Est-ce qu’on vote en couple?

Le doctorant Maxime Coulombe et le professeur André Blais

Le doctorant Maxime Coulombe et le professeur André Blais

En 5 secondes

Si l’acte de voter découle d’une décision individuelle, il est fortement influencé par l’opinion de la personne avec qui l’on vit, selon le professeur André Blais et le doctorant Maxime Coulombe.

Par André Blais, professeur au Département de science politique, et Maxime Coulombe, étudiant au doctorat

Le 1er octobre prochain, les électeurs québécois seront conviés à exprimer leurs préférences politiques dans le cadre de l’élection provinciale. À cette occasion, ils auront le choix, s’ils décident de voter, d’aller au bureau de scrutin seuls ou accompagnés.

Cette décision de voter avec ses proches (ou non) peut avoir une incidence sur la participation électorale de l’entourage. En effet, en invitant une personne à aller voter avec lui, ou même en l’informant tout simplement de son intention d’aller voter, un individu exerce une forme de pression sociale.

Quels sont les fondements de cette pression? Une majorité de la population adhère à la norme selon laquelle l’acte de voter est un devoir civique. Ainsi, lorsqu’une personne mentionne son intention d’aller voter, elle effectue un rappel de cette norme. Aussi, les gens vont souvent déterminer leurs actions en fonction de ce que leur cercle social estime être approprié.

Par conséquent, certaines personnes voteront pour remplir leur devoir civique, satisfaire les attentes de leur cercle social ou encore éviter sa désapprobation en cas d’abstention.

La pression sociale du partenaire et la probabilité d’aller voter

Dans une récente recherche qui paraîtra prochainement, nous analysons la pression sociale au Québec et en Colombie-Britannique lors de l’élection fédérale de 2008 et de l’élection provinciale suivante pour chacune des deux provinces. Nous faisons la distinction entre une pression descriptive (si le répondant pense que son partenaire ira voter) et une pression injonctive (si le répondant pense qu’il est important que son partenaire vote) ainsi qu’entre la pression exercée par le partenaire et celle de la famille et des amis.

Nos résultats indiquent que les gens subissent peu de pression injonctive de leur entourage, que la pression est surtout descriptive et exercée par le partenaire. Nos analyses montrent que la pression sociale du partenaire a un effet considérable sur la probabilité d’aller voter.

Voici quelques chiffres qui illustrent l’importance du partenaire. Dans le sondage effectué pour notre étude, au moment des élections fédérales de 2008, 35 % des répondants ayant un partenaire considéraient comme important que celui-ci aille voter et 65 % étaient certains que leur partenaire irait voter. Dans un sondage sur les élections suisses de 2015, 62 % des répondants affirmaient que leur partenaire était l’une des deux personnes avec qui ils parlaient le plus de politique. Enfin, dans un autre sondage relatif aux élections britanniques de 2015, 31 % des répondants en couple révélaient que leur partenaire les avait invités à aller voter ensemble. Par comparaison, 5 % ont dit qu’un autre membre de la famille leur avait demandé d’aller voter avec eux alors que moins de 2 % ont déclaré que l’invitation provenait d’un ami, d’un voisin ou d’un collègue de travail.

En conclusion, on présente souvent la décision d’aller voter comme une décision individuelle. Nos données laissent à penser que, pour tous ceux qui vivent en couple, cette décision n’est pas prise de façon isolée. Plusieurs personnes vont voter avec leur partenaire. Et dans plusieurs cas, la personne qui est tentée de s’abstenir sait que son partenaire ira voter et que cela lui ferait plaisir si elle s’acquittait de son devoir civique…

Voir la page d’André Blais.