Le prix Wolf rapproche Gilles Brassard du Nobel

  • Forum
  • Le 14 juin 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Gilles Brassard (à gauche) reçoit le prix Wolf de physique 2018. À sa droite Naftali Bennett, ministre de l’Éducation d’Israël, Reuven Rivlin, président d’Israël, et Nachman Shai, journaliste et homme politique.

Gilles Brassard (à gauche) reçoit le prix Wolf de physique 2018. À sa droite Naftali Bennett, ministre de l’Éducation d’Israël, Reuven Rivlin, président d’Israël, et Nachman Shai, journaliste et homme politique.

Crédit : Fondation Wolf

En 5 secondes

Gilles Brassard a reçu des mains du président d’Israël le prix Wolf de physique avec son collègue Charles Bennett.

En recevant en Israël le prix Wolf de physique, le 31 mai dernier, Gilles Brassard, professeur au Département d’informatique et de recherche opérationnelle de l’Université de Montréal, a fait un pas de plus vers le prix Nobel de physique.

«C’est sans aucun doute le prix le plus prestigieux que j’ai reçu dans ma carrière», a commenté le lauréat, qui partage cet honneur avec son collègue Charles Bennett, du Centre de recherche d’IBM, aux États-Unis. Une somme de 100 000 $ US accompagne le parchemin et la médaille. Gilles Brassard est le premier Canadien à remporter ce prix.

Gilles Brassard et Charles Bennett ont retenu l’attention du jury en raison de leurs travaux théoriques en cryptographie quantique (1984) et en téléportation quantique (1993). L’industrie investit actuellement des milliards de dollars dans les technologies quantiques, particulièrement en Chine et en Europe, et les travaux théoriques de Gilles Brassard ont en quelque sorte lancé cette discipline. Le professeur s’est intéressé à l'informatique quantique à l’âge de 24 ans. Mais il affirme qu’il n’aurait jamais pensé à cette époque-là que des applications découleraient un jour de ses découvertes. «Je suis un théoricien. Ce qui m’intéresse, c’est d’abord et avant tout de comprendre la nature.»

Conscient que ce prix, surnommé le «Nobel d’Israël», a précédé l’obtention de la distinction suprême pour 14 des 26 chercheurs scientifiques à qui il a été accordé entre 1978 et 2010, Gilles Brassard avoue qu’il serait heureux de décrocher le Nobel. «Mais je ne retiens pas ma respiration!» dit-il.

Un crayon et des idées

Mener des travaux de recherche fondamentale en théorie quantique ne nécessite «qu’un crayon, du papier… et de bons étudiants», laisse-t-il tomber, sourire en coin. Mais il ajoute qu’un théoricien doit lire tout ce qui se publie dans son champ d’expertise et participer le plus possible aux rencontres internationales. C’est la meilleure façon de voir naître les nouvelles idées et d’y contribuer.

L’enseignement est aussi un bon moyen d’enrichir son équipe de recherche, souligne-t-il. Presque chaque année depuis les années 2000, Gilles Brassard donne le cours de premier cycle d’introduction à l’informatique quantique dans son département. De même que, tous les deux ans, le cours de deuxième année d’introduction à l'algorithmique, qu'il a conçu en 1980. Dans les salles de classe, il a pu recruter plusieurs étudiants brillants qui sont venus par la suite travailler sous sa direction à la maîtrise et au doctorat. L’un d’eux, Paul Raymond-Robichaud, a apporté une contribution particulièrement significative à la science dans son doctorat.

En s’associant très tôt avec le physicien Charles Bennett, tout juste après ses études de doctorat, Gilles Brassard déclare avoir conclu une union fructueuse. «En mettant en commun nos champs de connaissances, nous avons créé une nouvelle dimension de réflexion. La cryptographie quantique n’aurait pas pu voir le jour sans cette alliance entre la physique et l'informatique», signale-t-il.

Six prix Wolf

Instaurés par la Fondation Wolf – mise sur pied en 1975 en souvenir de Ricardo Wolf, un inventeur allemand qui a fait fortune dans l’acier –, les prix Wolf sont décernés annuellement en physique, agriculture, mathématiques, chimie, médecine et art aux chercheurs et artistes les plus marquants dans leur discipline. Le chanteur Paul McCartney figurait parmi les lauréats de 2018, mais il était absent de la cérémonie, qui s’est déroulée en présence du président d’Israël, Reuven Rivlin.

Dans sa notice sur les lauréats, la Fondation Wolf explique que le prix de physique a été attribué au duo Brassard-Bennett en raison de son rôle dans la mise au point de la théorie de l’informatique quantique (quantum information theory). «Bien que ce ne soit qu'une métaphore, on pourrait dire que si l'information classique est comme l'information contenue dans un livre, l'information quantique est comme l'information contenue dans un rêve», peut-on y lire.