On savait que drogue et maladie mentale ne font pas bon ménage. Voilà que de nouvelles recherches viennent confirmer que la consommation de cannabis ou d'alcool entraine une détérioration des structures du cerveau chez les schizophrènes. Et la structure touchée est celle gérant le système de récompense chez les individus.
«Il y a une fragilité du cerveau chez le schizophrène, tout comme chez les personnes souffrant d'autres troubles mentaux. Et tout porte à croire que les drogues peuvent intensifier ces anomalies», souligne Stéphane Potvin, chercheur adjoint au Département de psychiatrie de l'Université et rattaché au Centre de recherche Fernand-Seguin de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine, affilié à l'UdeM.
Le Dr Potvin livrera les résultats de ses travaux les 4, 5 et 6 février, à un colloque à l'Hôpital Louis-H. Lafontaine ayant pour thème «Toxicomanie et santé mentale: comment concilier les deux réalités?» Le psychiatre Patrick Barabé présidera la rencontre.
En fait, un nombre croissant d'études démontrent non seulement que les drogues sont plus dommageables chez les gens atteints de maladie mentale mais également que ces derniers sont plus susceptibles d'avoir un problème de consommation.
«Près de 50 % des schizophrènes seront confrontés à un problème de consommation au cours de leur vie», signale le Dr Potvin. Globalement, selon les types de troubles mentaux, les taux d'accoutumance à vie varient de 33 à 70 %.
Mais une chose est certaine, dans tous les cas, ces taux sont plus élevés que dans la population en général. Et ce sont les jeunes garçons qui sont le plus à risque puisqu'ils sont plus attirés par les drogues.
«Les personnes aux prises avec la schizophrénie deviennent dépendantes plus rapidement et elles ont tendance à faire plus d'abus. Elles accrochent plus rapidement et à de plus petites doses, et elles mettront plus de temps à décrocher», résume le Dr Potvin.
Il n'est donc pas étonnant de constater que les schizophrènes qui consomment des drogues ont plus souvent que les autres schizophrènes des problèmes liés à l'emploi et au logement des difficultés relationnelles; par ailleurs, ils font davantage d'épisodes dépressifs et commettent plus de crimes et effectuent davantage de séjours à l'hôpital que les autres. En fait, le cannabis accroit les risques de rechute psychotique.
Cependant, de manière étonnante, les travaux de l'équipe du Dr Potvin ont démontré que les schizophrènes consommateurs de drogue ont tendance à manifester de meilleures attitudes en société et à présenter moins d'anhédonie (perte d'affectivité et de plaisir) que les autres schizophrènes. Ce qui conduit Stéphane Potvin à relever «la nature paradoxale» des liens entre psychose et toxicomanie.
Striatum ventral Système de récompense
Mais l'équipe du Dr Potvin n'était pas au bout de son étonnement. Et, de façon encore plus fondamentale, elle a constaté que la partie du cerveau qui était altérée chez les schizophrènes consommateurs d'alcool et de cannabis était le striatum ventral, qui est l'un des dénominateurs communs des effets euphorisants des drogues. En d'autres termes, lorsque des sujets sains consomment de la cocaïne ou une autre drogue, il y a libération de dopamine (hormone du plaisir) dans le striatum ventral.
«Nous avons pu démontrer un effet sur la structure du système de récompense – le striatum ventral –, soit précisément le système qui relaie, dans le cerveau, les effets euphorisants des drogues.
«De deux choses l'une. Ou bien la consommation engendre ces effets dans la schizophrénie, ou bien les patients avec un double diagnostic ont ces anomalies au point de départ, ce qui augmenterait leur vulnérabilité à développer un problème de consommation», indique le chercheur.
La majorité des études sur la comorbidité ont été menées auprès de personnes souffrant de schizophrénie, mais elles valent aussi pour les gens atteints de troubles bipolaires ou de troubles de la personnalité ou encore de dépression majeure.
Traitement intégré
Le cocktail maladie mentale et toxicomanie requiert une approche thérapeutique particulière qui n'est pas toujours accessible. Souvent, en effet, la clientèle visée est soit traitée en psychiatrie, soit transférée dans un centre de désintoxication, alors qu'elle aurait besoin d'une approche intégrant les deux problématiques. C'est la raison pour laquelle les spécialistes se tournent de plus en plus vers le traitement intégré, comme celui que permet la clinique Cormier-Lafontaine, destinée aux toxicomanes souffrant de maladie mentale.
Les bienfaits d'une approche dite intégrée seront exposés au cours du symposium. Outre MM. Potvin et Barabé, Brian Rush, réputé pour ses travaux sur la toxicomanie et la santé mentale, donnera une conférence le 6 février, en compagnie de Louise Nadeau, directrice scientifique du centre Dollard-Cormier, affilié à l'UdeM.
Paule des Rivières
