son quartier, où il pratique très jeune le basketball, un sport qui aura une grande importance dans sa vie. Ses parents, qui croient en l’éducation comme levier social, l’encouragent à travailler fort. Au secondaire, il choisit une école privée. Ce sera le collège Jean-de-Brébeuf… en raison de son programme de basketball. C’est là qu’il découvre l’excitation de la compétition et aussi les subtilités du métier d’entraîneur, ce mentor souvent sous-estimé dans la vie du sportif.

Quand vient le temps de décider ce qu’il fera dans la vie, ce fort en thème opte pour le droit. Un baccalauréat plus tard, il passe son barreau et entre dans un important cabinet de Montréal, Langlois Kronström Desjardins (aujourd’hui Langlois), avant d’effectuer un virage déterminant… et déroutant: quitter le droit pour se lancer dans l’entrepreneuriat social. Il avait déjà fondé Pour 3 Points et a décidé de s’occuper à temps plein de sa jeune entreprise. «J’ai réalisé que je ne pouvais plus simplement y consacrer mes soirs et mes fins de semaine. Au fond, mon travail de juriste avait perdu de son sens.»

Jamais il n’a regretté son geste, d’autant plus qu’une multitude de responsabilités se sont greffées à ses activités professionnelles où sa formation en droit est fort utile; il siège, par exemple, aux conseils d’administration de l’Institut Mallet et de Culture pour tous. Depuis deux ans, il est chroniqueur au journal Le Devoir et à deux émissions de télévision (Entrée principale, à Radio-Canada, et ALT, à Vrak.tv), ce qu’il considère comme des tribunes extraordinaires. «J’ai la chance de savoir assez bien m’exprimer par des mots, alors je saisis l’occasion», résume-t-il.

C’est d’abord et avant tout la mission de Pour 3 Points qui l’anime. «L’entraîneur étant l’adulte le plus influent auprès du jeune sportif après le parent, je suis convaincu qu’il peut favoriser la réussite des jeunes et encourager leur engagement pour une société meilleure», indique-t-il.

«Fabrice est prêt à aller loin pour défendre ses valeurs, mais il le fait toujours avec courtoisie», mentionne l’avocat Pierre Jauvin, vice-président aux affaires juridiques et au développement organisationnel chez Acier Nova Steel. Il a fait sa connaissance par l’intermédiaire de son fils Nicolas, que Fabrice Vil entraînait. Par la suite, MJauvin l’a aidé à obtenir son stage dans le cabinet où il travaillait. «Je n’ai pas été surpris de le voir quitter le droit pour se consacrer à son entreprise. Fabrice ne fait pas les choses à moitié», dit-il.

Prendre des risques

Persévérance et altruisme sont les mots qui viennent à l’esprit de l’avocate Annahita Kiarash à son sujet. Elle qui l’a accompagné dès l’école secondaire – elle jouait comme lui au basketball – note que son ami est «entièrement dévoué à sa cause. Il veut provoquer du changement positif autour de lui».

À 33 ans, Fabrice Vil a passé la moitié de sa vie à entraîner des jeunes. «Le sport est un merveilleux terrain de développement pour les jeunes, observe-t-il. J’ai compris ça très tôt et je n’ai jamais cessé d’y voir un espace à occuper.»

L’organisation qu’il a contribué à mettre sur pied et qui embauche 7 employés à temps plein encadre cette année 30 entraîneurs de 14 écoles montréalaises offrant un programme de sport parascolaire. Pour 3 Points joint ainsi plus de 400 jeunes. L’organisme offre au personnel d’entraîneurs de suivre une formation sur mesure pour aider les jeunes à acquérir des habiletés permettant de réussir dans la vie. Son nom fait référence au plus long lancer vers le panier, une attaque plus difficile mais plus payante pour l’équipe. Mais en lançant de loin, on risque davantage de manquer la cible. «Il faut prendre des risques dans la vie. C’est la seule façon de réussir», déclare le juriste, qui entraîne toujours, deux fois par semaine, une équipe de basket d’une école de Saint-Henri.

  • Fabrice Vil lors de sa rencontre avec Michelle Obama à Montréal en février.

    Crédit : Fabrice Vil