Bien plus qu’un enjeu électoral: le proche aidant essentiel à notre société

Crédit : Amélie Philibert

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Selon Véronique Dubé, professeure à la Faculté des sciences infirmières, le rôle de proche aidant doit être reconnu pleinement et à sa juste valeur.

Nous ne pouvons que souligner positivement le fait que le rôle de proche aidant s’invite dans le débat électoral alors que ce rôle est souvent joué dans l’ombre, comme allant de soi, et par une majorité de femmes pour le moment. Maintenant que ce rôle est devenu un enjeu électoral pour tous les partis, pouvons-nous le reconnaître pleinement et à sa juste valeur?

Malgré certaines campagnes de sensibilisation, encore trop de personnes qui soutiennent un être cher ne se considèrent pas comme un «proche aidant». Qui sont ces aidants? C’est la mère de famille qui cesse de travailler prématurément pour s’occuper de ses parents vieillissants en perte d’autonomie. C’est le fils unique qui affrontera la mort imminente de son père à la suite d’une bataille perdue contre un cancer alors qu’il l’a aidé quotidiennement au cours des dernières années. C’est la conjointe dont le partenaire est atteint d’une forme précoce de la maladie d’Alzheimer, un diagnostic si improbable au début de la cinquantaine, et qui se résigne, épuisée et à bout de ressources, à ce qu’il soit pris en charge par un CHSLD. Ces situations nous confrontent à la triste réalité que nous serons tous concernés par la proche aidance, à un moment ou l’autre de notre vie, et ce, peu importe notre statut socioéconomique, nos origines, nos croyances ou nos valeurs. Pourrions-nous reconnaître formellement dans nos politiques de santé, sociales et économiques la diversité des manifestations du rôle d’aidant?

Les crédits d’impôt promis sont certes un pas dans la bonne direction, mais ils comprennent de nombreux critères qui ne favorisent pas la reconnaissance du rôle d’aidant. De plus, ils ne permettent pas de soutenir l’aidant directement. Notre système de santé peine aussi à reconnaître les besoins propres des aidants alors que les services offerts le sont dans la majorité des cas pour la personne aidée et rarement pour l’aidant lui-même. Ces derniers sont trop souvent relégués à un rôle de dispensateurs de soins «à faible coût» alors qu’eux-mêmes ont besoin de soutien pour continuer à assumer ce rôle. Pouvons-nous épauler les aidants selon leurs besoins propres et préférablement en amont des problèmes de santé qui les guettent?

Même si le rôle d’aidant comporte des aspects gratifiants, les multiples répercussions sur la santé des proches aidants sont largement documentées: stress, fatigue, épuisement, détresse, dépression, isolement, surconsommation de médicaments… Pourtant, notre système de santé n’encourage pas la reconnaissance de l’aidant comme un bénéficiaire de services. Il a d’ailleurs été proposé, il y a plusieurs années, l’ouverture d’un dossier à l’intention du proche aidant qui permettrait aux professionnels de la santé de prendre le temps, en toute légitimité, d’évaluer les besoins de l’aidant et d’établir, avec lui, le soutien et les services requis par son rôle. De plus, un meilleur arrimage entre les différentes formes d’assistance offertes par les organismes communautaires, les services de santé et les services sociaux faciliterait l’appui aux aidants, qui n’auraient pas à raconter continuellement leur parcours pour trouver qui propose le coup de main nécessaire.

Il est temps d’aller plus loin dans la concrétisation des promesses électorales à l’égard des proches aidants! Dès aujourd’hui, nous devons offrir des interventions de soutien et des services qui répondent réellement à leurs besoins afin qu’ils puissent vivre au-delà de ce rôle d’aidant, qui peut se traduire par des responsabilités 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. N’oublions pas que la contribution des aidants est inestimable et essentielle au bon fonctionnement de notre société. Notre réseau de santé et de services sociaux étant déjà saturé, imaginons ce qu’il deviendrait sans eux…