Il faut mieux enseigner la syntaxe!

  • Forum
  • Le 17 septembre 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Les enseignants ne consacrent pas assez de temps à la rétroaction lorsque les élèves commettent des erreurs de syntaxe.

Les enseignants ne consacrent pas assez de temps à la rétroaction lorsque les élèves commettent des erreurs de syntaxe.

Crédit : Getty

En 5 secondes

Une étudiante au doctorat en sciences de l’éducation estime que l’enseignement de la syntaxe doit être amélioré dans les écoles québécoises.

«Notre organisme valorise et se soucie des sources d’énergie propre.»

Si vous avez trouvé l’erreur dans la phrase précédente, c’est que vous savez que les deux verbes utilisés (valoriser et se soucier) ne peuvent être coordonnés de la sorte en raison du type de complément qu’ils requièrent; il aurait fallu écrire que l’organisme «valorise les sources d’énergie propre et s’en soucie».

Voilà un problème de syntaxe que Katrine Roussel présente sous forme de jeu-questionnaire à l’intérieur d’un texte paru dans la dernière livraison de la revue des cycles supérieurs de l’UdeM, Dire (été 2018, p. 38-44). L’auteure de «La face cachée des erreurs de syntaxe», qui vient d’amorcer à l’Université de Montréal la dernière ligne droite de son doctorat en enseignement du français écrit, a choisi de s’attaquer à une question peu étudiée chez les didacticiens: l’enseignement de la syntaxe, soit le «domaine de la linguistique régissant la construction des phrases et les relations entre les groupes de mots», comme elle le précise dans son article.

«Les erreurs de rédaction en français les plus communes chez les élèves du primaire et du secondaire relèvent de la syntaxe», explique Mme Roussel au cours d’une entrevue avec Forum. C’est que l’enseignement de la syntaxe est lacunaire. La rétroaction des enseignants au chapitre de la construction des phrases, par exemple, «en plus d’être irrégulière est souvent superficielle ou erronée».

Pourtant, il existe des moyens de mieux enseigner la syntaxe, et c’est sur ce point qu’elle a construit sa recherche. «Il faut amener l’élève à trouver lui-même des formulations plus appropriées pour exprimer ses idées. Il ne faut pas se limiter à désigner un problème de syntaxe. La rétroaction doit être plus précise», résume-t-elle. Fait intéressant, c’est en travaillant avec des élèves forts qu’elle cherche à établir les meilleures approches.

Correction zéro!

De façon générale, tant dans les examens ministériels que dans les travaux d’étape, les correcteurs mettent un point pour une bonne réponse et zéro quand il y a une erreur. «Pour les questions d’orthographe, l’élève saisira assez vite où se trouve la bonne réponse. Pour la syntaxe, c’est plus compliqué. L’enseignant ne prendra pas toujours le temps d’indiquer à l’élève quelles formulations auraient été préférables ni pourquoi. Sans explication, l’élève risque de reproduire les mêmes erreurs ou d’éviter certaines structures.»

C’est en analysant les textes produits dans des épreuves ministérielles de 4e et 6e année du primaire et de 2e et 4e année du secondaire auprès de plus d’un millier d’élèves, recueillis par sa directrice de recherche Marie-Claude Boivin dans le cadre d’un précédent projet de recherche, que la doctorante a constaté cette surreprésentation des erreurs de syntaxe. «À la fin du secondaire, mentionne-t-elle dans Dire, un élève québécois commet en moyenne 4 erreurs de syntaxe [tous les] 100 mots, alors que ce nombre est de 1,5 pour l’orthographe grammaticale et de 1 pour l’orthographe lexicale.»

Les personnes qui se fient aux correcteurs automatisés pour s’en sortir doivent savoir que ceux-ci ne sont pas sans failles. Ainsi, le logiciel de conception québécoise Antidote indique une «rupture syntaxique» lorsque des problèmes – véritables ou non – sont détectés, notamment dans les longues phrases. Mais sans autre explication détaillée ou proposition de solution.

Écarter la stratégie d’évitement

On a tous appliqué la «stratégie d’évitement» consistant à relire une phrase bancale et à la récrire de façon plus simple pour ne pas s’attaquer au fond du problème. Or, un effort ciblé sur les règles syntaxiques apparaît plus efficace pour réduire globalement nos erreurs. En classe, les enseignants vont concentrer leur énergie sur la correction de l’orthographe. «La recherche actuelle montre que les erreurs de syntaxe mériteraient une aussi grande attention, sinon plus grande, car une mauvaise maîtrise des règles syntaxiques est fortement susceptible d’engendrer des erreurs d’orthographe», écrit-elle dans son article. En d’autres termes, qui améliore sa syntaxe améliore son orthographe!

Actuellement, il est difficile de mesurer les forces et les faiblesses des élèves québécois en matière de syntaxe en comparaison d’autres populations de la francophonie. Mais selon Katrine Roussel, l’approche syntaxique préconisée par la grammaire nouvelle pourrait être bénéfique. «Bien qu’il n’existe pas d’étude exhaustive sur les effets de cette réforme, les didacticiens et les enseignants semblent penser qu’elle favorise un meilleur apprentissage de l’écriture, comparativement aux approches traditionnelles, mais seulement le temps pourra nous le dire.»