Les Autochtones sont, encore une fois, largement absents de la campagne électorale

Marie-Pierre Bousquet et Martin Papillon

Marie-Pierre Bousquet et Martin Papillon

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Les professeurs Marie-Pierre Bousquet (anthropologie) et Martin Papillon (science politique) abordent quelques enjeux touchant aux Autochtones et dont les partis politiques devraient parler.

Par Marie-Pierre Bousquet, professeure au Département d’anthropologie, et Martin Papillon, professeur au Département de science politique

Malgré une plus grande visibilité des enjeux chers aux Autochtones dans l’actualité récente, ceux-ci ne sont guère présents dans la campagne électorale provinciale. Rien de neuf sous le soleil, diront les plus cyniques.

Quels seraient donc les enjeux que nos politiciens devraient considérer s’ils devaient prêter aux Autochtones l’attention que ceux-ci sont en droit d’attendre? En voici une liste non exhaustive inspirée en partie par un court sondage non scientifique que nous avons effectué sur les réseaux sociaux autochtones dans le but de refléter autre chose que nos propres points de vue.

L’éducation

On note une légère hausse de la scolarisation et de la diplomation chez les Autochtones au Québec depuis 10 ans. Mais le mémoire «Éducation autochtone: les deux rives du fleuve» rendu au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur en 2017 fait état de nombreux enjeux, notamment en matière de réussite scolaire, de modernisation des installations et d’adaptation des programmes aux réalités autochtones.

Dans son rapport final, la Commission de vérité et réconciliation exhorte également les gouvernements provinciaux à mieux traduire la réalité et l’histoire des peuples autochtones dans les programmes scolaires.

L’accès aux services de santé

Entre les histoires d’Inuits qui ont reçu trop tard un diagnostic de maladie grave, car ils ne voient jamais deux fois le même médecin et celles des enfants qui doivent prendre l’avion seuls, paniqués, avec une équipe médicale inconnue, rappelons-nous que l’accès à des services de santé de qualité doit être garanti pour tous les habitants du Québec. Malgré les nombreux signaux d’alarme, les partis politiques sont silencieux sur cette importante question.

L’économie

Le gouvernement du Québec a un grand rôle à jouer pour soutenir le développement économique des Premières Nations et des Inuits. Ghislain Picard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, l’a rappelé: les Autochtones représentent un important réservoir de main-d’œuvre totalement sous-estimé, en particulier pour ce qui est de la mise en valeur du territoire.

L’accès à des services de justice… justes!

Les nombreux témoignages entendus au cours des audiences de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics – ou commission Viens − le confirment: l’accès à la justice demeure un enjeu pour les Autochtones au Québec. Des services policiers formés et sensibilisés aux réalités autochtones ainsi que l’accès à des comités de justice culturellement adaptés seraient d’importants points de départ.

Territoire et ressources naturelles

Les partis politiques s’engagent tous à respecter la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. La Déclaration exige le respect des traités et le consentement autochtone en matière d’exploitation des ressources sur leurs terres ancestrales. Afin d’éviter de perpétuels conflits sur ces questions, le prochain gouvernement se doit de mettre en place des processus transparents d’autorisation des projets qui respectent les droits des peuples autochtones. Il faut aussi mieux partager les bénéfices du développement avec les premiers occupants du territoire. 

À quand un véritable ministère des Relations avec les peuples autochtones?

Le Québec peine à établir des relations stables et durables avec les Premières Nations et les Inuits. La dernière politique officielle en la matière date de plus de 20 ans et le Secrétariat aux affaires autochtones demeure un organe marginal au sein de l’appareil étatique. Il est temps pour le Québec d’avoir un véritable ministère et une véritable politique de réconciliation pour guider et coordonner son action auprès des Autochtones. 

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Voir la page de Martin Papillon.

Le saviez-vous?

Les Premières Nations n’ont obtenu le droit de vote au Québec qu’en 1969.

Les questions autochtones sont en général de compétence fédérale, mais la plupart des services que reçoivent les Autochtones relèvent du provincial.

Plusieurs candidats de cette campagne sont autochtones. Parmi eux, retenons la présence de deux femmes inuites: Mona Belleau, candidate du Nouveau Parti démocratique du Québec dans la circonscription de Chauveau, et Alisha Tukkiapik, candidate de Québec solidaire dans la circonscription d’Ungava.