Le robot social peut aider les aînés… mais ne remplace pas les humains

  • Forum
  • Le 15 mai 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Pepper est un robot social qui est utilisé, notamment, dans des centres pour personnes âgées au Japon.

Pepper est un robot social qui est utilisé, notamment, dans des centres pour personnes âgées au Japon.

En 5 secondes

Dans sa maîtrise, Ninon Lambert a étudié des robots qui tiennent compagnie aux personnes âgées en perte d’autonomie au Japon.

Pepper est un robot humanoïde de la société française Softbank Robotics programmé pour interpréter les émotions. Utilisé dans des centres de soins de longue durée pour personnes âgées du Japon, il sert à distraire les usagers et à leur tenir compagnie. Dans le cadre de sa recherche de maîtrise en anthropologie à l’Université de Montréal, Ninon Lambert a séjourné un an dans l’empire du Soleil-Levant en 2016 et 2017 pour observer in situ des robots sociaux comme celui-là.

«Je me suis d’abord interrogée sur le rôle des robots dans un centre de soins et sur leurs relations avec les aidants. Puis j’ai cherché à savoir si les robots constituent vraiment un soutien pour l’équipe soignante, comme on le prétendait, ou si les robots étaient plutôt perçus comme des remplaçants potentiels», a-t-elle expliqué en marge du congrès de l’Association francophone pour le savoir – Acfas, à Saguenay, où elle présentait le 10 mai une conférence sur son expérience.

Dans son mémoire, rédigé sous la direction du professeur Pierre Minn et qu’elle vient tout juste de déposer au Département d’anthropologie, Mme Lambert décrit en détail son projet de recherche qu’elle a pu réaliser, notamment, grâce à une bourse du gouvernement japonais destinée aux étudiants étrangers. «Le Japon déploie beaucoup d'efforts pour appliquer la robotique à des problèmes sociaux concrets, comme le vieillissement. Le Japon était donc l'endroit idéal pour une telle recherche.»

Avec l’accord des autorités, elle a observé pendant de nombreuses séances les réactions des gens âgés mis en contact avec des robots et elle a complété son travail sur le terrain par la visite d’une société spécialisée dans la robotique pour les aînés, Fubright Communications. Elle a interviewé 11 personnes, dont des experts en robotique, des soignants ainsi que des hommes et des femmes âgés ayant interagi avec des robots sociaux. L’étudiante a mené ses entrevues en japonais.

Anthropomorphisme mesuré

L’étudiante française s’intéresse depuis longtemps à l’interface humain-robot et elle voulait étudier sur place l’application concrète de ce type d’intelligence artificielle. Pepper possède des bras et un visage avec des yeux, des oreilles et une bouche ainsi qu’une tablette électronique sur la poitrine. La similitude avec le corps humain n’est pas fortuite. «Quand j'ai vu Pepper s’animer pour la première fois pendant mon travail sur le terrain, j'ai été surprise de voir que le robot semblait respirer. Sa poitrine et ses bras bougeaient légèrement et créaient une impression de vie.»

Même si cet objet – ainsi que ses semblables Nao, Palro et d’autres – n’était pas spécifiquement destiné aux soins gérontologiques, il est vite apparu tout désigné pour jouer un rôle dans les centres d’hébergement de longue durée. L’un des mots qui est le plus souvent prononcé par les aînés devant ces androïdes est kawaii, qui signifie «mignon».

Toutefois, il semble que l’objectif des inventeurs – et dans le cas présent de l’équipe soignante – d’en faire un outil auquel les personnes âgées s’attachent ne soit pas facile à atteindre. «Le robot est conçu comme un compagnon et fait pour être aimé, mais il s'est avéré difficile de l'utiliser comme tel», écrit Mme Lambert dans son mémoire.

Rien comme un humain

Pour la chercheuse, l’usage de robots dans des centres de soins de longue durée pour gens âgés ne saurait être la solution à la pénurie de main-d’œuvre dans ces établissements. Cela dit, Pepper peut rendre des services au personnel, par exemple en «rappelant à l'usager de faire ses exercices et en l’aidant quand il fait de l'exercice. De plus, les conversations pourraient être un domaine à explorer».

Une de ses plus grandes surprises, sur le terrain, a été de constater à quel point les aînés pouvaient se montrer patients et bienveillants devant les ennuis causés par la technologie. Car, il faut bien le dire, les robots souffrent encore de dérèglements plus ou moins passagers. «Les gens faisaient preuve de beaucoup d’indulgence dans ces moments-là», a mentionné la jeune femme.

Ninon Lambert souhaite prendre une pause dans ses études avant d’envisager la poursuite de travaux de doctorat.