Hygiène des mains chez les professionnels de la santé: une affaire de perception…

  • Forum
  • Le 11 juillet 2018

  • Martin LaSalle
L’hygiène des mains est la façon la plus efficace (et la moins coûteuse!) de se protéger contre les infections: les mains contaminées peuvent propager 80 % des infections courantes, selon l’Organisation mondiale de la santé.

L’hygiène des mains est la façon la plus efficace (et la moins coûteuse!) de se protéger contre les infections: les mains contaminées peuvent propager 80 % des infections courantes, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Crédit : Getty

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Plus la prévention des infections nosocomiales est perçue comme étant l’affaire de tous, plus les professionnels de la santé portent attention à l’hygiène des mains, selon une étude de l’UdeM.

C’est lorsqu’ils perçoivent que leur milieu hospitalier promeut et met en œuvre une culture collaborative de la prévention des infections nosocomiales que les professionnels de la santé posent des gestes qui contribuent à réduire la fréquence de ces infections, comme se laver fréquemment les mains.

C’est ce qui ressort d’une étude menée par Laurence Bernard, professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, et une équipe de chercheurs qui ont évalué l’effet de trois cultures de prévention du risque des infections en milieu hospitalier (ou nosocomiales) sur les pratiques du personnel soignant à l’égard de l’hygiène des mains.

Trois cultures de prévention évaluées

La littérature relève trois cultures organisationnelles relatives à la prévention des infections en milieu hospitalier, soit les cultures individuelle, hiérarchique et collaborative.

Dans une culture individuelle, les professionnels de la santé perçoivent la sécurité des patients sous l’angle des pratiques qu’ils peuvent personnellement adopter pour éviter la propagation des infections nosocomiales.

Au sein d’une organisation où la culture est hiérarchique, ils ont la perception que les risques découlent d’un défaut de conformité vis-à-vis des standards de contrôle et de prévention de ces infections. On qualifie aussi cette culture d’«incriminante».

Enfin, dans la culture collaborative, la perception de la sécurité des patients repose sur l’opérationnalisation systémique d’un programme de prévention, où tous les acteurs – personnel soignant, patients, employés d’entretien et visiteurs – ont un rôle à jouer, ce rôle étant expliqué et compris de tous dans un effort commun.

Une perception plus juste du risque d’infection

Pour valider l’effet de ces trois approches de prévention sur le taux d’observance des règles quant à l’hygiène des mains, Laurence Bernard et ses collègues ont évalué, par sondage, la perception de la culture de prévention auprès de 4430 professionnels de la santé dans trois hôpitaux. Ils ont aussi effectué des observations sur le terrain pour mesurer jusqu’à quel point les mesures en matière d’hygiène des mains étaient respectées.

Les établissements visés étaient un hôpital belge (culture individuelle) et deux hôpitaux québécois (l’un ayant une culture hiérarchique et l’autre une culture collaborative).

Ainsi, le taux d’observance relativement à l’hygiène des mains était de 35 % là où la culture de prévention était perçue comme individuelle et de 53 % lorsque la culture était jugée comme hiérarchique. C’est quand les professionnels de la santé percevaient une culture collaborative que le taux a été le plus élevé, soit 77 %.

Dans ce dernier cas, c’est pratiquement le seuil d’observance considéré comme idéal aux États-Unis, soit 80 %. «Généralement, ce taux varie de 50 % à 80 % dans les hôpitaux canadiens et il est rare qu’il atteigne 100 %», précise Mme Bernard.

«Nos données indiquent que, lorsqu’on sent qu’il y a un esprit d’équipe en ce qui concerne la sécurité des patients et la prévention des infections nosocomiales, la gestion du risque devient plus collective et l’on agit de façon plus responsable», dit Laurence Bernard.

Et cette coresponsabilité a des effets positifs à la fois sur la gestion du risque et sur la supervision et le contrôle des opérations de prévention, l’apprentissage et le transfert des connaissances, le leadership et, enfin, la sécurité des patients – dans les unités et au sein de l’établissement dans son ensemble.

Un enjeu préoccupant

Bien que les résultats de l’étude ne soient pas nécessairement représentatifs du taux d’observance des mesures propres à l’hygiène des mains dans l’ensemble des centres hospitaliers, cette question demeure un enjeu préoccupant à l’échelle mondiale, selon la chercheuse.

De fait, l’hygiène des mains est la façon la plus efficace (et la moins coûteuse!) de se protéger contre les infections: les mains contaminées peuvent propager 80 % des infections courantes, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

À l’échelle mondiale, l’OMS évalue que, «sur 100 patients hospitalisés, au moins 7 dans les pays à revenu élevé et 10 dans les pays à revenu faible ou intermédiaire vont contracter une infection nosocomiale».

Au Canada, environ 8000 Canadiens meurent des suites d’une infection nosocomiale et 220 000 autres en sont atteints. Au Québec, de 80 000 à 90 000 personnes souffrent d’une infection nosocomiale, soit l’équivalent de 10 % des admissions en milieu hospitalier.

Pour Laurence Bernard, l’implantation d’une culture collaborative pour ce qui est de la prévention de ces infections doit surtout reposer sur le leadership et l’engagement des dirigeants d’hôpitaux.

«Dans les milieux où la question de la sécurité est traitée comme une priorité, il y a des moyens mis en place qui se traduisent par des programmes et des interventions de prévention, et c’est souvent ce qui fait défaut, observe-t-elle. Le principal problème est le manque de ressources et le manque de temps: il y a tellement de besoins à combler dans le domaine de la santé que la prévention des infections devient un énorme défi à relever.»

La formation constitue aussi un maillon à renforcer. «Les professionnels ne sont pas toujours très bien formés en matière de prévention et de gestion des risques, conclut Mme Bernard. Ces notions ne sont pas assez communiquées et adaptées aux professionnels de la santé, et elles mériteraient d’être davantage abordées, surtout au baccalauréat, afin de promouvoir non seulement l’hygiène des mains, mais plus largement un esprit plus organisationnel et collaboratif.»