Freiner le glaucome et d’autres maladies neurodégénératives

Plus de 60 millions de personnes souffrent de glaucome dans le monde.

Plus de 60 millions de personnes souffrent de glaucome dans le monde.

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L’équipe de la chercheuse en neurosciences Adriana Di Polo a fait une découverte majeure qui permettrait de rétablir la communication entre les neurones pour améliorer la vue.

Jessica Agostinone et Adriana Di Polo.

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L’équipe de la chercheuse en neurosciences Adriana Di Polo, du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, vient de faire une percée majeure pour le traitement du glaucome, qui pourrait être aussi applicable à d’autres maladies neurodégénératives, notamment la maladie d’Alzheimer. Les résultats obtenus par l'équipe viennent d’être publiés dans le prestigieux journal scientifique britannique Brain, de l’Université d'Oxford, et fait même l’objet de l’éditorial du magazine.

Plus de 60 millions de personnes souffrent de glaucome dans le monde. Cette maladie dégénérative du nerf optique est la première cause de cécité irréversible à l’échelle mondiale. Une pression oculaire trop élevée est un facteur de risque majeur du glaucome. Au départ, les personnes atteintes de glaucome ne le savent pas, puisque la maladie ne cause pas de problèmes de vision à ses stades précoces. Cependant, l’hypertension oculaire entraîne la rétraction rapide des dendrites, ces longs prolongements qui conduisent l’information nerveuse des synapses au corps cellulaire, ce qui nuit à la fonction de la rétine.

«Nous avons découvert que les neurones de la rétine ont la capacité de régénérer leurs dendrites après une lésion du nerf optique, ce qui n’était pas connu auparavant, affirme Adriana Di Polo, auteure principale de l’étude. Nos travaux démontrent que l’insuline, administrée par gouttes ophtalmiques, stimule la régénération des dendrites et des synapses et rétablit la communication entre les neurones et la fonction de la rétine. Cette découverte ouvre de nouvelles pistes thérapeutiques pour améliorer la vue des patients atteints de glaucome.»

Au cours des dernières décennies, la recherche s’était surtout concentrée sur la protection et la régénération des axones, les fibres conductrices de l’information nerveuse, tandis que les dendrites ont été largement ignorées. «Grâce à notre avancée, nous savons maintenant que les dendrites sont altérées de manière très précoce dans les maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer ou le glaucome. Il y a donc un réel besoin de régénérer ces structures pour renverser la vapeur afin que les neurones fassent de nouveau leur travail de conducteurs», soutient Jessica Agostinone, première auteure de l’étude et étudiante au doctorat de l’Université de Montréal sous la supervision de Mme Di Polo.

Les résultats de cette étude ouvrent la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques prometteuses et permettent de mieux comprendre les mécanismes moléculaires en jeu dans les neuropathologies liées au vieillissement telles que le glaucome et la maladie d’Alzheimer.

L’équipe d’Adriana Di Polo étudie maintenant la possibilité de mettre au point un analogue mimétique de l’insuline, c’est-à-dire des molécules capables de reproduire l’effet régénérateur de l’insuline, ainsi que des thérapies géniques qui permettraient de traiter des maladies neurodégénératives. L’insuline a une faible toxicité chez l’humain et, comme il s’agit d’un médicament déjà approuvé par Santé Canada, le traitement pourrait faire l’objet d’un protocole de recherche chez l’humain plus rapidement que dans d’autres programmes de recherche.

L’étude de Jessica Agostinone et d'Adriana Di Polo ainsi que d’autres collaborateurs a été publiée le 21 juin 2018 dans le journal Brain. La recherche a été effectuée en collaboration avec Rachel Wong, professeure à l’Université de Washington. Cette étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada et par la Glacoma Research Foundation (San Francisco).

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