Un crime sur deux au Canada est commis sur Internet

  • Forum
  • Le 8 novembre 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Benoît Dupont

Benoît Dupont

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Une chaire est créée par le Mouvement Desjardins et la Banque Nationale pour prévenir la cyberfraude.

L’Université de Montréal, le Mouvement Desjardins et la Banque Nationale inaugurent cette semaine la Chaire de recherche en prévention de la cybercriminalité, dotée d’un fonds de un million de dollars sur cinq ans. Le titulaire de cette chaire, Benoît Dupont, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal et spécialiste de la cybersécurité, répond à nos questions.

 

 

Vous êtes titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cybersécurité. Qu’apportera la nouvelle structure?

La Chaire de recherche en prévention de la cybercriminalité est une chaire philanthropique financée par deux organisations bancaires. Vous savez, un crime sur deux au Canada est commis dans l’environnement numérique. Je crois que nous ne sommes pas toujours bien préparés, comme individus, à faire face aux risques inhérents à cette réalité. Il faut travailler à l’éducation, à la formation des individus pour qu’ils sachent mieux se protéger. Les chercheurs en informatique se consacrent depuis une trentaine d’années, avec un succès mitigé, à la conception d’outils permettant de limiter les risques criminels associés au monde numérique. Récemment, les chercheurs en sciences sociales ont commencé à se pencher sur ce type de problème et j’estime que cette interdisciplinarité est prometteuse.

 

 

On entend dire que les grandes organisations, notamment les institutions financières, sont souvent la cible de pirates informatiques. Quel est l’état de la situation?

Les institutions financières sont conscientes des enjeux de sécurité des réseaux et ont déployé beaucoup d’énergie et de ressources pour le régler. Les fraudes par cartes de crédit, par exemple, ont grandement diminué ces dernières années grâce, entre autres, à l’utilisation des cartes à puce. Le secteur bancaire travaille de plus en plus dans la transparence. On le voit avec le partenariat que nous inaugurons aujourd’hui: deux organisations s’unissent pour stimuler la recherche dans le secteur. Ensemble nous mettrons en place des outils novateurs et efficaces tant pour les employés que pour les clients. Et tout cela se fera dans un contexte scientifique rigoureux.

 

 

Quels seront vos axes prioritaires?

D’abord, le budget de la Chaire permettra de financer grâce à des bourses les études de six étudiants des cycles supérieurs: deux au doctorat et quatre à la maîtrise. Trois approches orienteront nos travaux: la théorie de la prévention situationnelle, l’économie comportementale et la gouvernance en réseau. Nous travaillerons la théorie, mais aussi des éléments très concrets comme les répercussions de la fraude en ligne sur les victimes et la perception des usagers quant aux risques cybercriminels. Nous tenterons par ailleurs de mesurer l’efficacité des campagnes de sensibilisation auprès du grand public et des employés.

 

 

Montréal, plaque tournante en matière de cybersécurité

Hélène Véronneau, directrice générale du développement philanthropique de l’Université de Montréal; Frédéric Bouchard, doyen de la Faculté des arts et des sciences de l’UdeM; Jean-Sébastien Pilon, directeur principal de la division Risques et sécurité de l’information du Mouvement Desjardins; Benoît Dupont, titulaire de la Chaire de recherche en prévention de la cybercriminalité et professeur à l’École de criminologie de l’Université; Lyne D’Amico, vice-présidente et chef de la sécurité de l’information de la Banque Nationale du Canada; et Nancy Laramée, directrice aux partenariats par intérim de l’Institut de valorisation des données.

Crédit : Amélie Philibert

Le directeur principal de la division Risques et sécurité de l’information du Mouvement Desjardins, Jean-Sébastien Pilon, estime que la mise en commun des forces des organisations bancaires et de l’Université de Montréal contribuera à faire de Montréal et du Québec une plaque tournante en matière de talents en cybersécurité. Au lancement de la Chaire de recherche en prévention de la cybercriminalité, le 7 novembre à Montréal, il a souligné que, «pour Desjardins, le financement de cette chaire s’inscrit dans une gamme d’initiatives qui permettront de mieux se protéger, mieux sensibiliser et mieux s’outiller dans le domaine de la cybersécurité».

Lyne D’Amico, vice-présidente et chef de la sécurité de l’information de la Banque Nationale du Canada, s’est également réjouie de cette nouvelle structure. «Soutenir la Chaire de recherche en prévention de la cybercriminalité de l’UdeM, c’est confirmer la volonté de la Banque Nationale de faire partie des leaders quant à la prévention de la cybercriminalité financière et son désir d’appuyer l’innovation sous toutes ses formes dans le domaine.»