Le recteur répond aux questions de la communauté

Guy Breton

Guy Breton

Crédit : Christian Fleury

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Le recteur Guy Breton répond aux questions posées par la communauté universitaire à la suite de sa déclaration annuelle.

Une nouvelle fois cette année, le recteur Guy Breton, au moment de sa déclaration annuelle, a invité les membres de la communauté universitaire à lui poser des questions sur les sujets qui les préoccupent. Investissements verts, santé mentale des étudiants, campus MIL, accessibilité aux résultats de la recherche, entretien ménager: ce sont là quelques-uns des thèmes sur lesquels ils ont voulu sonder le recteur. Qui répond ici en se prêtant au jeu de l’entrevue.

Les questions de cette année s’apparentent-elles à celles de l’an dernier?

Il y en a eu de nouvelles et certaines sont revenues. Mais vous savez, une question identique posée à deux moments différents n’est pas la même question… Et elle peut appeler des réponses différentes.

Avez-vous un exemple?

L’an passé, on me demandait comment avançait le projet du Complexe des sciences et si la rampe d’accès reliant le campus MIL à la station de métro Acadie allait être prête pour l’ouverture.

Et?...

Et je peux répondre ce que j’ai dit l’année dernière au sujet du Complexe des sciences: les travaux avancent rondement. Oui, nous avons pris un peu de retard, ce qui va réduire le temps alloué au déménagement et compliquer notre travail au moment de nous installer. Mais l’ouverture se fera comme prévu, à la rentrée d’automne 2019, et les installations que nos étudiants, nos professeurs et nos employés découvriront alors seront de très grande qualité.  

Et la rampe?

Notre université éprouve des difficultés avec ses rampes… qu’elles soient dans un tunnel ou à l’air libre! Celle qui doit servir de lien entre la station Acadie et le campus ne sera pas terminée à temps pour l’ouverture des bâtiments, contrairement à ce que j’ai affirmé l’an passé. Ce qui n’empêchera pas nos étudiants et nos professeurs de pouvoir accéder au campus par le sud, depuis la station Outremont. Nous avons lancé un appel d’offres pour la construction de cette passerelle et nous avons bon espoir qu’elle se matérialisera avant la fin de l’année 2019.

Certains vous ont écrit pour vous dire de ne pas oublier le campus de la montagne, dont les bâtiments prennent de l’âge.

Mais nous ne l’oublions pas! Cette année, pour m’en tenir aux principaux chantiers, nous avons réaménagé la Clinique universitaire de la vision et nous sommes en train de relier le tunnel de la montagne au pavillon Roger-Gaudry, ce qui permettra aux usagers du métro d’accéder directement au bâtiment, sans mettre le nez dehors. Une fois ce tunnel achevé, nous entreprendrons la réfection des trottoirs sur le chemin de la Tour et, éventuellement, le réaménagement de l’espace devant la cour d’honneur, qui comprendra une esplanade piétonne et une percée visuelle au sommet du tunnel. 

D’autres projets du genre sont-ils à venir?

Plusieurs. De fait, nous nous apprêtons à investir, en rénovation et en réorganisation du campus de la montagne, une somme [300 M$] presque équivalente au budget alloué à la construction du Complexe des sciences. Dès l’automne prochain, une fois que nos départements de sciences auront déménagé, tout un jeu de réaffectation des locaux se mettra en branle sur la montagne. Nous en aurons pour plus de 10 ans à reconfigurer le campus sur la base de notre plan directeur des espaces, que nous avons actualisé l’an dernier. Ce plan a été conçu en misant d’abord sur des regroupements disciplinaires. Il nous permettra aussi de céder des locaux et des bâtiments que nous louons et qui répondent mal à nos besoins. Et il proposera quelques idées fortes d’aménagements extérieurs, dont la création d’un axe piétonnier continu entre les pavillons Marie-Victorin et 3200, rue Jean-Brillant. Et n’oublions pas la rénovation complète de la place de La Laurentienne: le début des travaux n’est pas encore fixé, mais le projet ira de l’avant.

Dernière question relative à nos installations: il y a des plaintes au sujet de l’entretien ménager. Que répondez-vous?

Il y a 17 000 locaux à entretenir sur nos différents campus, dont la majorité se trouve sur la montagne, c’est considérable. Le fournisseur de services, engagé l’an passé, a mis un peu de temps à se familiariser avec les lieux. Il nous reste à revoir l’inventaire de nos locaux, qui n’était pas à jour, pour améliorer la situation. Nous avons aussi mis sur pied des comités de vigie, auxquels siègent des représentants des unités, des responsables de la Direction des immeubles et des représentants de l’entreprise d’entretien. Ces mesures devraient avoir des retombées au cours des prochains mois.

Parlons recherche. La politique de diffusion des résultats de la recherche de l’UdeM date de… 1984! Les Bibliothèques font tout un travail de sensibilisation dans ce domaine. À quand un mandat institutionnel sur le libre accès aux articles scientifiques?

Très certainement pour 2019. Au printemps dernier, le Comité de la recherche a validé un projet de politique institutionnelle proposé par le Groupe de travail mixte sur le libre accès. Ce groupe est coprésidé par les professeurs Vincent Larivière et Marcello Vitali-Rosati et il est dit «mixte» parce qu’y siègent des représentants de différentes parties prenantes de l’Université: étudiants, représentants du Syndicat général des professeurs et professeures de l’UdeM, experts des Bibliothèques. Le projet de politique est présentement à l’étude au Secrétariat général et l’Assemblée universitaire pourrait fort bien en être saisie en 2019.

On parle beaucoup d’intelligence artificielle en ce moment et l’UdeM se démarque dans ce domaine. Un membre de notre communauté s’inquiète cependant de ses effets sur la nature du travail en milieu universitaire. L’IA menace-t-elle des emplois à l’UdeM?

Je pense qu’il faut relativiser la «menace». Tout d’abord, ce genre de mutation de l’emploi s’échelonne sur plusieurs années, voire des décennies. Ensuite, étant donné la position que nous occupons dans ce domaine de recherche, nous sommes en mesure d’exercer une certaine influence en amont des innovations disruptives, pour reprendre un terme cher aux économistes. C’est pourquoi je me réjouis que tout le mouvement autour de l’IA déborde largement le secteur de l’informatique et que nos chercheurs et nos étudiants de toutes les disciplines s’en saisissent. On le voit notamment avec la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle, qui a été élaborée sur notre campus et qui sera dévoilée bientôt.

Restons dans la recherche: l’IA n’est-elle pas en train de monopoliser les ressources et les budgets de recherche?

Je ne crois pas. Bien sûr, les conseils subventionnaires et certains partenaires publics et privés financent généreusement les projets de nos chercheurs dans cette branche. Et les médias ont une fascination pour les possibilités immenses que recèle l’intelligence artificielle. Mais je pense que l’IA a plutôt un effet structurant sur la recherche: elle ne monopolise pas, elle infiltre plutôt des champs comme la linguistique, le génie biomédical, la science politique ou les sciences de l’environnement. Son réel pouvoir sur la recherche est un effet d’entraînement. 

Que fait l’UdeM pour assurer une plus grande diversité sur son campus?

La vice-rectrice à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation et son équipe ont accompli un important travail pour donner à nos chercheuses la place qui leur revient dans le Programme des chaires de recherche du Canada. D’ici le printemps prochain, nous devrions avoir dépassé la cible que nous nous sommes fixée de 35 femmes titulaires de ces chaires, parmi les plus prestigieuses du pays. À l’échelle institutionnelle, j’ai annoncé au moment de mon allocution annuelle la nomination de la professeure émérite des sciences de l’éducation Marie Mc Andrew au poste de conseillère spéciale du recteur en matière d’équité, de diversité et d’inclusion. Il s’agit d’un nouveau poste et Mme Mc Andrew aura comme mandat stratégique de nous accompagner dans l’élaboration d’une vision d’ensemble pour l’Université.

Vous avez fait mention encore une fois cette année du sous-financement des universités québécoises. Nous sortons d’une période de compressions et certains s’inquiètent de la pression exercée sur nos ressources due au manque de financement. Ont-ils raison?

Oui. Il faut toujours s’inquiéter lorsque l’éducation manque de ressources. Et nous manquons de ressources: ce n’est pas moi qui le dis, c’est Maclean’s. Dans son dernier classement, le magazine répétait ce qu’il documente depuis plus de 10 ans: les universités québécoises sont les pires au pays pour la «dépense par étudiant», l’indicateur le plus fiable pour évaluer le niveau de financement. 

Comment se situe l’UdeM à ce chapitre?

La dépense par étudiant est de 9820 $ à l’Université de Montréal. C’est moins que ce que dépensent l’Université de la Colombie-Britannique, à savoir 15 320 $, ou encore l’Université de Toronto, soit 13 527 $. C’est aussi moins que ce que nous-mêmes dépensions par étudiant en 2012. Depuis 10 ans, la dépense par étudiant a augmenté d’un maigre 8 % à l’Université de Montréal, contre 28 % à l’Université de Toronto et plus de 50 % à l’Université de la Colombie-Britannique et à l’Université de l’Alberta. Je rappelle que nous avons la même mission, les mêmes exigences. Et ne me dites pas que le coût de la vie est moins élevé à Montréal: il est plus élevé ici qu’à Halifax, et pourtant l’Université Dalhousie consacre 14 534 $ à la formation de chaque étudiant, presque une fois et demie de plus que l’UdeM!

Pourtant, certains dénoncent le «gras» dans les universités. Un membre de la communauté se plaint de la lourdeur administrative. Et vous demande ce que l’Université fait pour assouplir ses processus.

Plus on travaille longtemps à l’Université de Montréal, plus on en mesure toute la complexité. Et ce qui est complexe peut parfois sembler lourd, alors que ce n’est que… complexe. Peut-on faire mieux? Assurément. Nous nous penchons sur nos façons de faire dans le cadre de la transformation institutionnelle et nous verrons des progrès dans les prochains mois. Je peux dire que nous avons déjà réduit de 25 % le temps requis pour nommer des titulaires aux postes vacants, ce qui n’est pas rien. 

Vous venez d'évoquer la transformation institutionnelle. La communauté veut savoir où en est ce projet.

Nous avons franchi la mi-parcours du plan Transcender les frontières. À ce jour, nous avons créé un centre de pédagogie universitaire, un observatoire du monde économique francophone, un réseau des diplômés et des donateurs, nous avons revu notre charte et nos statuts, nous avons intégré le Département de kinésiologie à la Faculté de médecine, nous avons mis en valeur les distinctions que reçoivent nos professeurs et nous avons lancé une campagne qui nous positionne comme l’Université de Montréal et du monde. Je suis très fier de ce que nous avons accompli et je suis certain que nous aurons transcendé les dernières frontières d’ici 2020.

Trois questions posées au recteur

Q. «Que comptez-vous faire afin de préserver la santé mentale des étudiants, sachant qu'ils éprouvent davantage de symptômes d'anxiété, d'anxiété de performance et de dépression?»

R. Les problèmes de santé mentale augmentent partout dans les universités au pays. Plus de 40 % des étudiants disent présenter des signes de dépression à un moment ou un autre de leur cursus. À l’UdeM, nous avons multiplié les gestes ces dernières années pour rehausser nos services de soutien psychologique. Les Services aux étudiants organisent des ateliers sur la gestion du stress, proposent des recettes santé à petits prix et facilitent l’accès aux consultations grâce à une équipe renouvelée de plus de 50 psychologues. Nous avons mis sur pied le programme volontaire Sentinelles, qui invite professeurs et membres du personnel à orienter les étudiants en détresse vers les ressources appropriées. Nous travaillons fort pour offrir à nos étudiants un campus bienveillant.

Q. «Comment se fait-il que certains départements embauchent de plus en plus de professeurs et d’agents de recherche qui n’ont pas le français comme langue de travail?»

R. Une chose est claire: l’Université de Montréal est un établissement francophone et nous avons réaffirmé avec force ce trait de notre identité institutionnelle dans le libellé de notre nouvelle charte. Mais un établissement francophone au sens fort du terme, c’est aussi un établissement qui permet à ceux et celles qui ne maîtrisent pas la langue de Molière de l’apprendre. Partout dans le monde, les universités sont des vecteurs d’intégration, y compris l’intégration linguistique. L’UdeM a un rôle central à jouer à ce chapitre dans le Québec d’aujourd’hui. L’important, c’est de bien encadrer nos professeurs et nos étudiants pour qu’ils finissent par communiquer dans la langue d’usage de notre campus. Et sur ce plan, le Bureau de valorisation de la langue française et de la Francophonie fait un très bon travail.

Q. «Je me demandais ce que l'Université compte faire pour avoir un fonds d'investissement plus vert et notamment se retirer du secteur pétrolier? Merci de prendre à cœur les enjeux environnementaux.»

R. L’Université a adopté, en 2016, une politique de placement responsable qui se conforme aux principes d’investissement responsable des Nations unies. Notre engagement dans la lutte contre les changements climatiques passe d’abord et avant tout par l’enseignement et la recherche, de même que par l’amélioration continue de nos pratiques de gestion, comme l’amélioration du bilan énergétique des campus. Et sur ces plans, nous sommes très actifs. En ce qui touche aux investissements dans nos différents fonds [fonds de dotation, régime de retraite], notre approche est incitative: nous encourageons les gestionnaires de portefeuille à tenir compte des facteurs environnementaux. En demeurant actionnaires d’entreprises, il nous est ainsi possible d’amener l’industrie de l’énergie à mieux répondre aux impératifs environnementaux. La stratégie que nous avons adoptée nous permet de retirer nos billes à tout moment de certaines sociétés dont le bilan environnemental ou social ne répond pas à nos valeurs.