Recherche sur la SLA: une visite pour sensibiliser le public

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  • Le 28 novembre 2018

  • Catherine Couturier
Le professeur Richard Robitaille avec Guy Aubert.

Le professeur Richard Robitaille avec Guy Aubert.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Le professeur Richard Robitaille et son équipe ont fait visiter le 20 novembre leur laboratoire à une personne atteinte de sclérose latérale amyotrophique accompagnée par trois de ses proches.

«Vous allez vivre cet après-midi ce qu’on vit dans une année», a annoncé Richard Robitaille, professeur titulaire au Département de neurosciences de l’Université de Montréal, à Guy Aubert, sa femme Nicole Bergeron et un couple d’amis, de même qu’à Claudine Cook et Roxanne Goulet, de la Société de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) du Québec, venus découvrir les dessous de la recherche sur cette maladie menée sur le campus de l’UdeM.

Le professeur Robitaille avait mis à l’encan virtuel de la Société de la SLA du Québec en juillet dernier une visite de son laboratoire: «La visite nous permet de faire d’une pierre trois ou quatre coups, dit M. Robitaille. Elle permet de mieux comprendre la recherche, de faire des liens entre l’expérience des patients, celle des proches aidants et la nôtre, d’augmenter la sensibilisation du public à cette maladie, d’expliquer ce qu’on fait et finalement d’amasser des fonds.» Guy Aubert, lui-même atteint de sclérose latérale amyotrophique, a remporté le lot.

Vision globale

La sclérose latérale amyotrophique, aussi appelée maladie de Lou Gehrig, est une maladie neurodégénérative qui attaque les motoneurones, ces cellules nerveuses contrôlant les muscles: «Les neurones moteurs dégénèrent et finissent par mourir. La connexion avec les muscles est alors perdue. Le cerveau veut faire quelque chose, mais le fil est déconnecté», illustre M. Robitaille. Dans ses travaux, il s’intéresse plus particulièrement à la jonction neuromusculaire, ce point de contact ultime qui permet la connexion au muscle: «Si on perd la jonction, on perd tout. Nous avons montré que, bien avant que les neurones soient touchés, les jonctions neuromusculaires sont détruites par la maladie. Cela crée un stress très important sur les cellules », explique M. Robitaille. L’équipe se penche entre autres sur les cellules gliales dans les jonctions, ces petits chefs d’orchestres encore peu étudiés qui contrôlent l’efficacité et la stabilité du contact, et qui réparent la jonction en cas de blessure.

L’équipe de Richard Robitaille tente d’avoir une vision globale de la maladie pour mieux la comprendre et parvenir à la traiter. La visite aura permis aux participants d’en apprendre davantage sur les différents processus de la recherche et les outils pour étudier la jonction neuromusculaire: surveiller la progression de la maladie et évaluer l’efficacité d’un traitement sur un modèle animal; regarder la structure des jonctions des muscles; voir comment les neurones parlent au muscle et comment le muscle répond; analyser les caractéristiques des cellules gliales; observer de façon longitudinale l’évolution des jonctions. «On veut mettre en place les pièces du puzzle», affirme Elsa Tremblay, étudiante au doctorat et membre du laboratoire du professeur Robitaille. Son père souffrait de sclérose latérale amyotrophique. «C’est pour cette raison que je fais de la recherche sur la maladie», confie-t-elle.

Un engagement total

Richard Robitaille travaille sur la SLA depuis 2010, après un hasard de la vie: «J’ai écrit un article en 1994 qui n’avait rien à voir avec la maladie, sur une protéine gliale dans le cerveau. En 2008, une jeune chercheuse qui m’avait trouvé grâce à cet article m’a abordé lors d’une conférence pour me dire que je devais absolument étudier la SLA.»

Depuis, le professeur s’est consacré corps et âme à la recherche sur la sclérose latérale amyotrophique. Il est aussi entré au conseil d’administration de la Société de la SLA du Québec en 2016 dans le but de rapprocher le monde de la recherche, les patients et leurs proches aidants. Il a mis à l’encan la visite du laboratoire dans cet esprit, pour humaniser la recherche et sensibiliser les étudiants aux effets de cette maladie.

La nature fulgurante de la sclérose latérale amyotrophique amène un sentiment d’urgence dans la recherche, et les personnes qui en sont atteintes sont avides d’information pour comprendre et savoir où en est la recherche. «Nous travaillons actuellement à prévenir la dégénérescence et à diminuer le stress sur les neurones qui essaient constamment de réparer les jonctions neuromusculaires et qui s’épuisent», précise M. Robitaille. Son équipe composée d’une dizaine d’étudiants et de professionnels de la recherche tente également de mettre au jour un biomarqueur qui permettrait de repérer les individus porteurs de la maladie avant la manifestation des symptômes (la grande majorité des cas se SLA sont «spontanés» et seul un très faible pourcentage de cas s'explique par l'hérédité). «Le système nerveux est bien fait. Au début, il compense, mais à un moment donné il ne pourra plus et les symptômes apparaissent», résume Frédéric Provost, étudiant à la maîtrise.