Vie extraterrestre: science et fiction main dans la main

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À la dernière grande conférence de l’iREx à l’UdeM, le maître de recherches de l’Université de Liège Michaël Gillon a parlé de la recherche, réelle ou fictive, d’une planète habitable.

«Sommes-nous seuls dans l’Univers? Depuis que je suis tout petit, cette question me taraude», confiait à une salle comble Michaël Gillon, maître de recherches à l’Institut STAR (sciences spatiales, technologies et astrophysique) de l’Université de Liège, en Belgique. L’astrophysicien était invité pour la première fois par l’Université de Montréal pour prononcer l’une des grandes conférences de l’Institut de recherche sur les exoplanètes (iREx) le 24 octobre, sur le thème «Vie au-delà du système solaire: de la science-fiction à la science». Les travaux de Michaël Gillon portent ainsi sur la détection et l’étude détaillée de ces exoplanètes. Il a entre autres mené l’équipe ayant découvert un système planétaire autour de l’étoile TRAPPIST-1, située dans la constellation du Verseau.

Une question vieille comme le monde

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«Dans l’Antiquité, certains philosophes visionnaires imaginaient l’existence de mondes habités ailleurs, dans des mondes éthérés», a raconté M. Gillon. Ces questions sont restées d’ordre philosophique et mythologique jusqu’à la révolution copernicienne, qui a fait réaliser que la Terre n’est qu’un objet parmi d’autres qui tourne autour du Soleil.

À partir de la fin du 19e siècle, les observations amènent à imaginer la vie sur d’autres planètes. «Des observateurs vont voir que Mars est parcourue de structures qui ressemblent à des canaux», a relaté M. Gillon. Percival Lowell, homme d’affaires et astronome amateur, prétendra même que ces canaux sont l’œuvre d’une civilisation martienne, ce qui enflammera l’imagination de nombreux auteurs de science-fiction, comme l’Américain Ray Bradbury, à qui l’on doit les Chroniques martiennes.

La recherche d’exoplanètes

Les avancées fulgurantes en astronomie durant les deux dernières décennies ont cependant dépassé la fiction. Longtemps considérés comme des hurluberlus, les scientifiques s’intéressant à la recherche de la vie sur une des planètes de la Voie lactée ou d’une autre galaxie gagnent en crédibilité dans les années 90. En 1995, deux chercheurs suisses, Didier Queloz et Michel Mayor, réussissent à détecter la première exoplanète, c’est-à-dire une planète en orbite autour d’une autre étoile que le Soleil.

Vingt-trois ans plus tard, 3000 exoplanètes sont connues, dont une dizaine seraient potentiellement «habitables». «Les systèmes planétaires de notre galaxie sont très divers, a expliqué M. Gillon. Cette diversité nous conduits à croire qu’il existe des planètes qui pourraient voir apparaître la vie.»

«L’étoile la plus proche de nous est à quatre années-lumière. Avec notre technologie actuelle, il nous faudrait 100 000 ans pour l’atteindre», a poursuivi M. Gillon. L’étude de ces systèmes doit donc s’effectuer à distance, notamment en analysant leur lumière, par spectroscopie. L’analyse des variations de longueurs d’onde permet de déceler des molécules et des atomes, dont l’eau, un marqueur important pour évaluer si une planète peut abriter une forme de vie. «La vie modifie la composition atmosphérique d’une planète», a résumé M. Gillon.

Deux difficultés principales se posent pour l’observation des exoplanètes: celles-ci émettent très peu de lumière et elles disparaissent dans la lumière de leur étoile. «J’utilise pour ma part un raccourci de la nature, c’est-à-dire le phénomène de transit, lorsqu’un petit corps passe devant un plus gros», a mentionné Michaël Gillon. Ainsi le projet TRAPPIST qu’il a dirigé a permis de découvrir le système planétaire TRAPPIST-1, situé à 40 années-lumière de la Terre, qui abrite sept planètes de la taille de la Terre.

Des découvertes qui enflamment l’imagination

Ces découvertes extraordinaires font rêver. «Le lien avec la science-fiction est déjà établi», selon M. Gillon, qui souligne que plusieurs œuvres de fictions parlent de TRAPPIST-1, alors que ce système n’a été mis au jour qu’en 2017.

Les chercheurs comptent sur des technologies de plus en plus avancées qui, ultimement, rendront possible l’observation directe des exoplanètes. Certains projets rejoignent même la fiction: avec le projet Breakthrough Starshot, par exemple, on veut fabriquer des minivoiles solaires qui seraient poussées par la lumière d’un laser extrêmement puissant et qui propulseraient des sondes vers Alpha du Centaure, le système stellaire le plus proche du système solaire. Le projet Dédale, quant à lui, explore la faisabilité de construire un énorme vaisseau spatial alimenté par la fusion nucléaire.

Est-ce qu’on trouvera des formes de vie extraterrestre? «Pour l’instant, la vie ailleurs reste de la science-fiction. Mais la science progresse tranquillement vers des éléments de réponse, notamment par l’étude des planètes potentiellement habitables. Et ça, ce n’est plus de la science-fiction: ça va se faire d’ici une décennie au maximum», a conclu M. Gillon.