Équité sociale: les bienfaits de l’éducation chez les jeunes enfants

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Commencer tôt l’éducation des enfants issus de familles à revenu modeste peut avoir un effet positif sur leurs comportements sociaux, même 40 ans après, révèlent des chercheurs.

Des enfants issus de familles à revenu modeste qui ont reçu une éducation soutenue tôt dans leur vie traitent les autres avec une grande équité plus de 40 ans après, et ce, même si leur propension à se montrer équitables est associée à un important coût personnel, apprend-on dans une étude parue dans la revue Nature Communications.

Les 78 personnes qui ont participé à l’étude font partie de l’Abecedarian Project, un projet lancé dans les années 70 qui constitue encore aujourd’hui l’une des études contrôlées randomisées les plus longues sur les retombées de l’éducation précoce chez de jeunes enfants issus de familles à revenu modeste et à risque élevé pour le développement des enfants.

Les volontaires ont pris part à des jeux conçus pour mesurer leur adhésion aux normes sociales et leurs processus de prise de décision en contexte social. Dans un de ces jeux, un participant devait partager une somme d’argent (20 $) avec un autre participant. Le participant pouvait soit accepter le montant proposé, soit le refuser, auquel cas personne ne recevait d’argent. Lorsqu’ils étaient confrontés à des offres inégales, les participants devaient donc faire un compromis entre leur intérêt personnel et leur adhésion aux normes sociales en matière d’égalité.

C’est dans cette situation que l’influence de l’éducation précoce est devenue évidente. Les personnes qui avaient bénéficié d’une intervention éducative soutenue alors qu’elles étaient jeunes (dans les années 70), incluant de la stimulation cognitive et sociale, rejetaient fortement les divisions inégales de l’argent entre les participants à l’âge adulte, et ce, même si cela les faisait passer à côté de gains financiers importants.

«Lorsque quelqu’un rejette une offre, il envoie un message très fort à l’autre participant sur la façon dont il pense que l’argent devrait être divisé, explique Sébastien Hétu, professeur adjoint au Département de psychologie de l’Université de Montréal et un des premiers auteurs de l’étude. Les personnes qui avaient bénéficié d’une intervention éducative dans le cadre de l'Abecedarian Project étaient généralement enclines à accepter les offres égales, mais rejetaient les offres avantageuses ou désavantageuses. En effet, elles punissaient toute transgression qu’elles considéraient comme hors de la norme sociale de l’égalité.»

Conséquences des interventions

Créé et mis en œuvre à l’origine par Craig Ramey, professeur et chercheur émérite au Virginia Tech Carilion Research Institute, l'Abecedarian Project étudie les conséquences des interventions éducatives soutenues et précoces sur le langage et l’apprentissage chez les jeunes enfants défavorisés. L’étude parue cette semaine a été menée par un groupe international de scientifiques dirigé par Read Montague, neuroscientifique à l’Université Virginia Tech. C’est dans son laboratoire que Sébastien Hétu a effectué un stage postdoctoral avant d’être engagé par l’UdeM.

Grâce à la modélisation computationnelle, les chercheurs de cette étude ont aussi découvert des différences dans les stratégies de prise de décisions sociales des participants. Par exemple, dans un autre jeu, les participants qui avaient bénéficié d’interventions éducatives tôt dans leur vie planifiaient à plus long terme comparativement aux participants qui n’avaient pas bénéficié de telles interventions.

«Ces personnes étaient très sensibles à l’inégalité, que cela les avantage ou non, dit Yi Luo, première auteure de l’étude et stagiaire postdoctorale au laboratoire de Read Montague. Nos résultats laissent penser qu’ils misaient plus sur les avantages à long terme de la promotion des normes sociales que sur les avantages à court terme du gain personnel.»

Elle conclut: «Notre étude montre qu’investir dans l’éducation des enfants à un jeune âge, surtout chez les enfants très vulnérables issus de familles à revenu modeste, peut avoir des effets à long terme sur leur prise de décision, même des dizaines d’années après que ces expériences éducatives ont eu lieu.»

À propos de cette étude

L’article «Early childhood investment impacts social decision making four decades later», rédigé par Yi Luo, Sébastien Hétu et leurs collaborateurs, est paru dans la revue Nature Communications le 20 novembre 2018. L’étude a été financée par le Wellcome Trust, le Virginia Tech Carilion Research Institute, le Fonds de recherche du Québec – Santé et les Instituts de recherche en santé du Canada.

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