Une avancée dans le diagnostic des acouphènes

Sylvie Hébert

Sylvie Hébert

Crédit : Bonesso-Dumas

En 5 secondes

Dans un article publié par le «JAMA Otolaryngology ‒ Head & Neck Surgery», la professeure Sylvie Hébert propose une nouvelle méthode pour mieux diagnostiquer les acouphènes.

On estime qu’environ 10 % de la population du Québec souffre d’acouphènes, ces «bruits fantômes» qu’on entend sans qu’aucune cause externe ne les provoque. Les acouphènes, qui peuvent prendre plusieurs formes et varier d’intensité, sont produits par le système auditif lui-même et peuvent avoir plusieurs origines physiologiques.

«Les recherches montrent que les acouphènes sont reliés à une perte auditive et que ce sont les fréquences qu’on n’entend plus qui seraient formées par le cerveau pour compenser cette perte», explique Sylvie Hébert, professeure à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal. L’hypothèse est étayée par le fait que les personnes atteintes d’acouphènes ont, pour des bruits très forts, un seuil de tolérance de trois à quatre décibels en deçà de la moyenne; leur cerveau aurait donc tendance à augmenter leur sensibilité aux sons.

Une méthode de diagnostic plus fiable

Il existe malheureusement peu de moyens pour traiter ces bruits fantômes qui, pour 10 % des personnes atteintes, deviennent perturbants au point d’entraîner de la détresse psychologique. Les principaux traitements recourent à deux approches opposées: camoufler l’acouphène par un bruit blanc ou stimuler la fréquence concernée afin d’amener le cerveau à cesser de compenser la perte d’acuité auditive. Dans les deux cas, il est essentiel de bien mesurer la fréquence (ou hauteur) de l’acouphène.

«La méthode standard utilisée en clinique consiste à faire entendre aux patients deux fréquences éloignées et à les rapprocher progressivement jusqu’à ce que la personne estime qu’il s’agit de la même fréquence que celle de son acouphène», poursuit Mme Hébert. Cette méthode comporte des limites, puisqu’un seul test est effectué et qu’une seule fréquence est retenue pour régler les appareils thérapeutiques. Or, les acouphènes sont vraisemblablement composés de plusieurs fréquences.

La chercheuse a mis au point un nouvel outil de mesure qui permet de faire entendre plusieurs fréquences d’un même son au patient, qui doit évaluer sur une échelle de 0 à 10 à quel degré chacune des fréquences correspond à son acouphène. Les trois fréquences les plus proches de l’acouphène sont retenues. Sylvie Hébert a comparé les résultats obtenus par les deux méthodes auprès d’un groupe de 31 participants. Une première séance recourant aux deux procédés a eu lieu, suivie, un mois plus tard, d’une seconde séance avec un second audiologiste.

Avec la méthode clinique standard, seulement 20 % des patients ont fait, à la deuxième séance, la même évaluation de la hauteur de leur acouphène qu’à la première séance. Avec la méthode de Sylvie Hébert, 50 % des participants sont parvenus à la même évaluation pour deux des trois fréquences les plus semblables à leur acouphène et 80 % ont fait de même pour au moins un des trois stimulus les plus ressemblants.

«Il n’existe pas de fréquence pure et unique pour les acouphènes, observe la chercheuse. Avec la méthode standard, le clinicien risque d’orienter l’évaluation parce qu’une fois le choix effectué par le patient on ne revient pas en arrière, alors que les sons se ressemblent beaucoup dans les très hautes fréquences. Si l’on se base sur une seule fréquence, on risque donc de se tromper et le traitement pourrait ne pas être efficace.»

Non seulement sa méthode donne de meilleurs résultats, mais elle a été préférée à la méthode standard par les cliniciens qui ont participé à cette expérience. Cette méthode améliorée co-inventée par Sylvie Hébert et son ancien étudiant au doctorat Philippe Fournier est en cours de commercialisation.

Mieux vaut prévenir

Les travaux de Mme Hébert, publiés dans le JAMA Otolaryngology ‒ Head & Neck Surgery du 27 septembre, pourraient donc s’avérer fort utiles pour régler correctement les appareils destinés à traiter les acouphènes. Il s’agit soit de prothèses auditives qui filtrent la fréquence de l’acouphène, soit des diffuseurs de bruit blanc dans la pièce. D’autres approches misent sur la psychothérapie afin d’amener le patient à s’habituer à ses acouphènes ou de soulager la détresse qu’ils peuvent engendrer.

Puisque le phénomène résulte d’une perte auditive, la prudence sera toujours à recommander. «Il faut éviter de s’exposer aux bruits trop forts», conseille la chercheuse. Selon les normes actuelles au Québec, considérées comme laxistes par la professeure, on ne devrait pas être exposé plus de une minute à un bruit de 110 décibels avant de donner un repos à ses oreilles. Un tel niveau sonore correspond à celui d’une discothèque.

«Même après un retour à la normale, la perte auditive pourrait s'avérer permanente», prévient Sylvie Hébert. Elle note avec inquiétude une augmentation des acouphènes chez les jeunes générations depuis une vingtaine d’années. Dans une étude récente effectuée auprès de 170 jeunes de 11 à 17 ans, 27 % des participants pouvaient entendre des acouphènes dans une chambre insonorisée. L’usage de lecteurs de musique munis d’écouteurs est montré du doigt.

On sait par ailleurs que l’âge, le stress et certains médicaments sont des facteurs aggravants.