Et si le Jardin botanique favorisait l’intégration des enfants des milieux défavorisés d’origine immigrante?

  • Forum
  • Le 15 octobre 2018

  • Martin LaSalle
La professeure Jrène Rahm souhaite que les écoles et les organismes communautaires qui agissent auprès des enfants des milieux défavorisés d’origine immigrante organisent plus de visites au Jardin botanique.

La professeure Jrène Rahm souhaite que les écoles et les organismes communautaires qui agissent auprès des enfants des milieux défavorisés d’origine immigrante organisent plus de visites au Jardin botanique.

Crédit : Image fournie par Jrène Rahm

En 5 secondes

Permettre aux enfants des milieux défavorisés d’origine immigrante de visiter plus souvent le Jardin botanique de Montréal favoriserait leur intégration sociale, selon la professeure Jrène Rahm.

À la lumière de trois projets éducatifs qui se sont déroulés au Jardin botanique de Montréal auprès d’enfants de milieux défavorisés d’origine immigrante, Jrène Rahm estime que ce type d’expérience ‒ qui rapproche les jeunes de la nature ‒ peut favoriser leur intégration sociale et leur bien-être.

C’est ce que fait ressortir la professeure du Département de psychopédagogie et d'andragogie de l’Université de Montréal dans une recherche qualitative publiée récemment dans la revue Environmental Education Research.

En plus de présenter une synthèse des trois projets dont elle a scruté le déroulement entre 2005 et 2013 et d’expliquer en quoi la découverte des plantes du Jardin botanique permet aux enfants d’entrer en contact avec la nature, son étude propose d’adopter une approche éducative plus relationnelle que rationnelle en matière de sciences biologiques.

Trois projets éducatifs sous la loupe

Jrène Rahm

À l’été 2005, la professeure a suivi pendant deux semaines un groupe de jeunes inscrits à un programme de jardinage par lequel ils acquéraient des connaissances scientifiques liées à la nature en utilisant des plantes pour fabriquer un objet d’art. Jrène Rahm a observé les échanges entre le groupe de jeunes moniteurs et celui des participants.

«Au début, les participants étaient gênés de faire un objet d’art avec des plantes, relate-t-elle. Au fil des échanges avec les moniteurs, ils ont fini par s’y mettre et par y prendre goût.»

Plus tard, à l’hiver 2011, Jrène Rahm a accompagné trois jeunes qui, dans le cadre d’un programme communautaire offert à des familles immigrantes, ont effectué leur première visite du Jardin botanique. Membres pour l’occasion d’un club art-science dirigé par Mme Rahm, ils devaient prendre des photos avec un appareil prêté et en tirer une œuvre.

Après avoir visité l’Insectarium et d’autres parties du Jardin botanique, les jeunes sont allés dans la serre des plantes tropicales. Or, la visite tirait à sa fin et Ken, un jeune d’origine jamaïcaine, a décidé de filmer le reste de la visite plutôt que de prendre des photos.

«Dans la vidéo, on l’entend s’émerveiller devant les cactus et les autres végétaux, raconte la professeure. Et, malgré le peu de temps qu’il lui restait, Ken a pu échanger avec ses amis sur les plantes de son pays et renouer avec la nature.»

Enfin, en 2013, elle a conduit des élèves du secondaire faisant partie d’un club de sciences qu’elle a mis en place dans une école secondaire publique au Jardin botanique pour concevoir un projet d’art scientifique sur la biodiversité dans l’espace urbain.

«Si bon nombre d’élèves ont surtout employé des images de batraciens et d’insectes pour exposer leur point de vue, certains n’ont utilisé que des plantes, ce qui démontre que ceux-ci se sont davantage approprié leur expérience au Jardin botanique», illustre Mme Rahm.

Pour une approche éducative holistique

Dans son étude, Jrène Rahm explore les tensions et les contradictions qui se sont révélées à travers ces trois projets éducatifs pour en tirer des enseignements qui convergent vers une approche plus holistique de la transmission du savoir relatif aux plantes.

Ces tensions et contradictions se manifestaient surtout entre deux visions, soit une vision anthropocentriste axée sur l’utilité des plantes pour l’homme et une vision plus holistique orientée vers l’importance des plantes dans les écosystèmes.

«Le rôle des jardins botaniques dans l’intégration sociale des jeunes issus de milieux défavorisés a déjà été étudié et il apparaît que les jeunes vivent des expériences plus enrichissantes lorsqu’on les laisse déambuler dans ces lieux à leur propre rythme, en compagnie d’un adulte qui peut répondre à leurs questions», fait remarquer la professeure.

Aussi suggère-t-elle de revoir l’approche éducative traditionnelle privilégiée dans les jardins botaniques et les écoles pour enseigner les sciences de la nature et de la remplacer par une approche qui permettrait aux jeunes «de bâtir une relation avec la nature, notre terre mère qu’il faut respecter et dont il faut s’occuper: on pourrait intégrer cette approche dans le curriculum éducatif afin de susciter de nouveaux regards pour trouver, notamment, de nouvelles solutions aux enjeux climatiques».

Accroître l’accessibilité du Jardin botanique pour les enfants défavorisés

Après avoir observé que les jeunes des trois projets ont montré un réel intérêt pour les plantes, Jrène Rahm émet le souhait que les écoles et les organismes communautaires qui agissent auprès des enfants des milieux défavorisés d’origine immigrante organisent plus de visites au Jardin botanique.

«Il faut multiplier ce genre de projets scolaires, car ces jeunes sont peu nombreux à avoir accès au Jardin botanique, mentionne-t-elle. Leurs parents manquent de temps, car ils sont occupés à s’installer et à travailler, de sorte que les enfants sortent souvent très peu de leur quartier.»

Elle ajoute que la durée de ces activités devrait aussi être prolongée. «Les plages horaires des écoles sont dictées par la disponibilité des autobus et du personnel, et les enfants sont souvent limités dans le temps lorsqu’ils visitent le Jardin botanique, soulève Mme Rahm. Il faut leur donner le temps de se promener et d’avoir une interaction plus étroite avec les plantes, de les sentir, les toucher, à travers une pédagogie plus expérientielle de la nature.»

Le Jardin botanique renferme un potentiel éducatif formidable et il est l’un des premiers à avoir mis sur pied un programme destiné aux jeunes, grâce au frère Marie-Victorin, conclut-elle. «Son histoire est très riche et trop peu souvent mise en valeur; or, c’est une ressource unique qu’on pourrait soutenir davantage pour ses activités éducatives.»