Stéphane Lepage, designer sans frontières

Stéphane Lepage et Guy Breton

Stéphane Lepage et Guy Breton

Crédit : Amélie Philibert

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Le diplômé de la Faculté de l'aménagement et le recteur discutent de mondialisation et de design.

En 1991, alors qu’il était fraîchement diplômé en design industriel, Stéphane Lepage s’interrogeait sur son avenir. «Il n’y a pas d’industrie automobile ou de grands fabricants de biens de consommation au Québec. Qu’est-ce que j’allais faire? Les portes et fenêtres, ce n’était pas pour moi.» Il se met alors à voyager. Il atterrit en Angleterre, puis en France, où il travaille six ans chez le constructeur automobile Peugeot Citroën. Aujourd’hui designer indépendant basé à Montréal, il conclut des contrats en Asie.  

En 2016, le Québécois a fait ce que très peu de ses compatriotes ont osé faire. Avec le diplômé de Polytechnique Montréal Pierre Lelièvre, il a lancé sur le marché international un produit électronique fabriqué à Montréal: le Get, un amplificateur d’écouteurs sans fil de la taille d’une boîte d’allumettes. Le recteur Guy Breton et l’entrepreneur discutent de mondialisation et de design.  

Guy Breton: Je trouve fort intéressant que deux Montréalais puissent ici concevoir, fabriquer et vendre partout dans le monde un appareil électronique. J’ai l’impression que cela aurait été impossible il y a 20 ans. 

Stéphane Lepage: C’est toujours impossible! (Rires.) Ça reste très difficile, mais nous disposons de moyens que nous n’avions pas avant, comme le sociofinancement. Et la culture du démarrage d’entreprise est maintenant florissante.  

GB: L’électronique était auparavant réservée à des multinationales comme Sony. Vous nous démontrez qu’on peut accéder aux marchés étrangers avec un produit de niche, qui de surcroît n’est pas fait en Chine.  

SL: Être dans le paysage commercial depuis 40 ans n’est plus un gage de qualité. Aujourd’hui, une marque peut avoir du succès justement parce qu’on ne la connaît pas beaucoup, parce qu’elle détonne – pensez aux caméras GoPro ou aux casques d’écoute Beats, tous deux issus de jeunes entreprises. On voit cela un peu partout. Même l’industrie automobile, qu’il semblait improbable de percer, a vu l’arrivée du constructeur Tesla…  

GB: Les emplois de demain, les biens de demain, nous ne les connaissons pas. C’est un défi pour les universités. Nous devons outiller les étudiants afin qu’ils puissent imaginer des choses auxquelles personne n’a encore pensé. Leurs seules limites sont le savoir, la créativité et l’ambition. La position géographique n’est plus une barrière – vous en êtes la preuve.  

SL: Pour un designer, il y a même de réels avantages à recevoir une formation au Québec. Partout où nous allons, nous sommes une belle découverte. Les Américains disent My God, vous êtes comme des Européens, vous êtes super créatifs! Pour leur part, les Européens vont grandement apprécier nos connaissances techniques, eux qui voient le design davantage comme un exercice de style. Les ingénieurs s’efforcent ensuite de transformer leur vision en produit fonctionnel et ce n’est pas toujours heureux. Le designer québécois, lui, va inclure les paramètres de fonctionnalité dans son approche esthétique. Pour nous, il faut que ce soit beau, mais il faut aussi que ça marche.  

GB: Vous avez dit «une belle découverte». La culture québécoise du design n’est donc pas reconnue à grande échelle?  

SL: Pas encore et c’est malheureux. C’est seulement en partant travailler à l’étranger que je me suis rendu compte que nous avions de réelles forces en design au Québec. Le problème est que nous manquons de confiance. N’essayons pas d’être aussi raffinés que les Italiens ou aussi efficaces que les Japonais. Soyons nous-mêmes. Nous avons quelque chose d’unique à apporter au monde.