De l’UdeM au Planétarium

Olivier Hernandez devant le Planétarium Rio Tinto Alcan. Le bâtiment a été conçu par un consortium dont faisait partie la firme d’architectes Cardin Ramirez Julien, fondée en 1992 par Pierre Cardin et Oscar Ramirez, deux diplômés de l’École d’architecture de l’UdeM.

Olivier Hernandez devant le Planétarium Rio Tinto Alcan. Le bâtiment a été conçu par un consortium dont faisait partie la firme d’architectes Cardin Ramirez Julien, fondée en 1992 par Pierre Cardin et Oscar Ramirez, deux diplômés de l’École d’architecture de l’UdeM.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Communicateur dans l’âme, Olivier Hernandez a longtemps étudié le ciel avant de prendre les rênes du Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal, où il entend «rapprocher les humains des étoiles».

Il n’était pas encore adolescent lorsqu’il a lu le livre Patience dans l’azur: l’évolution cosmique, d’Hubert Reeves, publié en 1981. Même s’il ne comprend pas tout à cette première lecture scientifique, Olivier Hernandez se prend de passion pour l’astronomie. Il a 12 ans et il sait déjà qu’il en fera son métier. Il deviendra même l’un des vulgarisateurs de la discipline les plus reconnus du Québec. 

«J’ai toujours aimé le contact avec la nature et j’étais animé par l’idée d’aller vers les grands espaces, d’observer le lointain», se remémore celui qui, en avril dernier, a été choisi parmi 200 candidats pour diriger le Planétarium Rio Tinto Alcan, à Montréal. 

Vers l’âge de 13 ans, il devient astronome amateur et observe le ciel depuis la montagne Sainte-Victoire, à Aix-en-Provence, à l’aide de télescopes et d’instruments qu’il fabrique lui-même. Lorsqu’il obtient son permis de conduire, il devient membre des Astronomes amateurs aixois et contribue, pendant cinq ans, à la création de l’Observatoire de Vauvenargues. 

Plus tard, au cours de ses études en génie physique à l’École supérieure d’ingénieurs de Marseille, il se découvre un intérêt marqué pour l’optique et la construction d’appareils permettant de scruter l’azur encore plus loin…

Se rapprocher d’Hubert Reeves

À la troisième année de son cursus, en 1995, il saisit la chance de participer à un échange d’étudiants avec le laboratoire de fibre optique de Polytechnique Montréal. «Je voulais venir à Montréal depuis très longtemps, motivé par la possibilité de rencontrer un jour Hubert Reeves, qui m’a inspiré à travers ses livres», confie M. Hernandez. 

Dès son arrivée dans la métropole, il rejoint les rangs de la Société des amis du Planétarium de Montréal. «La première conférence que j’y ai donnée traitait de la mythologie grecque dans les constellations.» 

Puis, durant sa maîtrise en astrophysique au Département de physique de l’Université de Montréal, il assume les fonctions de rédacteur en chef de la section Science pour la revue Dire. Savant calcul ou fruit du hasard, son bureau se trouve alors en face… de celui d’Hubert Reeves!

«On ne le voyait que rarement tellement il était sollicité de toutes parts, se rappelle le diplômé de l’UdeM. Ma première rencontre avec M. Reeves a eu lieu en 1997… au téléphone! Je l’interviewais pour la revue.» 

Le rêve était devenu réalité et cette réalité allait l’inciter à aller encore plus loin et à rencontrer d’autres professeurs de l’UdeM qui ont marqué sa carrière. 

L’Observatoire du Mont-Mégantic comme terrain d’apprentissage

Dans le cadre de ses travaux de maîtrise, Olivier Hernandez fabrique un imageur polarimétrique, qui permet de mesurer la polarisation de la lumière émise par les étoiles en prenant des images et de comprendre comment celles-ci se forment. Nommé Idéfix, l’appareil sera d’ailleurs installé à l’Observatoire du Mont-Mégantic (OMM). 

Bien au fait du talent exceptionnel d’Olivier Hernandez, le professeur Claude Carignan l’invite alors à poursuivre ses études au doctorat, en cotutelle avec le Laboratoire d’astrophysique de Marseille. «C’est Claude Carignan qui mettra ma carrière sur les rails», déclare-t-il. 

L’étudiant construit alors FANTOMM, qui sera aussi installé à l’OMM: en photographiant et en imbriquant des tranches de longueurs d’onde des galaxies, l’instrument permet de calculer leur rotation: «En établissant la carte des vitesses d’une galaxie, on obtient sa masse ainsi que la part de cette masse qu’on ne voit pas: c’est ce qu’on appelle la matière sombre», explique M. Hernandez. 

Le professeur René Racine, qui a fondé l’OMM, contribuera aussi à la carrière d’Olivier Hernandez. «Il a fait progresser mes connaissances en astronomie ainsi qu’en instrumentation.» De fait, ses deux stages postdoctoraux effectués à l’UdeM et à Polytechnique Montréal lui permettent de concevoir deux autres appareils, dont l’un est partie intégrante du télescope de recherche William-Herschel, aux îles Canaries. 

C’est aussi pendant l’un de ses postdoctorats qu’il fera la rencontre du professeur René Doyon, directeur de l’OMM et de l’Institut de recherche sur les exoplanètes (iREx). «Il m’a fait franchir un nouveau cap en m’apprenant la gestion de projets en instrumentation, ce qui m’a permis de contribuer aux travaux de l’Agence spatiale canadienne dans la construction du télescope spatial James-Webb, dont 25 % des instruments sont canadiens», mentionne- t-il fièrement. 

Nommé successivement directeur des projets à l’OMM, puis directeur opérationnel de l’Observatoire et coordonnateur de l’iREx – poste qu’il occupera jusqu’à sa nomination au Planétarium Rio Tinto Alcan –, Olivier Hernandez traversera quelques crises liées au financement de l’Observatoire.

Le planétarium: un formidable outil de «propagande scientifique»

L’un des traits de personnalité d’Olivier Hernandez est le désir de partager ses connaissances: de 2005 à 2012, il a été responsable des communications au Centre de recherche en astrophysique du Québec, ce qui l’a fait connaître comme vulgarisateur hors pair. 

«L’astronomie et l’astrophysique sont des domaines de la recherche fondamentale qui font rêver et dont les découvertes peuvent mener à des applications beaucoup plus tard dans l’histoire», illustre-t-il. 

Et le Planétarium Rio Tinto Alcan – qu’il considère comme un «formidable outil de propagande scientifique» – lui permettra de conjuguer la recherche de la vie sur les exoplanètes et la vulgarisation astronomique. Le Planétarium compte parmi les quatre établissements qui constituent Espace pour la vie, le plus important complexe en sciences de la nature du Canada. 

«Je souhaite donner aux gens le goût de l’astronomie, qu’ils se réapproprient le ciel, conclut M. Hernandez. Et j’espère que, en faisant des découvertes au Planétarium, ils auront ensuite le désir de se mobiliser pour protéger le ciel étoilé de la pollution lumineuse en créant par exemple des zones où l’on peut observer le ciel, même en ville.» 

En somme, avec la même patience et la même détermination qu’il a déployées pour se rapprocher de son idole Hubert Reeves, Olivier Hernandez entend «rapprocher les humains des étoiles».  

  • L’exposition permanente «EXO, sur les traces de la vie dans l’Univers» est tout sauf statique: numérique et interactive, elle permet de vivre une quête passionnante à travers des images et des animations spectaculaires, des projections et des jeux multimédias!

    Crédit : Espace pour la vie /Daniel Choinière