Y a-t-il de l’huile de palme dans vos chocolats de Saint-Valentin? Si oui, méfiez-vous!

Les graisses saturées sont principalement présentes dans l’huile de palme, qu'on retrouve souvent dans le chocolat.

Les graisses saturées sont principalement présentes dans l’huile de palme, qu'on retrouve souvent dans le chocolat.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Une nouvelle étude révèle qu’une alimentation riche en gras saturés entraîne des comportements dépressifs, anxieux et compulsifs.

En plus de rendre obèse, une alimentation riche en gras saturés et en sucre crée de l’inflammation dans le noyau accumbens. L’inflammation dans cette région du cerveau qui contrôle l’humeur et le sentiment de récompense engendre des comportements dépressifs, anxieux et compulsifs en plus de dérégler le métabolisme, a découvert une équipe de chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM). Cette étude menée sur des souris et publiée récemment dans la revue Molecular Metabolism apporte de nouvelles preuves quant à l’effet néfaste pour la santé des gras saturés.

«Les comportements dépressifs, anxieux et compulsifs ainsi que les changements métaboliques observés avec une alimentation riche en sucre et en graisses saturées n’ont pas été relevés avec une alimentation riche en sucre et en gras mono-insaturés, comme ceux de l’huile d’olive», indique Stéphanie Fulton, chercheuse au CRCHUM et professeure au Département de nutrition de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Les changements métaboliques constatés avec l’alimentation riche en gras saturés, tels que l’hyperinsulinémie et l’intolérance au glucose, sont associés à un état prédiabétique.

L’équipe de chercheurs a obtenu ces résultats en travaillant avec deux groupes de souris qui ont ingéré une même quantité de calories chaque jour dont 50 % provenaient de gras. Pour l’un des groupes, le gras était saturé et pour l’autre il était mono-insaturé. Un troisième groupe de souris a été soumis à une diète faible en gras. «Les rongeurs astreints à une diète riche en gras saturés ont consommé, de façon volontaire, plus de grammes de nourriture et donc plus de calories. Il a fallu seulement 12 semaines pour que se manifestent l’obésité, les comportements anxieux et dépressifs ainsi que les changements métaboliques liés à un état prédiabétique», explique Léa Décarie-Spain, première auteure de l’étude et doctorante dans les laboratoires de Stéphanie Fulton et Thierry Alquier.

De nombreuses études chez l’humain ont montré que le régime méditerranéen – pauvre en gras saturés – a un effet protecteur sur la dépression. Cette fois, on a pu établir les mécanismes neuronaux qui associent l’obésité et la dépression.

L’étude a révélé que les comportements dépressifs et anxieux sont dus à l’inflammation dans le noyau accumbens. Une manipulation génétique a d’ailleurs permis d’inhiber la molécule qui joue un rôle important dans la propagation de l’inflammation dans le noyau accumbens.

«Cette manipulation a pu protéger les souris dont la diète était riche en gras saturés de l’inflammation et, ainsi, on a vu disparaître les signes de dépression et d’anxiété et les comportements compulsifs liés au sucre», mentionne Léa Décarie-Spain. Ces avancées ouvrent la porte à d’autres recherches sur une intervention génique anti-inflammatoire dans le noyau accumbens qui pourrait venir stopper la dépression causée par l’inflammation.

Cercle vicieux

Cette découverte illustre en outre le cercle vicieux dans lequel se trouvent les personnes atteintes d’obésité provoquée par une alimentation riche en sucre et en gras saturés. «Leur alimentation amène des émotions négatives qui stimulent la recherche de réconfort dans la nourriture et cela augmente le risque d’adopter un comportement compulsif», souligne Léa Décarie-Spain.

Les graisses saturées sont principalement présentes dans l’huile de palme, très utilisée dans l’industrie de la transformation alimentaire, et dans les produits d’origine animale.

Cette étude a été réalisée chez l’animal, mais on peut soupçonner que le mécanisme qui s’enclenche dans le noyau accumbens des humains est semblable.

«On espère que cette étude servira à éduquer les gens sur l’importance d’une saine alimentation, en raison non seulement des maladies cardiovasculaires et des cancers associés à l’obésité, mais aussi des problèmes neurologiques et psychiatriques qui semblent accompagner l’obésité, affirme Stéphanie Fulton. On souhaite également que nos résultats mettent de la pression sur l’industrie alimentaire afin de remplacer ces types de gras par des graisses mono-insaturées.»

Pas de panique toutefois! Quelques biscuits ou un hamburger à l’occasion ne vous feront pas tomber dans la dépression. «Il ne faut tout simplement pas en manger souvent si l’on veut garder son métabolisme sain et sans inflammation, déclare Léa Décarie-Spain. Tout est dans la modération!»

Cette étude fait suite à celle publiée en 2013 par Stéphanie Fulton qui avait montré que l’obésité conduisait à des comportements dépressifs et anxieux et à des changements hormonaux qui ont un effet sur le signal de récompense et la vulnérabilité au stress.

À propos de cette étude

L’article «Nucleus accumbens inflammation mediates depressive behavior and compulsive sucrose seeking by saturated diatary fat» a été publié en ligne dans la revue scientifique Molecular Metabolism le 31 janvier 2018. Cette recherche a été financée principalement par le Centre de recherche du diabète de Montréal-Sun Life, les Instituts de recherche en santé du Canada (MOP115042), le Fonds de recherche du Québec – Santé et Mitacs. L’étude a été menée par Stéphanie Fulton, professeure au Département de nutrition de l’Université de Montréal, son étudiante au doctorat Léa Décarie-Spain et son ex-stagiaire postdoctoral Sandeep Sharma. Les travaux ont été réalisés au Centre de recherche du CHUM, en affiliation avec le Centre de recherche du diabète de Montréal. doi: 10.1016/j.molmet.2018.01.018.

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