Éviter la honte, chercher la fierté: un système universel

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Deux études de Daniel Sznycer montrent que l’humain a un système interne universel qui lui permet d’éviter la honte et de rechercher la fierté devant sa communauté.

Dans l’évolution de l’espèce humaine, les chasseurs-cueilleurs ont dû apprendre à vivre en groupe. La survie des uns s’est mise alors à dépendre directement des autres, qui devaient leur venir en aide en cas de besoin. On peut donc en déduire que l’humain a dû adapter ses comportements afin d’éviter la honte qui le mènerait à être déprécié par sa communauté. On pense au vol par exemple, qui est mal vu.

Or, pour que cette stratégie fonctionne efficacement, il faut être en mesure de prédire la réaction de ses pairs par rapport à des comportements potentiellement honteux.

Dans une récente étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS), Daniel Sznycer, professeur adjoint au Département de psychologie de l’Université de Montréal, montre que ce système interne de la honte lié à la dépréciation dans sa communauté serait une partie intégrante de la nature humaine. Il ne s’agirait donc pas d’une capacité acquise au fil de l’évolution culturelle.

Pour arriver à cette conclusion, M. Sznycer s’est basé sur les données recueillies par son équipe de collaborateurs auprès de 900 participants dans 15 petites communautés très diverses à travers le monde. Comme le Cotopaxi, en Équateur, où les gens vivent d’agriculture de subsistance, parlent quechua et sont évangélistes; le Japon, où des pêcheurs sont bouddhistes ou shintoïstes; et la Touva, en Russie, où le pastoralisme a cours et où les gens parlent le touvain et pratiquent le chamanisme et le bouddhisme.

Malgré des langues, des cultures et des modes de vie éloignés les uns des autres, dans toutes les communautés, l’étude a montré que la honte qui serait ressentie par les participants dans différents scénarios était directement liée au sentiment de dévalorisation exprimé par la communauté. Des études antérieures avaient déjà révélé que cette corrélation était présente dans trois sociétés occidentales.

«La honte est donc vraiment quelque chose de biologique chez l’être humain et non de culturel», indique Daniel Sznycer. La honte aurait ainsi une fonction bien précise: celle d’amener l’humain à agir de la meilleure façon possible pour qu’il évite de détériorer ses relations sociales et assure sa survie.

La fierté, même processus

Presque en même temps, Daniel Sznycer a réalisé une autre étude, elle aussi publiée dans PNAS, sur le système de la fierté, qui peut permettre de redorer son image auprès des membres de sa communauté. Par exemple, si un individu prouve sa capacité à chasser une proie difficile.

D’autres recherches avaient déjà établi que, dans les sociétés occidentales, la fierté ressentie par les individus dans différentes situations était liée au jugement de la communauté. Le chercheur et ses collaborateurs ont donc repris la question, cette fois auprès de plus de 550 personnes dans 10 petites communautés.

Là aussi, peu importe la langue parlée, la culture et le mode de vie, il est apparu que la fierté éprouvée était associée à l’évaluation qu’en ferait la communauté. Le système de la fierté aurait donc lui aussi une certaine universalité.

«Les résultats étaient un peu moins explicites avec la fierté qu’avec la honte, mais nous avions moins de participants et 10 scénarios au lieu de 12, précise M. Sznycer, qui étudie la honte depuis plusieurs années. Je crois que la poursuite de nos recherches sur la fierté permettra d’arriver à des résultats encore plus convaincants.»

Ce que ces recherches démontrent, c’est que la honte et la fierté seraient des sentiments à part. «Ces deux émotions manifestées par les individus sont calibrées par leur communauté pour prédire si des comportements leur seront nuisibles ou pas, mentionne Daniel Sznycer. On a donc affaire à des systèmes universels chez l’humain, mais modulés localement.»