Jean Grondin reçoit la Médaille d’or des prix Impacts du CRSH

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  • Le 3 octobre 2018

  • Martine Letarte
Crédit : Claude Lacasse

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Le chercheur Jean Grondin, de l’UdeM, est honoré pour son apport à la philosophie, ses livres traduits en plus de 15 langues et l’originalité de sa pensée.

Jean Grondin, professeur et chercheur au Département de philosophie de l’Université de Montréal, reçoit la Médaille d’or des prix Impacts, la plus haute distinction accordée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH). L’ampleur de son travail et l’originalité de sa pensée, qui inspirent de nombreux collègues et étudiants, sont ainsi récompensées.

La quête de sens est centrale dans le travail de Jean Grondin. «La science explique comment fonctionne le monde, mais elle ne dit pas pourquoi nous vivons.»

Ce spécialiste de la métaphysique ‒ la recherche de la nature essentielle de l’être ‒ est l’un des philosophes canadiens les plus lus dans le monde grâce à sa vingtaine d’ouvrages traduits en plus de 15 langues. Parmi les titres influents, on trouve Introduction à la métaphysique et la première biographie du philosophe Hans-Georg Gadamer (1900-2002), que Jean Grondin a connu lors de ses études doctorales en Allemagne.

«À l’époque, l’Allemagne était le meilleur endroit pour étudier la philosophie, puisque de nombreux philosophes des 18e, 19e et 20e siècles étaient allemands», explique-t-il. On pense à Emmanuel Kant, notamment, un philosophe particulièrement important pour le professeur.

Mouton noir dans une famille de médecins, Jean Grondin est le fils du célèbre chirurgien Pierre Grondin, qui a réalisé la première transplantation cardiaque au Québec en 1968, à l’Institut de cardiologie de Montréal ‒ établissement affilié à l’UdeM.

En raison des études de spécialisation de son père, Jean Grondin a passé les cinq premières années de sa vie aux États-Unis avant que sa famille vienne s’installer à Montréal.

Ne souhaitant pas être le «fils de» s’il s’orientait vers la même branche que son père, il a choisi la philosophie, un domaine qui le passionnait, tout comme les lettres et l’histoire. En rentrant d’Allemagne, il est devenu professeur à l’Université Laval, puis à l’Université d’Ottawa, avant d’accepter un poste en 1991 à l’Université de Montréal, où il a d’ailleurs obtenu son baccalauréat et sa maîtrise.

«J’ai beaucoup aimé mes différentes expériences et c’est bon intellectuellement pour un philosophe de changer de décor», indique le professeur, qui est aussi devenu récemment un «heureux grand-père» grâce à ses deux fils, Paul-Matthieu et Emmanuel, respectivement bâtonnier du Québec et avocat chez Norton Rose Fulbright. 

Un travail de longue haleine

La relation entre Jean Grondin et le CRSH remonte pratiquement aux premiers jours de l’organisme subventionnaire, qui célèbre cette année son 40e anniversaire. «Il y a 40 ans, je partais pour l’Allemagne entreprendre mon doctorat avec l’une des premières bourses données par le Conseil», se souvient Jean Grondin.

Depuis, le CRSH l’a soutenu dans la plupart de ses projets de recherche. En plus du volet financier, Jean Grondin y voit une sorte d’appui moral.

«En sciences humaines, on n’a pas besoin de matériel et de laboratoires tout équipés, alors on peut faire de la recherche uniquement avec le salaire versé par l’université. Mais obtenir du soutien des organismes subventionnaires est une forme d’encouragement. Et c’est important parce qu’en sciences humaines nos résultats ne sont pas tangibles. On ne guérit pas de cancer. Grâce aux subventions, on se dit que ce qu’on fait n’est peut-être pas si bête que ça!» dit-il humblement.

D’ailleurs, Jean Grondin constate que les questions sur le sens de la vie qui l’animent sont plus criantes que jamais. D’un côté, on voit l’effondrement des repères traditionnels religieux et de l’autre une montée du fanatisme. «La religion fait un retour, observe M. Grondin. L’humain reste très attaché à la religion parce qu’elle a des réponses à offrir aux questions sur le sens de l’existence. Et ceux qui l’ont abandonnée tentent de trouver des religions de remplacement.» On pense aux sports et au bien-être par exemple ou encore aux causes politiques.

Le professeur remarque aussi que le rythme actuel de la vie escamote au passage bien des questions. «On est un peu obsédé par les solutions techniques, par la productivité, et je crois que, si l’on ne prend pas le temps de réfléchir à certains sujets, on perd le sens des choses. C’est pourquoi je travaille à transmettre l’héritage de la pensée métaphysique, qui remonte aux Grecs avec Platon et Aristote et qui nous ramène à la question principale: pourquoi vivre?»

Toute une interrogation qui devrait garder le professeur bien occupé pendant plusieurs années encore.