Des solutions pour réduire les gaz à effet de serre

Michel Poitevin

Michel Poitevin

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Les gaz à effet de serre contribuent aux changements climatiques et, pour en réduire les émissions, il faut faire payer ceux qui polluent sans en subir le coût, selon le professeur Michel Poitevin.

Par Michel Poitevin, professeur au Département de sciences économiques

L’activité économique engendre d’importantes émissions de gaz à effet de serre (GES). Un large consensus scientifique attribue aux GES les changements climatiques que subit notre planète et l’on sait que la modification du climat aura de lourdes conséquences sur les populations (cataclysmes, inondations, maladies et mortalité de groupes vulnérables, perte de biodiversité, etc.).

Malgré ces répercussions majeures, les gouvernements sont lents à agir concrètement. On signe des ententes et des protocoles de réduction des émissions, mais leur réelle mise en application tarde trop souvent. Et, lorsque certaines initiatives voient le jour, elles sont, la plupart du temps, trop modestes pour avoir un effet significatif sur l’environnement et le climat.

Une solution «simple», mais impopulaire

Pourtant, la solution est «relativement simple». Lorsqu’un agent (une entreprise ou un individu) émet des GES, il utilise de l’air propre et le pollue, et ce, sans verser un sou pour cet air propre. Or, cet air propre a une grande valeur: il préserve notre environnement naturel, notre qualité de vie, notre santé, etc. Afin d’éviter une trop grande quantité de GES, il suffit de faire payer ceux qui polluent l’air propre sans en subir le coût. C’est le principe du pollueur-payeur, un principe qui justifie, par exemple, la tarification du carbone.

Lorsqu’on regarde le problème sous cet angle, il devient clair qu’on ne pourra pas réduire significativement les émissions de GES sans faire payer les pollueurs. Il n’existe pas (du moins pas encore!) de solutions magiques pour diminuer les émissions sans en faire assumer le coût aux pollueurs. Et, soyons lucides, les pollueurs, c’est nous! Nous qui consommons ce que les entreprises polluantes produisent. Nous qui utilisons les moyens de transport pour nous déplacer…

Sommes-nous prêts à payer le coût de la pollution que nous provoquons par nos activités, par nos achats? Il appert que non et je crois que c’est la cause de l’inaction de nos gouvernements. Les gouvernements répondent aux préoccupations des citoyens. S’ils n’agissent pas pour réduire les émissions de GES, c’est que les citoyens ne veulent pas payer cette réduction.

L’exemple du transport et du prix de l’essence

Prenons l’exemple du transport. Au Québec en 2015, le secteur des transports était responsable de 41,7 % des émissions totales de GES. Le transport routier produisait près du tiers de toutes les émissions québécoises. Pour limiter la hausse des températures à deux degrés Celsius, des scientifiques ont calculé que le prix du litre d’essence devrait au moins doubler, c’est-à-dire se situer entre 2,50 $ et 3 $. Le marché du carbone québécois cause une augmentation du prix du litre de 0,03 $ à 0,06 $. Nous sommes loin de l’objectif. Devant cette réalité, un gouvernement peut-il se faire élire en promettant de doubler le prix de l’essence?

Plutôt que de s’attaquer à la vraie source du problème (la consommation d’essence), plusieurs se tournent vers la taxation des véhicules utilitaires sport – les VUS – ou l’imposition de quotas de voitures à essence. Ce sont des mesures indirectes qui n’auront que des résultats partiels. Elles sont sans doute plus acceptables politiquement, mais c’est parce qu’elles ne sont pas efficaces dans l’atteinte de l’objectif environnemental.

Il faut réaliser que, si l’on veut véritablement réduire les GES, il faudra en payer le coût. L’enjeu n’est pas économique, mais plutôt politique.

Comment faire passer ce message? Pas facile…

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