Une nuit à l’Observatoire du Mont-Mégantic

Inauguré en 1978, l’Observatoire du Mont-Mégantic accueille des spécialistes et des étudiants des universités de Montréal, McGill, Laval et Bishop’s, réunis au sein de l’Institut de recherche sur les exoplanètes.

Inauguré en 1978, l’Observatoire du Mont-Mégantic accueille des spécialistes et des étudiants des universités de Montréal, McGill, Laval et Bishop’s, réunis au sein de l’Institut de recherche sur les exoplanètes.

Crédit : Guillaume Poulin

En 5 secondes

On imagine une nuit à l’Observatoire du Mont-Mégantic: un astronome l’œil rivé sur l’oculaire du télescope en quête d’une planète inconnue. Romanesque, mais la réalité est plus prosaïque et complexe.

Peu de gens ont la chance de franchir le seuil de l’Observatoire du Mont-Mégantic (OMM) pour y passer la nuit. Outre les deux techniciens qui se partagent les 350 nuits d’observation qu’on y effectue chaque année, seuls les astrophysiciens, les chercheurs et les étudiants y ont accès, après avoir réservé leur tranche horaire quatre mois à l’avance.

L’expérience est hors du commun, mais l’observation de l’espace est une activité qui exige beaucoup de patience et d’humilité. Et elle obéit à une procédure bien rodée, rigoureusement jalonnée d’étapes et de manipulations.

La masse d’informations recueillies sera analysée par des astronomes de partout dans le monde. «Passer une nuit dans un observatoire d’astronomie est le maillon central d’un long processus», indique Mathieu Ouellet, qui dirige les opérations de l’OMM depuis mai dernier.

Voici à quoi peut ressembler le quotidien nocturne des chasseurs d’exoplanètes et de vie extraterrestre.

La préparation

Une nuit d’observation à l’OMM se prépare des mois d’avance. Et le «jour J», elle commence une heure ou deux avant la tombée de la nuit. «Lorsqu’ils réservent leur plage d’observation, les chercheurs savent déjà quelles sont les étoiles ou galaxies qui seront visibles dans le ciel à ce moment-là», mentionne le technicien Julien Huot, qui connaît l’OMM sous presque toutes les coutures.

Le facteur météo

L’un des impondérables auxquels font face les astronomes qui visitent l’OMM est la météo. Bon an, mal an, le temps pluvieux ou nuageux limite à une centaine le nombre de nuits d’observation. Le brouillard et la condensation sont fréquents au sommet du mont Mégantic, qui s’élève à 1102 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le plan de nuit

Lorsqu’ils arrivent à l’OMM, les astronomes font part de leur plan de nuit au technicien, qui positionne le télescope et active une dizaine d’instruments de pointe, créés par le Laboratoire d’astrophysique expérimentale. Avec le télescope, le Laboratoire constitue l’autre composant de l’OMM.

L’ouverture du dôme

Depuis la salle de contrôle de l’Observatoire, le technicien ouvre le dôme une ou deux heures avant que l’obscurité tombe afin que le miroir primaire de 1,6 mètre du télescope soit à la température ambiante extérieure. Installé sur un système de roues, le dôme effectue des rotations sur lui-même pour garder le télescope toujours pointé sur l’objet céleste à observer.

À noter que la salle de contrôle est parfaitement isolée afin que le chauffage n’interfère pas avec la température extérieure. La moindre variation de température dans le dôme fausserait les données. 

La manipulation du télescope

On ouvre ensuite le système électronique qui permet de contrôler les instruments, d’orienter le télescope en lui donnant une référence absolue dans le ciel et de régler son foyer.

Enfin, le télescope est orienté vers l’objet céleste désigné par le plan de nuit, à l’aide de deux moteurs dont l’un permet de compenser le mouvement de rotation de la Terre et d’assurer au télescope une position fixe par rapport à la cible. L’observation peut commencer!

Le spectrographe en action

L’un des instruments les plus utilisés du télescope est le spectrographe. Il capte la lumière et la décompose, tel un arc-en-ciel, en fonction de ses différentes longueurs d’onde. Les spectres obtenus permettent de déterminer les propriétés physiques des objets célestes et même de détecter la présence de planètes extrasolaires. «D’autres appareils permettent d’étudier une multitude de phénomènes dont la plupart sont invisibles à l’œil nu», précise Mathieu Ouellet.

Le traitement des données

À la fin de la séance d’observation – au cours de laquelle les chercheurs ont parfois bâillé et souvent eu recours à la cafetière pour rester éveillés! –, les multiples images recueillies et enregistrées sur un disque dur sont compressées, puis transmises aux astronomes pour une analyse approfondie qui peut s’étendre sur plusieurs semaines. L’envoi s’effectue généralement de façon électronique, mais il arrive parfois que l’ampleur des données soit telle qu’il est plus rapide de faire livrer le disque dur lui-même aux destinataires!

Le jour se lève

La nuit d’observation est terminée. Les chercheurs referment et quittent le dôme de l’OMM, tandis que pointent les premiers rayons du soleil. «Il y a quelque chose de romantique à voir le coucher du soleil avant une nuit d’observation et à sortir de l’Observatoire avec le lever du jour», conclut Julien Huot, philosophe.

  • La carte du ciel visible, qui change selon les saisons, permet de donner une référence absolue afin de régler le foyer du télescope.

    Crédit : Amélie Philibert
  • C’est à partir d’une salle isolée que l’on contrôle le télescope et les appareils qui le composent, à l’aide d’ordinateurs et de logiciels sophistiqués.

    Crédit : Amélie Philibert

Comme un couteau suisse!

Le télescope de l’Observatoire du Mont-Mégantic est comme un couteau suisse: il est multifonctionnel. Du spectrographe, qui décompose la lumière captée par le télescope, à la caméra infrarouge, qui permet de détecter les objets célestes plus froids comme les planètes, en passant par le polarimètre, qui analyse la lumière polarisée associée aux champs magnétiques des galaxies, une dizaine d’instruments ont été greffés au télescope de l’Observatoire au fil des ans. «Et l’on continue d’en ajouter!» souligne Julien Huot, technicien d’observation à l’OMM.

Un miroir d’une extrême précision

Le miroir principal du télescope de l’OMM pèse une tonne. Sa précision est telle que, si la taille du miroir équivalait à la distance entre Montréal et Québec, la plus grosse imperfection qu’on rencontrerait en chemin ferait moins de un centimètre de haut! 

À sa surface convexe, le miroir est muni d’une couche réfléchissante d’aluminium très mince: elle fait 1/100e de l’épaisseur d’un cheveu. Cette couche, qui réfléchit la lumière des étoiles sur un miroir secondaire, est remplacée tous les deux ans.