Comment se portent les étudiants?

  • Forum
  • Le 12 novembre 2018

  • Martine Letarte
Selon un sondage effectué en 2016 par le National College Health Assessment auprès de 43 780 étudiants d’universités canadiennes, 44,4 % d’entre eux avaient ressenti, au cours des 12 mois précédents, des symptômes de dépression qui les ont perturbés dans leurs activités quotidiennes.

Selon un sondage effectué en 2016 par le National College Health Assessment auprès de 43 780 étudiants d’universités canadiennes, 44,4 % d’entre eux avaient ressenti, au cours des 12 mois précédents, des symptômes de dépression qui les ont perturbés dans leurs activités quotidiennes.

Crédit : Getty

En 5 secondes

L’UdeM rehausse ses services de soutien psychologique pour limiter l’augmentation des problèmes de santé mentale dans la population étudiante.

Comment se portent les étudiants des universités? Plusieurs ne sont pas au sommet de leur forme. Selon un sondage effectué en 2016 par le National College Health Assessment auprès de 43 780 étudiants d’universités canadiennes, 44,4 % d’entre eux avaient ressenti, au cours des 12 mois précédents, des symptômes de dépression qui les ont perturbés dans leurs activités quotidiennes. De plus, 13 % des répondants avaient eu des pensées suicidaires pendant cette même période.

Le tableau à l’Université de Montréal est similaire. C’est du moins ce qui ressort de l’Enquête sur la santé psychologique étudiante publiée en octobre 2016 par la Fédération des associations étudiantes du campus de l’UdeM (FAÉCUM). Un questionnaire avait alors été envoyé à ses 40 000 membres et plus de 10 000 avaient répondu à l’appel.

Plus de la moitié des participants au sondage ont rapporté des symptômes dépressifs de modérés à graves. Ceux-ci étaient suffisamment marqués chez 22 % des étudiants pour les amener à entreprendre un traitement. Plusieurs ont aussi manifesté de la détresse psychologique. Pour ce qui est de l’épuisement professionnel, 5,8 % disaient être à risque, alors que 3,4 % en présentaient des symptômes. Enfin, 7,8 % des répondants ont affirmé avoir sérieusement songé à s’enlever la vie au cours des 12 mois qui avaient précédé l’enquête, alors que 1,2 % ont indiqué avoir fait une tentative de suicide durant cette période.

Virginie Allard-Cameus

Crédit : Amélie Philibert

«Ces chiffres se comparent donc à ce qu’on trouve dans les autres universités canadiennes, où l’on voit une augmentation des demandes de services en santé mentale», affirme Virginie Allard-Cameus, directrice du Centre de santé et de consultation psychologique (CSCP) des Services aux étudiants à l’UdeM.

En effet, déjà en 2011, le rapport MacKean faisait état d’une hausse des enjeux de santé psychologique dans les établissements d’enseignement postsecondaire au pays. On y mentionnait aussi que la fréquence des problèmes de santé mentale était plus grande chez les individus qui fréquentaient ces établissements que dans le reste de la population.

Même constat du côté de l’Institut de la statistique du Québec, qui a noté en 2015 une augmentation de ce type de problèmes chez les personnes en âge de fréquenter les universités.

Comment expliquer ce phénomène? L’enquête de la FAÉCUM révèle que, souvent, les étudiants disant vivre certains problèmes de santé mentale disaient aussi se sentir seuls, avoir une mauvaise alimentation et un sommeil peu satisfaisant. Il y avait en outre la compétition avec les collègues de programme et le sentiment de ne pas pouvoir être authentique à l’université et dans son groupe de recherche.

«On ne peut pas dire que ces éléments causent les problèmes de santé mentale, mais ils vont ensemble, fait observer Sébastien Côté, psychologue au CSCP. On sait également que le soutien social est un facteur très important pour maintenir une bonne santé psychologique. Mais il ne règle évidemment pas tout!»

L’UdeM est passée à l’action

Chantal Pharand

Crédit : Amélie Philibert

Pour s’attaquer à la hausse des problèmes de santé mentale, l’UdeM a créé un comité de travail qui a formulé, en décembre 2016, 30 recommandations pour améliorer la situation sur le campus, comme la mise en place du programme Sentinelles.

De plus, les Services aux étudiants ont mis sur pied plusieurs initiatives pour renforcer l’offre de services en matière de santé. Par exemple, favoriser la formation de groupes de soutien entre pairs; organiser des activités et des ateliers sur des thèmes comme la gestion du stress, le sommeil, la maîtrise des émotions et la saine alimentation; ajouter des ressources professionnelles pour aider les étudiants aux prises avec des problèmes de santé mentale; et faciliter l’accès aux consultations psychologiques.

«Nous avons réalisé plusieurs embauches récemment pour satisfaire à la demande et notre équipe compte maintenant 55 psychologues», indique Virginie Allard-Cameus.

Près de 13 500 consultations individuelles se sont déroulées l’an dernier au CSCP. Proposées d’après la gravité de la situation vécue par l'étudiant, ces séances de psychothérapie sont à coût modique.

Plusieurs projets ont aussi vu le jour pour aider les étudiants à se sentir mieux (voir les autres textes de la série).

«Très rapidement, l’UdeM a mis en œuvre les recommandations», confirme Chantal Pharand, vice-rectrice adjointe aux affaires étudiantes à l’UdeM et présidente du comité de suivi formé pour s’assurer de leur mise en place.

Heureuse des avancées récentes, Chantal Pharand lance toutefois un appel à toute la communauté universitaire.

«J’invite les gens à partager l’information, précise-t-elle. Si vous êtes témoins d’une initiative qui donne de bons résultats dans votre faculté, propagez la nouvelle afin que d’autres vous suivent. Si tous s’y mettent, nous pourrons vraiment changer les choses.»