L’UdeM reçoit un legs de 15 M$ de l’ex-ministre Guy Joron

  • Forum
  • Le 12 juin 2018

  • Martin LaSalle
Diplômé en science politique de l'Université de Montréal en 1964, Guy Joron a voulu montrer son amour du peuple québécois et faire un geste politique – et non partisan – en faveur de l’éducation supérieure de langue française, dont il était très fier. Il a ainsi légué sa fortune à son «alma mater» en souhaitant que son geste ait un effet d’entraînement sur tous les diplômés de l'UdeM.

Diplômé en science politique de l'Université de Montréal en 1964, Guy Joron a voulu montrer son amour du peuple québécois et faire un geste politique – et non partisan – en faveur de l’éducation supérieure de langue française, dont il était très fier. Il a ainsi légué sa fortune à son «alma mater» en souhaitant que son geste ait un effet d’entraînement sur tous les diplômés de l'UdeM.

Crédit : Famille de Guy Joron

En 5 secondes

Guy Joron, qui a été le premier ministre délégué à l’Énergie dans l’histoire du Québec, a fait un don testamentaire de 15 M$ à l’Université de Montréal, son «alma mater».

Hugo Valencia

Crédit : Amélie Philibert

«Pour Guy Joron, une société scolarisée est une société riche culturellement, socialement et économiquement et, parce qu’il souhaitait souligner l’importance du rôle de l’Université de Montréal pour l’ensemble de la francophonie, il a voulu montrer l’exemple en lui léguant sa fortune.»

C’est en ces termes que s’est exprimé Hugo Valencia, le compagnon de vie de Guy Joron, décédé le 28 décembre dernier à l’âge de 77 ans, au cours d’une cérémonie de reconnaissance où a été officialisé le don exceptionnel de 15 M$ qu’il a fait à l’UdeM et à ses écoles affiliées.

La cérémonie, qui a eu lieu le 12 juin en présence de membres de la famille, d’amis et de personnalités qui l’ont côtoyé au fil de sa carrière politique, s’est tenue au campus de l’UdeM à Laval, dont le bâtiment porte désormais le nom de pavillon Guy-Joron.

Une plaque commémorative a d’ailleurs été dévoilée à cette occasion (voir l’encadré ci-après).

Fier diplômé de l’UdeM et homme politique visionnaire

Fils unique de Blanche Moreau et de l’entrepreneur et homme d’affaires Conrad Joron, Guy Joron a étudié à l’Université de Montréal, où il a obtenu en 1964 un baccalauréat en science politique.

Déjà rompu à la finance, il devient courtier en valeurs mobilières et fonde une firme de conseils financiers. En parallèle, il s’intéresse vivement à la politique, lui qui est le petit-fils du député Émile Moreau, qui a représenté la circonscription de Lac-Saint-Jean pendant plusieurs années à l’Assemblée nationale.

Après avoir fait la rencontre de René Lévesque, Guy Joron devient l’un des sept premiers députés élus en 1970 sous la bannière du Parti Québécois. Battu en 1973, il rédige un livre intitulé Salaire minimum annuel $1 million: ou la course à la folie, dans lequel il démontre que la consommation effrénée des ressources est insoutenable à long terme. Il fait ainsi figure de précurseur de ce qu’on nommera plus tard le développement durable.

En 1976, il est élu dans la circonscription des Mille-Îles et René Lévesque fait de lui le premier ministre délégué à l’Énergie. À ce titre, il élabore et fait adopter en 1978 la première politique énergétique du Québec, qui repose notamment sur la rationalisation de la consommation d’énergie, en plus d’encourager l’émergence d’autres formes d’énergies, dont les énergies renouvelables. Dans l’intervalle, il fera adopter un moratoire sur le développement de l’énergie nucléaire au Québec – moratoire qui est toujours en vigueur!

Un don exemplaire

Honoré par l’Association des diplômés de l’Université de Montréal en 1989 pour l’ensemble de sa carrière et ses divers engagements philanthropiques, Guy Joron voulait depuis un bon moment redonner à son alma mater.

«En planifiant ce don, Guy voulait montrer son amour du peuple québécois, faire un geste politique – et non partisan – en faveur de l’éducation supérieure de langue française, dont il était très fier, a mentionné Hugo Valencia. Et il souhaitait aussi et surtout montrer l’exemple afin que son geste ait un effet d’entraînement sur tous ceux à qui la fortune sourit.»

Ainsi, HEC Montréal et Polytechnique Montréal se partageront à parts égales 3 M$, tandis que l’UdeM recevra 12 M$.

Par ce don planifié, Guy Joron «a posé un geste tourné vers l’avenir qui témoigne d’un grand amour pour le Québec et pour les Québécois, a affirmé le recteur Guy Breton. M. Joron a fait le choix de ne pas limiter son don à un domaine de recherche ou à une discipline en particulier; ce don servira l’Université dans son ensemble et dans la durée. C’est toute la collectivité qui en récoltera les fruits».

Pour en apprendre davantage sur le parcours politique de Guy Joron, on peut visionner une entrevue qu’il a accordée en 2011 dans le cadre de la série Mémoires de députés, sur le site Web de l’Assemblée nationale. Dans la première partie de l’entretien, il raconte son entrée en politique et sa première élection. Dans la seconde, il relate comment il a préparé la première politique énergétique du Québec.

Lire le communiqué «L’Université de Montréal célèbre un don historique»

  • Guy Joron au cours d'une visite dans une usine de la circonscription des Mille-Îles en compagnie du premier ministre René Lévesque.

    Crédit : Famille de Guy Joron
  • Michel Patry (HEC Montréal), Hugo Valencia, le recteur Guy Breton et Gilles Savard (Polytechnique Montréal).

    Crédit : Guillaume Bell
  • Le chancelier de l'UdeM, Louis Roquet, avec Hugo Valencia et le recteur Guy Breton, lors du dévoilement de la plaque honorant la mémoire de Guy Joron.

    Crédit : Guillaume Bell
  • Le chancelier Louis Roquet, en compagnie de l'ex-première ministre du Québec, Pauline Marois et son conjoint, Claude Blanchet, de même que l'ex-ministre Claude Charron et Francine Tremblay.

    Crédit : Guillaume Bell
  • Le chancelier Louis Roquet, en compagnie de l'ex-première ministre du Québec, Pauline Marois et son conjoint, Claude Blanchet, de même que l'ex-ministre Claude Charron et Francine Tremblay.

    Crédit : Guillaume Bell

Une plaque pour honorer la mémoire de Guy Joron

À l’occasion de l’annonce du legs de Guy Joron, une plaque commémorative a été dévoilée. Constituée de deux panneaux, la plaque sera prochainement installée au campus de l'UdeM à Laval, dans le pavillon qui porte désormais son nom.

Sur le panneau gauche, on lit:

Guy Joron
1940-2017

Guy Joron fut un homme politique québécois, un financier généreux pour ses proches et un philanthrope.

Fils de Blanche Moreau et de Conrad Joron, il fait ses études au Collège de Saint-Laurent, au Collège Loyola et à l'Université de Montréal où il obtient en 1964 son baccalauréat en science politique.

Reçu courtier en valeurs mobilières et membre de la Bourse de Montréal, il cofonde en 1965 une firme de conseils financiers, où il œuvre cinq ans avant de se lancer en politique sous la bannière du Parti Québécois.

De 1970 à 1973, il est député de Gouin et compte parmi les sept premiers élus du nouveau parti.

En 1976, il est de retour à l’Assemblée nationale comme député des Mille-Îles. Le premier ministre René Lévesque lui confie alors un ministère nouvellement créé, celui de l’Énergie. En 1978, Guy Joron fait adopter la première politique énergétique du Québec, qualifiée de visionnaire en raison de l’instauration d’un moratoire sur l’énergie nucléaire, du développement d’un réseau de gaz naturel, d’un programme d’économie d’énergie et de la création de la première société d’État chargée de développer les énergies nouvelles et renouvelables.

En 1979, Guy Joron est nommé ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières. Il se retire de la vie politique en 1981.

Il siège au conseil d’administration d’Hydro-Québec de 1981 à 1987 et préside celui de la Place des arts de 1982 à 1988.

Guy Joron était convaincu que plus une société est scolarisée, plus elle est riche socialement, culturellement et financièrement. Ayant fait fructifier avec talent le capital que lui avait transmis son père, il a voulu le léguer à une institution dont la mission lui paraissait le mieux servir la collectivité québécoise, dont l’avenir lui tenait tant à cœur. Il a ainsi choisi de faire un généreux legs de 15 millions de dollars dédié à son alma mater, l’Université de Montréal, la plus importante université de langue française d’Amérique.

Ce faisant, il souhaitait inspirer chacune et chacun d’entre nous à poser un geste semblable selon ses moyens.

Sur le panneau droit de la plaque, il est inscrit:

En reconnaissance du don exemplaire de monsieur Guy Joron à l’Université de Montréal ce pavillon a été désigné

Pavillon Guy-Joron

Cette plaque a été dévoilée le 12 juin 2018 par M. Hugo Valencia, conjoint de Guy Joron, et le recteur de l’Université de Montréal, Dr Guy Breton.