«Frère Marie-Victorin: lettres biologiques»

Yves Gingras

Yves Gingras

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Trois questions à Yves Gingras (histoire et sociopolitique des sciences 1984), auteur de «Frère Marie-Victorin: lettres biologiques».

Les diplômés: Pourquoi publier les lettres adressées par Conrad Kirouac, alias le frère Marie-Victorin (1885-1944), à Marcelle Gauvreau (1907-1968)?

Yves Gingras: Parce que j’estime très important d’offrir aux lecteurs la transcription intégrale de cette correspondance unique entre deux intellectuels brillants; nous évitons ainsi que des bribes soient citées hors contexte. Cet échange est d’une grande richesse scientifique et historique, car il lève le voile sur un volet très peu documenté de la sexualité humaine dans la première moitié du 20siècle au Québec. «Rien de ce qui est humain n’est interdit à la curiosité scientifique», écrit le frère. Cela dit, nous n’avons pas eu l’autorisation de reproduire les lettres de Marcelle Gauvreau, qui demeurent protégées par le droit d’auteur. Nous n’avons qu’un côté de cet échange, mais il est suffisamment riche pour que le lecteur puisse apprécier pleinement la pensée de Marie-Victorin sur ces questions.

LD: Qu’apporte-t-il de pertinent au sujet du frère Marie-Victorin?

YG: Le frère Marie-Victorin est à mes yeux le plus grand scientifique que le Canada français a connu au 20siècle. Il a fait beaucoup pour la recherche, mais encore davantage pour les infrastructures scientifiques. Il aborde la sexualité humaine avec la même rigueur que s’il se trouvait devant une nouvelle espèce végétale. Cet échange épistolaire, en plus de ses qualités stylistiques indéniables, témoigne de la profondeur de sa pensée. Cet homme a des idées incroyablement avant-gardistes pour l’époque.

LD: Ne craignez-vous pas que la mise au jour de cette intimité sexuelle assombrisse son image?

YG: Non, au contraire. Mais j’ai beaucoup réfléchi à cette question avant de prendre ma décision. J’ai consulté des membres des Frères des écoles chrétiennes, la congrégation à laquelle il a appartenu, notamment le supérieur actuel de la congrégation, le frère Florent Gaudreault. Ils n’étaient pas enthousiastes à l’idée de voir cette intimité dévoilée, mais ils ont reconnu que son œuvre est aujourd’hui du domaine public. Quand le livre est paru, ils ont aussi exprimé leur satisfaction de voir que le travail d’historien était sérieux.

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«Frère Marie-Victorin: lettres biologiques»
Yves Gingras

Les Éditions du Boréal, 2018
280 pages, 29.95 $