Les laboratoires insolites de l’UdeM

En 5 secondes

L'Université de Montréal, classée au deuxième rang des universités les plus dynamiques en recherche au Canada, compte des milliers de laboratoires. Nous avons visité, pour vous, les plus inusités.

L'Université de Montréal, troisième en recherche au Canada, compte des centaines de laboratoires dont certains plutôt inusités. On y mène des expériences sur l'infiniment petit, l'environnement, la santé et le comportement humain. L'un se déplace sur quatre roues, d'autres sont à ciel ouvert ou assis sur le Bouclier canadien. 

Stabilité absolue

Le pavillon J.-Armand-Bombardier abrite le laboratoire le plus stable de tout le pays. Dirigé par Richard Martel, professeur au Département de chimie, il est construit sur une dalle de béton de sept mètres d'épaisseur et s'appuie directement sur la roche mère du Bouclier canadien. Imperceptible pour le visiteur, ce socle antivibrant est séparé du reste de l'immeuble par une gaine de caoutchouc. Ici, rien ne bouge afin d'étudier la matière à l'échelon atomique. Au nombre des applications possibles des travaux menés ici figurent les écrans flexibles, le papier électronique, les capteurs chimiques et les sondes biologiques. 

Toxiques à inhaler

À première vue, le laboratoire d'inhalation humaine du Département de santé environnementale et santé au travail ressemble à une salle vitrée bien ordinaire, avec une table et des chaises. À l'exception des ouvertures dans l'un des murs destinées à faire pénétrer dans la pièce différentes substances toxiques. Gaz, solvants aromatiques ou chlorés inhalés se retrouvent par la suite dans les échantillons de sang et d'urine de participants volontaires. Nul danger cependant! Les quantités respirées par les sujets de recherche sont minimes. Mais les données recueillies et intégrées dans des modèles informatiques permettent aux chercheurs de prévoir les niveaux de risque pour la santé. Quelque 350 intoxications chimiques de source professionnelle sont déclarées chaque année à la Direction de santé publique.

Laboratoire d'inhalation humaine
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Laboratoire d'inhalation humaine

Monde parallèle

Quand les projecteurs s'allument, l'étroite pièce aux murs blancs s'efface. Des lunettes cybernétiques et un casque d'écoute immergent le sujet de recherche dans un univers parallèle en trois dimensions. Il peut se déplacer dans un centre commercial, monter un escalier mobile ou encore se frayer un chemin dans la circulation. Des capteurs de mouvement enregistrent ses moindres déplacements afin de documenter son comportement dans une foule. «Pour les gens âgés et les personnes qui souffrent d'une maladie oculaire, il est souvent difficile de marcher dans des lieux où l'action est dense, car le mouvement provient de sources multiples. La voûte virtuelle permet d'analyser des tâches quotidiennes de manière sécuritaire», explique Jocelyn Faubert. Le professeur de l'École d'optométrie et son équipe y mènent aussi des études sur l'entraînement cérébral chez les athlètes, les aînés et les enfants.

L'amélioration des performances sportives passerait par le cerveau
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Boulot, dodo, labo

À l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, des hommes et femmes trouvent le sommeil dans des chambres semblables à toutes les autres : petit lavabo, table de chevet, lit confortable. Mais, de l'autre côté du mur, une équipe suit sur des appareils électroniques sophistiqués l'évolution de l'un des grands mystères de la vie : le sommeil. Pour les profanes, les électroencéphalogrammes obtenus ne sont que des griffonnages anarchiques. Pour Julie Carrier, chercheuse à l'Université de Montréal qui consacre ses travaux au sommeil depuis plus de 15 ans, c'est comme une partition musicale. Vieillissement, rythmes circadiens, alimentation, cauchemars et somnambulisme sont des thèmes étudiés au Centre d'études avancées en médecine du sommeil, qui concentre une bonne partie de la science canadienne dans ce secteur en plein essor. 

Vieillir et dormir
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Dans l’atome

Lorsqu'on circule parmi les gigantesques accélérateurs de particules du laboratoire René-J.- A.-Lévesque, on est frappé par la densité des sculptures métalliques de toutes tailles qui s'enchevêtrent à travers les ordinateurs et les modules électroniques. Ici trône le plus puissant accélérateur linéaire de faisceaux d'ions du pays, le Tandem, avec ses six millions de volts. «Pour les étudiants, l'accès à une infrastructure de pointe comme celle-ci permet de mener une expérience pratique en effectuant des recherches de haut niveau. Le laboratoire est aussi un centre d'expertise précieux pour les partenaires industriels, qui sont nombreux», explique François Schiettekatte, professeur au Département de physique et directeur adjoint du Groupe de recherche en physique et technologie des couches minces. Initialement prévu pour étudier le noyau des atomes, l'accélérateur permet aujourd’hui de détecter la matière sombre dans l'Univers. Les appareils de haute technologie qu'on trouve dans l'immeuble situé derrière le pavillon Roger-Gaudry valent quelque 20 millions de dollars.

Laboratoire de faisceaux d'ions
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Sans plafond

La Station de biologie des Laurentides, à Saint-Hippolyte, est un laboratoire à ciel ouvert. Située à 75 km de Montréal, la station a été inaugurée il y a 50 ans par le recteur Irénée Lussier. Le territoire compte 15 lacs, 10 milieux humides et plus de 50 km de ruisseaux, et abrite des essences diverses: bouleau blanc, chêne et érable rouge, érable à sucre, peuplier à grandes dents, bouleau jaune, sapin baumier, épinette noire et épinette blanche, thuya occidental. Toute cette forêt sert d'habitat à 85 espèces d'oiseaux et de mammifères comme l'ours noir, le cerf de Virginie, l'orignal, le renard roux, le coyote, le raton laveur, le porc-épic et plusieurs autres types de rongeurs. Dans cet écosystème unique, on effectue sur quatre saisons des travaux de recherche, des stages et des colloques. Comme la Station jouit du statut de réserve de biodiversité, l'exploitation minière, gazière ou pétrolière, l'aménagement forestier, l'exploitation des forces hydrauliques et toute production commerciale ou industrielle d'énergie y sont interdits. Place à l'enseignement et à la recherche!

Un laboratoire au cœur de la nature
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Silence total

La chambre anéchoïque (sans écho) du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS) est l'un des endroits les plus silencieux qu'on puisse trouver au Québec. Les chercheurs peuvent y étudier de multiples aspects de la perception musicale. Un dôme de 80 haut-parleurs disposés autour du sujet de recherche permet la présentation contrôlée d'un environnement sonore. Comme les murs et le plafond de la pièce absorbent un maximum d'ondes sonores, aucun bruit extérieur ne vient corrompre les sons étudiés. Le BRAMS compte aujourd'hui plus de 35 membres de renommée internationale et une centaine d'étudiants et de chercheurs postdoctoraux. Il est né en 2003 d'un rêve de doter Montréal d'un centre interuniversitaire de pointe dans le domaine de la cognition de la musique.

Récit roule

Acquise par Simon Harel grâce à une subvention de la Fondation canadienne pour l'innovation, une camionnette Mercedes-Benz qui a dans une autre vie servi à transporter des pilotes de formule 1 est devenue l'un des laboratoires les plus originaux de l'Université de Montréal. Véritable studio d'enregistrement mobile, capable d'accueillir confortablement un sujet interviewé et une petite équipe de tournage, le véhicule dispose du matériel permettant le montage audio et vidéo et constitue le point d'ancrage lors d'opérations de sollicitation et de validation de témoignages sur le terrain. Tenant à la fois du camp de base et de la cabine d'enquête, le studio est un «lieu de recherche immergé dans la ville et branché en temps réel sur une banque de données interactive», explique le professeur au Département de littératures et de langues du monde. C'est en vivant le quotidien de la rue avec le studio mobile, parfois jour et nuit, que les enquêteurs entendent prendre le pouls de la métropole. Chauffeurs de taxi, musiciens du métro et itinérants transportent avec eux des récits de vie qui disparaissent trop souvent sans laisser de traces.