Vous souhaitez prendre moins de médicaments? Votre pharmacien peut vous aider

Cara Tannenbaum

Cara Tannenbaum

Crédit : André Gamache

En 5 secondes

Une étude canadienne démontre que, pour déprescrire les médicaments «à risque» chez leurs patients aînés, les pharmaciens ont du succès en misant sur une approche proactive.

Une nouvelle étude canadienne relève le rôle central des pharmaciens dans la déprescription de médicaments à risque d’effets nuisibles chez les aînés. À la suite de l’intervention de leur pharmacien, de nombreux patients ont pu cesser leur prise de somnifères, d’anti-inflammatoires ou d'autres médicaments potentiellement dangereux.

 

L’étude, publiée aujourd'hui dans le Journal of the American Medical Association, a été réalisée au Québec par des chercheurs de l'Université de Montréal. Ce sont 489 patients âgés de 65 ans et plus ainsi que 69 pharmaciens communautaires qui ont participé à l'essai clinique D-PRESCRIBE.

 

Une brochure d’information sur la déprescription a été envoyée par la moitié des pharmaciens à leurs patients et une opinion pharmaceutique a été transmise au médecin de famille pour recommander la cessation du médicament. Chez 8 patients sur 10, cette approche en deux volets a mené à une conversation centrée sur la déprescription avec un professionnel de la santé.

 

Ces interventions ont toutefois conduit à beaucoup plus que des conversations: 43 % des utilisateurs de sédatifs hypnotiques, 58 % des utilisateurs d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et 31 % des utilisateurs de l’antidiabétique glyburide (ou glibenclamide) avaient cessé la prise de leur médicament en toute sécurité dans un délai de six mois.

 

Aucune réaction indésirable nécessitant une hospitalisation n'a été rapportée, même si 38 % des patients qui avaient entamé une diminution graduelle de la dose de leur sédatif hypnotique ont signalé des symptômes de sevrage transitoires.

Éducation et communication

«L’étude D-PRESCRIBE prouve que les pharmaciens communautaires peuvent proposer la déprescription de médicaments potentiellement nuisibles en misant à la fois sur l’éducation des patients et sur une communication efficace avec le médecin traitant», résume l’auteure principale Cara Tannenbaum, professeure de médecine et gériatre à la tête du Réseau canadien pour la déprescription.

 

«Les aînés du Québec ont l'un des taux d’utilisation de sédatifs hypnotiques les plus élevés du Canada», dit Mme Tannenbaum, qui est aussi chercheuse à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal ‒ associé à l’UdeM ‒ et titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier sur la santé et le vieillissement de la Faculté de pharmacie de l'Université.

 

«Les somnifères sont des médicaments puissants qui ne doivent pas être utilisés à long terme. Combiner leur prise avec des opioïdes augmente aussi le risque de surdose accidentelle, dit-elle. Certains patients de notre étude prenaient ces médicaments depuis des décennies, mais ils ont été en mesure de réduire progressivement leur dose sur plusieurs mois, puis de cesser complètement leur prise.»

 

Elle ajoute: «La déprescription est possible à tout âge à condition de s’entendre sur un bon plan d’action avec votre pharmacien ou votre médecin. Bref, osez demander si vous avez encore besoin de tel ou tel médicament!»

Des niveaux records

Et c’est ce qu’Yvon Quenet a fait. Il a participé à l’étude D-PRESCRIBE et l’affirme haut et fort: «La déprescription est un beau grand mot pour une belle grande cause. Il faut dénoncer la consommation excessive de médicaments chez les aînés.»

 

Partout sur la planète, le nombre de médicaments prescrits aux gens âgés a atteint des niveaux records. Conséquemment, une hausse des hospitalisations et décès causés par les interactions ou les effets indésirables des médicaments a été notée. Les aînés sont particulièrement à risque en raison de changements physiologiques liés à l'âge. Les somnifères et anxiolytiques peuvent contribuer aux problèmes de mémoire, aux chutes, aux fractures et aux accidents de la route. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens augmentent le risque de saignements et d'insuffisance cardiaque. Le glyburide (ou glibenclamide) peut quant à lui entraîner une diminution excessive de la glycémie, des vertiges ou des chutes et nuire à la concentration. L’American Geriatrics Society répertorie tous ces médicaments dans sa liste Beers des médicaments à éviter chez les personnes âgées.

 

«Il n’y a aucun doute que les pharmaciens peuvent jouer un rôle primordial en matière de déprescription. Pour ce faire, la collaboration doit être optimale avec le prescripteur. Cela se traduit par une réduction du risque d’effets nuisibles des médicaments pour les patients», mentionne Bertrand Bolduc, président de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

 

Sur la scène internationale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé une initiative visant une diminution des erreurs médicamenteuses et de leurs graves conséquences. Dans de nombreux pays, les erreurs de médication sont une des principales causes de dommages infligés aux patients au sein des systèmes de santé. «Une action concertée est maintenant nécessaire pour répondre à cet appel de l'OMS», a déclaré Cara Tannenbaum.

À propos de cette étude

L’article «Effect of a pharmacist-led educational intervention on inappropriate medication prescriptions in older adults: The D-PRESCRIBE randomized clinical trial» a été publié le 13 novembre 2018 dans le Journal of the American Medical Association. L’étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada.

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