Marcèle Lamarche: transformer le négatif en positif

Femme de terrain, Marcèle Lamarche est de tous les combats.

Femme de terrain, Marcèle Lamarche est de tous les combats.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

La diplômée en relations industrielles, directrice générale du Chaînon, a mis l’entraide au cœur de sa vie.

Marcèle Lamarche n’a pas la prétention de vouloir changer le monde. C’est pourtant ce que cette femme au leadership humble mais audacieux réalise au quotidien depuis plus de 40 ans, habitée par le désir de «transformer le négatif en positif».

En réalité, l’ensemble du parcours professionnel de cette féministe de cœur et d’action est guidé par la volonté d’aider son prochain au nom de la justice sociale, une valeur fondamentale qu’elle porte en elle depuis sa jeunesse.

«Mon père, qui n’avait qu’une quatrième année, militait dans son syndicat et il me parlait des motivations qui le poussaient à donner de son temps pour aider ses collègues, se rappelle Mme Lamarche. Pour lui, la justice et le respect des personnes étaient au centre de son engagement: il avait un grand sens de la communication, mais il écrivait au son et je retranscrivais au propre les dossiers syndicaux qu’il rédigeait le soir. J’ai grandi dans un milieu modeste qui s’est avéré très formateur!»

Un parcours marqué par l’entraide et l’empathie

L’idée d’orienter ses études vers le syndicalisme fait naturellement son chemin et c’est une publicité télévisée qui l’incite, en 1975, à choisir l’Université de Montréal et à s’inscrire à l’École de relations industrielles.

À l’issue de son baccalauréat, Marcèle Lamarche souhaite poursuivre ses études, mais faute de bourse elle doit se tourner vers le marché du travail. L’un de ses professeurs, l’économiste Léo Roback, l’encourage à solliciter un poste de représentante syndicale chez les Travailleurs canadiens de l’alimentation.

Femme de terrain, Mme Lamarche est de tous les combats, qu’il s’agisse de négocier les conventions collectives, de régler des dossiers d’arbitrage et de conciliation, de soutenir les membres pendant les conflits de travail… Ces combats, elle les mène de jour, de soir, les fins de semaine et parfois même de nuit.

Ce rythme effréné, qui durera sept ans, lui plaît énormément. Mais il devient toutefois intenable lorsqu’elle donne naissance à son premier enfant. Elle laisse alors sa carrière de représentante syndicale pour ouvrir une librairie. «J’ai toujours aimé lire», lance-t-elle en souriant.

C’était en septembre 1984. Deux mois plus tard, Maurice Viens, 4 ans, est enlevé et assassiné à Montréal. Son corps est retrouvé sur la Rive-Sud. À la même époque, deux enfants de 12 ans sont aussi portés disparus.

La nouvelle maman peine à imaginer l’horreur que les parents et les familles de ces enfants doivent vivre. Son sens de l’engagement la pousse à participer à une rencontre de Child Find Canada, en Alberta. Le 21 mai 1985, elle fonde le Réseau Enfants-Retour au Québec.

«Tout était à faire, nous partions de rien, se souvient Mme Lamarche. La librairie servait de bureau pour recevoir les appels et traiter les demandes, et ma collègue et moi allions rencontrer les parents avec mon auto dont le coffre était rempli de dossiers…»

Outre les rencontres, elle organise des conférences de presse pour faire connaître l’organisme, des campagnes de financement, un radiothon… tout en créant un réseau de contacts avec les corps policiers d’ici et de l’étranger ainsi qu’avec de nombreux travailleurs sociaux pour relever les moindres éléments jusque-là inexplorés. Son deuxième enfant vient au monde à ce moment-là, en 1989.

À son départ de l’organisation, en janvier 1994, 122 enfants qui avaient soit fugué soit été enlevés auront été retrouvés.

Le virus de la philanthropie

Après un peu plus d’un an à la direction régionale de la Croix-Rouge au Québec, Marcèle Lamarche est recrutée par Moisson Montréal en 1995 en tant que directrice générale. Elle y raffine plusieurs méthodes de travail et, parmi ses faits d’armes, elle parvient à doter la banque alimentaire d’un chez-soi bien à elle – un coup de maître, car Moisson Montréal n’a alors que très peu de fonds.

Elle ne le sait pas encore, mais son goût pour la philanthropie est né. Elle hésite puis accepte de diriger la Fondation Jean-Lapointe, où elle vit une «expérience inoubliable qui m’a permis d’apprendre le métier de la philanthropie et de l’aimer au point de devenir formatrice auprès d’organismes et de l’enseigner au cégep de Saint-Laurent».

En 2011, alors à la direction d’UNICEF Québec depuis deux ans, elle apprend sur Internet que Le Chaînon est à la recherche d’une directrice générale. Elle obtiendra le poste, mue par sa passion pour la philanthropie: Marcèle Lamarche a trouvé son «aquarium»!

Changer le monde des femmes en difficulté

Depuis 2011, Marcèle Lamarche change le monde et la vie des femmes en difficulté avec l’aide de son équipe dévouée de 110 employés et 220 bénévoles et des nombreux partenaires qu’elle a su adjoindre à l’Association d’entraide Le Chaînon ainsi qu’à La Fondation Le Chaînon, dont elle tient également les rênes.

Établi avenue de l’Esplanade, à Montréal, et ouvert jour et nuit, 365 jours par année, Le Chaînon offre des services essentiels à ces femmes en leur donnant espoir et confiance en elles-mêmes. Pas moins de 66 femmes y sont hébergées quotidiennement.

Marcèle Lamarche se plaît à dire qu’elle n’a pas de projets, mais bien des rêves! C’est là l’un des atouts de cette leader inspirante. Que ce soit la nouvelle maison de chambres de 49 unités qu’elle s’apprête à inaugurer pour permettre aux femmes d’avoir un toit à moindre coût ou l’aménagement de jardins pour qu’elles reprennent goût à la vie, elle y met surtout du cœur.

«Ici, il y a de la lumière pour elles, l’espace d’une journée, de quelques semaines ou de quelques mois, conclut-elle. Ici, on change quelque chose dans leur vie: nos valeurs de respect, de justice, d’accueil inconditionnel et de féminisme les aident à retrouver leurs repères et à reprendre du pouvoir sur leur existence, c’est important pour une femme!»

Car telle est la mission de Marcèle Lamarche: «Prendre le négatif par les cornes pour l’incliner vers le positif!»