Cannabis: l’âge où l’on commence à fumer compte

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Une étude révèle que les garçons qui commencent à fumer du cannabis avant l’âge de 15 ans ont bien plus de risques d’être toxicomanes à 28 ans que ceux qui commencent plus tard.

Une année ou deux peuvent avoir leur importance. Les jeunes qui commencent à fumer de la marijuana au début de l’adolescence ont 68 % de risque d’être toxicomanes à l’âge de 28 ans, mais le risque tombe à 44 % pour ceux qui commencent à en consommer entre 15 et 17 ans, révèle une nouvelle étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Montréal.

C’est une raison de plus, disent les chercheurs, pour sensibiliser les enfants tôt, dès l’école primaire, aux risques associés à la consommation de cannabis, surtout que, maintenant, la marijuana est bien plus puissante qu’elle l’était ces dernières décennies et que la légalisation, comme celle au Canada, contribue à rendre cette drogue acceptable auprès de la population.

Les chercheurs du Département de psychologie et de l’École de psychoéducation de l’UdeM ainsi que ceux du Centre de recherche du CHU Saint-Justine ont déterminé que «le risque d’éprouver des symptômes de toxicomanie à l’âge de 28 ans était réduit de 31 % chaque fois que les adolescents retardaient d’une année l’âge auquel ils commençaient à consommer du cannabis».

Leur étude est parue le 22 avril dans La revue canadienne de psychiatrie.

D’après une étude de 2011 publiée par des chercheurs de l’Université de Waterloo, en Ontario, dans la revue Addictive Behaviors, 10 % des adolescents canadiens avaient consommé du cannabis en 8année. En 12année, ils étaient presque trois fois plus nombreux, soit 29 % d’entre eux. L’expérimentation précoce du cannabis est associée à des problèmes de toxicomanie plus tard dans la vie.

La nouvelle étude, effectuée par Charlie Rioux, étudiante au doctorat à l’UdeM sous la codirection des professeurs Natalie Castellanos Ryan et Jean Séguin, montre l’étendue des risques.

Les chercheurs ont étudié des données de l’Étude longitudinale et expérimentale de Montréal, qui a commencé au début des années 80. Ces données portaient sur 1030 garçons blancs francophones issus de certains des quartiers les plus défavorisés de la ville. Chaque année, on a demandé aux garçons âgés de 13 à 17 ans s’ils avaient consommé du cannabis au cours de l’année précédente.

Puis, à l’âge de 17 ans, de 20 ans et de 28 ans, on leur a demandé non seulement s’ils avaient consommé du cannabis, mais aussi s’ils avaient expérimenté d’autres drogues, comme des hallucinogènes, de la cocaïne, des amphétamines, des barbituriques, des tranquillisants, de l’héroïne et des inhalants. Les données recueillies ont ensuite été corrélées avec l’âge auquel les jeunes avaient commencé à consommer du cannabis.

Deux fois plus de risques pour les consommateurs réguliers

Les résultats ont confirmé ce que les chercheurs suspectaient: plus les garçons commençaient tôt à consommer du cannabis, plus ils étaient susceptibles d’avoir des problèmes de toxicomanie à l’âge adulte. Cela dépendait, en partie, de la fréquence à laquelle ils consommaient du cannabis et d’autres drogues, mais ceux qui avaient commencé à fumer du cannabis avant l’âge de 15 ans couraient plus de risques de devenir toxicomanes, quelle que soit leur fréquence de consommation.

«Les risques d’éprouver des symptômes de toxicomanie à l’âge de 28 ans étaient faibles si les jeunes avaient commencé à fumer du cannabis entre 15 et 17 ans, mais ils étaient importants et presque deux fois plus grands si les jeunes avaient commencé à en consommer avant l’âge de 15 ans, explique-t-on dans l’étude. Et même si les jeunes qui avaient commencé à fumer du cannabis à l’âge de 17 ans étaient moins susceptibles de devenir toxicomanes, ceux qui en consommaient régulièrement (20 fois ou plus par année) à l’âge de 17 ans avaient presque deux fois plus de risques d’être toxicomanes à l’âge de 28 ans que les fumeurs occasionnels.»

Toutefois, ces résultats pourraient sous-estimer l’ampleur du problème, croient les chercheurs.

«Étant donné que les produits à base de cannabis sont devenus de plus en plus puissants au cours des 20 dernières années et que l’étude ne portait que sur la consommation de cannabis des adolescents de 1991 à 1995, il se peut que la forte concentration de delta-9-tétrahydrocannabinol présente dans le cannabis consommé de nos jours entraîne un taux plus élevé de symptômes de toxicomanie.»

Bande de rue, alcool et vandalisme

Les chercheurs ont aussi constaté que plus les garçons étaient jeunes quand ils entraient dans une bande, buvaient de l’alcool, se battaient, commettaient des vols ou du vandalisme, plus ils consommaient du cannabis tôt et plus ils étaient à risque d’avoir des problèmes de drogue d’ici l’âge de 28 ans. Ceux qui avaient commencé à boire de l’alcool à 17 ans étaient aussi plus susceptibles d’être alcooliques à l’âge de 28 ans.

Au vu de ces résultats, qui montrent que l’expérimentation précoce du cannabis, entre 13 et 15 ans, augmente les risques de toxicomanie plus tard dans la vie, les chercheurs estiment qu’il est d’autant plus nécessaire de prévenir dès le plus jeune âge la consommation de cannabis et d’en réduire l’usage à l’adolescence.

«Il est sans doute essentiel de mettre en place des programmes de prévention dès la fin de l’école primaire pour éviter la consommation précoce de cannabis, mentionne Charlie Rioux. L’influence des camarades et la délinquance sont des facteurs de risque qui favorisent la consommation précoce de cannabis et la toxicomanie à l’âge adulte. Il peut donc être utile de cibler ces facteurs de risque grâce à des programmes de prévention, surtout que les stratégies de prévention axées sur les motivations de la consommation de drogue se sont révélées efficaces.»

À propos de cette étude

L’article «Age of Cannabis Use Onset and Adult Drug Abuse Symptoms: A Prospective Study of Common Risk Factors and Indirect Effects», écrit par Charlie Rioux, Natalie Castellanos Ryan et des collaborateurs, est paru le 22 avril 2018 dans La revue canadienne de psychiatrie. doi.org/10.1177/0706743718760289.

Cette étude a été financée grâce à une bourse du Fonds de recherche du Québec – Santé accordée à Charlie Rioux et à des subventions des Instituts de recherche en santé du Canada, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du Programme national de recherche et de développement en matière de santé, du Fonds de recherche du Québec – Société et culture et du Fonds de recherche du Québec – Santé.

L’Étude longitudinale et expérimentale de Montréal a été lancée en 1984 par Richard Tremblay et Frank Vitaro, qui la dirigent, et elle est financée par plusieurs organismes fédéraux et provinciaux.

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