Rédaction scientifique: sept trucs pratiques pour progresser sans s’épuiser!

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  • Le 23 mai 2018

  • Martin LaSalle
Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Rédiger une thèse, un mémoire ou un article scientifique est une lourde tâche, mais il existe sept trucs qui permettent d’entreprendre son marathon d’écriture sans finir sur les genoux!

En théorie, la rédaction est une action simple: prendre une idée, la transformer en mots, en phrases, en paragraphes, puis en pages et en chapitres…

Mais dans la pratique, la rédaction scientifique – et la rédaction en général – «relève d’un processus chaotique parsemé de stress, de doutes, de confusion et d’anxiété qui mènent très souvent à la procrastination». Cette assertion de Geneviève Belleville a de quoi rassurer: écrire n’est simple pour personne, mais tous peuvent y arriver… à condition de s’y mettre!

Professeure à l’École de psychologie de l’Université Laval, la spécialiste de l’anxiété et des troubles du sommeil était la conférencière invitée de la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal dans le cadre de l’atelier «Assieds-toi et écris: trucs pratiques pour la rédaction scientifique».

Oui, il est possible d’alimenter le goût d’écrire – et de s’en donner le temps – en appliquant sept stratégies qui permettent d’envisager l’acte d’écrire sans les tourments qui l’accompagnent trop souvent.

1. Établir des tranches horaires pour rédiger (et les respecter!)

Qui n’a pas traversé un moment au cours duquel on sait qu’il faudrait rédiger, sans toutefois y parvenir?

Pour remédier aux passages à vide, Geneviève Belleville propose de «prendre rendez-vous avec soi en inscrivant à son agenda des périodes réservées à la rédaction; cela augmente la productivité et diminue la charge émotive découlant du fait de devoir travailler».

La durée de ces blocs de rédaction doit être assez courte – de deux à trois heures par exemple – et les blocs seront entrecoupés de pauses. «L’important est de prendre l’habitude d’écrire, en se déconnectant de tout: on disparaît dans sa grotte et on le dit à son entourage pour éliminer les sources de distraction, indique la professeure. Il faut être intransigeant sur ce point.»

De cette façon, on évite les blitz de rédaction de dernière minute qui, en plus d’être épuisants, minent parfois le désir de continuer.

2. Définir des objectifs «SMART»

Rédiger une thèse de doctorat, un mémoire de maîtrise ou un livre ne se fait pas en un jour, pas plus qu’en une semaine ni en un mois. Pour avancer, il importe de se fixer des objectifs quotidiens qui respectent les principes de l’acronyme SMART, c’est-à-dire des objectifs: 

• spécifiques (précis);
• mesurables (nombre de pages ou d’éléments traités);
• atteignables (un pas qui mène plus loin);
• réalistes (selon les capacités physiques et mentales du moment);
• temporellement définis (durée de la séance de rédaction).

3. Distinguer les trois étapes de la rédaction

«Le moment le plus intimidant dans la rédaction survient juste quand on commence à écrire: on s’évalue négativement, on s’attarde sur la taille de la police ou sur la couleur à donner à son PowerPoint... Le meilleur moyen pour éviter de céder à cet inconfort est de se mettre à la tâche, sans chercher à écrire parfaitement et logiquement du premier coup», avance Mme Belleville.

Elle suggère de respecter trois étapes pour ce faire.

• Planifier: adopter un plan bien établi permet d’entreprendre une période de rédaction sans se questionner ni angoisser. «Il ne s’agit pas d’un plan à faire approuver par son directeur de recherche, mais bien d’un plan qui permet d’étaler ses idées, ses arguments et les appuis à ces arguments. On peut procéder de façon désordonnée, même en faisant des copier-coller… Plus il y a de mots dans le plan, mieux ce sera: il suffira de synthétiser par la suite!»

• Rédiger: écrire «comme ça vient, sans frein, le plus rapidement possible et sans s’évaluer ni réviser» permet de produire la matière première qu’on retravaillera plus tard.

• Réviser: à cette étape, on structure l’argumentation de façon claire et succincte. «N’hésitez pas à échanger cette tâche avec un collègue», suggère Geneviève Belleville.

4. Démythifier l’inspiration

«Faut-il être motivé pour s’entraîner? Si vous attendez l’inspiration, vous risquez d’attendre longtemps!» ajoute-t-elle. L’inspiration est un concept flou qui facilite la procrastination. «Écrivez tous les jours, sans pression. Parfois ce sera bon, parfois ça le sera moins, mais l’important… c’est d’écrire!»

5. Diminuer la procrastination

Il faut écarter l’idée que la rédaction scientifique est un travail pénible, selon Mme Belleville. «Autrement, on la rend encore plus monstrueuse et ça incite à procrastiner.» C’est pourquoi la professeure recommande de créer un contexte impropre à la procrastination, en choisissant un lieu particulier, fonctionnel, agréable et invitant.

«Il ne faut pas dramatiser non plus si on procrastine quelques fois: tout le monde le fait», tient-elle à rassurer.

6. Abandonner le perfectionnisme

Certaines croyances à l’endroit de la perfection relèvent de la légende urbaine, dit Mme Belleville. «Non, un auteur compétent ne parvient pas à écrire un bon texte du premier coup et, non, il ne faut pas attendre de bien connaître un domaine pour écrire sur le sujet: on apprend en écrivant!»

Plus encore, elle affirme que «le culte de la perfection, c’est comme une secte: ses idéaux sont séduisants, mais inatteignables et encore moins efficaces».

Il faut certes être discipliné et viser de hauts standards de qualité, mais il faut faire preuve d’indulgence envers soi-même et avoir une routine de rédaction réaliste, insiste-t-elle. «Travailler 70 heures par semaine, ce n’est pas sain.»

7. Discuter et prendre le temps de vivre

Dernier truc et non le moindre: «Ne restez pas seul dans votre coin, allez vers les autres, parlez de vos travaux avec vos collègues.»

Lorsqu’on se met à rédiger, il est fréquent de tomber dans certains pièges qui nous isolent. Ainsi, certains s’enferment, laissent les difficultés se chroniciser, croient qu’ils sont seuls, se blâment de ne pas être à la hauteur ou de ne pas en faire assez…

«Une période de rédaction, c’est un pas et, si l’on essaie de faire de plus grands pas, on risque de se blesser, conclut Geneviève Belleville. Et à mesure qu’on avance, il faut aussi alimenter sa vie personnelle, ne pas oublier de prendre le temps de vivre…»

La thèse: un guide pour y entrer et s'en sortir

En septembre 2016, les Presses de l’Université de Montréal publiaient l’ouvrage collectif La thèse: un guide pour y entrer... et s'en sortir, qui rassemble les expériences d’étudiants ayant soutenu leur thèse en sciences sociales ou en sciences humaines. Destiné aux étudiants des cycles supérieurs et à ceux qui désirent s’y inscrire, le livre aborde différents aspects pratiques du projet doctoral, depuis sa conception aux choix personnels et professionnels qui suivent sa réalisation.