Pour survivre, le PQ doit reconquérir la génération X et parvenir à séduire les milléniaux

  • Forum
  • Le 28 mai 2018

  • Martin LaSalle
Porté au pouvoir le 15 novembre 1976, le Parti québécois serait le parti d'une génération. «La question de sa disparition possible se pose à la lumière du déclin de ses appuis depuis l’échec du référendum de 1995», estime la chercheuse Valérie-Anne Mahéo.

Porté au pouvoir le 15 novembre 1976, le Parti québécois serait le parti d'une génération. «La question de sa disparition possible se pose à la lumière du déclin de ses appuis depuis l’échec du référendum de 1995», estime la chercheuse Valérie-Anne Mahéo.

Crédit : Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

En 5 secondes

Historiquement porté par la génération des babyboumeurs, le Parti québécois doit conserver ses appuis auprès de la génération X et se renouveler pour percer auprès des milléniaux s’il veut perdurer.

La pérennité du Parti québécois (PQ) reposera sur sa capacité à conserver les électeurs issus de la génération X et à se renouveler suffisamment pour gagner le cœur des milléniaux, selon Valérie-Anne Mahéo, de l’Université de Montréal.

Sans vouloir prédire l’avenir du PQ, la chercheuse invitée du Département de science politique de l’UdeM soutient, dans une étude publiée récemment en collaboration avec Éric Bélanger, de l’Université McGill, que la question de la disparition possible du PQ se pose à la lumière du revers qu’il a subi au scrutin de 2014 et qui témoigne «d’un déclin continu du Parti depuis l’échec du référendum de 1995».

De fait, après avoir été une formation politique dominante dans les années 70 et 80, le Parti québécois a vu ses appuis électoraux décliner progressivement: depuis l’élection provinciale de 1981, où il avait raflé 49 % des votes, la proportion d’appuis aux urnes n’a cessé de diminuer au cours des scrutins suivants où il a été élu (45 % en 1994, 43 % en 1998 et 32 % en 2012). Après un bref mandat comme gouvernement minoritaire, le Parti était défait en 2014 avec 25 % des voies.

À partir d’un sondage mené au lendemain du scrutin du 7 avril 2014, Mme Mahéo a analysé les comportements électoraux des trois générations de votants: les babyboumeurs, nés entre 1945 et 1959, les X, nés entre 1960 et 1979, et les milléniaux, nés au cours des décennies 80 et 90.

Élaboré par M. Bélanger et Richard Nadeau, de l’Université de Montréal, le sondage a été effectué par la firme Léger Marketing entre le 9 et le 16 avril de la même année auprès de 1571 adultes, dont 37 % issus des boumeurs, 36 % des X et 27 % des milléniaux.

Le parti d’une génération

Valérie-Anne Mahéo

Proposant un nationalisme renouvelé ainsi qu’un projet politique plus égalitaire entre anglophones et francophones axé sur la social-démocratie, le Parti québécois a principalement été porté par la génération des babyboumeurs, selon Valérie-Anne Mahéo.

En raison d’une éducation et de traditions familiales et sociales plus semblables à celles des boumeurs, les membres de la génération X ont épousé – en partie du moins – des valeurs analogues à leurs prédécesseurs. En revanche, les milléniaux sont mus par des valeurs fort différentes, selon les données du sondage.

Comme c’est généralement le cas dans d’autres sociétés, les jeunes sont moins intéressés par la politique que les générations qui les précèdent. Or, s’ils se déclaraient québécois avec la même ferveur que leurs aînés, les milléniaux étaient toutefois moins attachés au Québec – 44 % contre 54 % pour les X et 70 % pour les boumeurs. Et ils se disaient encore moins attachés au Canada, soit 31 % comparativement à 35 % et à 38 % pour les générations précédentes respectivement.

«Le peu d’attachement des jeunes au Québec est l’un des aspects qui nous a le plus surpris, confie Mme Mahéo. Cette donnée, qui va à l’encontre de la croyance selon laquelle les jeunes sont généralement plus nationalistes, constitue un élément qui laisse à penser que les milléniaux font peu de cas du débat nationaliste traditionnel.»

De fait, seulement 30 % d’entre eux se disaient en faveur de la souveraineté (26 % pour les X et 35 % pour les boumeurs) et se montraient nettement moins exigeants quant aux pouvoirs que le Québec pourrait rapatrier du gouvernement fédéral (44 % contre 49 % et 60 % respectivement).

Les milléniaux: plus de gauche et plus ouverts aux autres cultures

«Ce qui distingue particulièrement les milléniaux est qu’ils sont plus sensibles aux discours véhiculés par la gauche et qu’ils sont plus nombreux à approuver les valeurs libérales, notamment en ce qui a trait au mariage entre personnes de même sexe et au multiculturalisme», indique Valérie-Anne Mahéo.

Pas étonnant que ceux-ci aient vu d’un mauvais œil la charte des valeurs québécoises, qui a été au cœur de la dernière campagne électorale au Québec: seulement 46 % des milléniaux l’appuyaient, comparativement à 54 % chez les X et à 65 % chez les boumeurs.

Par ailleurs, si les trois générations placent l’économie et la santé au sommet des priorités sur lesquelles le gouvernement québécois devrait travailler, seuls les milléniaux mettent l’éducation au troisième rang. Chez les X et les boumeurs, elle occupe la huitième et la neuvième place.

«Bien que les trois générations partagent certaines valeurs, les différences entre les milléniaux et les boumeurs sont frappantes quant aux facteurs qui déterminent leur vote, soutient Mme Mahéo. On le voit particulièrement au chapitre de l’attachement au Québec et de la charte: ces deux générations ont des visions très différentes.»

«Qui plus est, les jeunes de 18 à 34 ans ne voient plus guère de différence entre le Parti libéral du Québec [PLQ] et le Parti québécois pour ce qui est du positionnement gauche-droite, ajoute la chercheuse. À leurs yeux, le PQ ne parvient pas à se distinguer du PLQ sur cet axe.»

Vers un changement de garde générationnel

Selon Valérie-Anne Mahéo, l’érosion du vote péquiste au fil des décennies «est moins liée à des facteurs circonstanciels qu’à des facteurs générationnels: la plus grande ouverture des milléniaux à l’endroit de la diversité culturelle et leur peu d’appétit pour la question nationale semblent relever de changements sociétaux plus permanents».

«La génération des milléniaux, qui ne partageait que très peu les vues du Parti québécois à l’issue du scrutin de 2014, occupera de plus en plus de place sur l’échiquier électoral, tandis que celle des babyboumeurs continuera à diminuer, ce qui pourrait accentuer le déclin du PQ», poursuit Valérie-Anne Mahéo.

Quel avenir, donc, pour le PQ?

«S’il parvient à séduire les membres de la génération X au cours des prochains scrutins, le PQ pourrait se maintenir jusqu’en 2034, soit lorsque les milléniaux formeront la majorité de l’électorat, conclut-elle. Sinon, la chute du Parti québécois pourrait être plus rapide, et ce, dès l’élection de 2018. Tout dépendra de sa capacité à renouveler ses politiques… ainsi que de possibles différends entre Ottawa et Québec qui pourraient raviver les aspirations souverainistes au sein de la population québécoise.»

Comme quoi prédire l’avenir, en politique, demeure un pari risqué!