L’OUM emmène Cendrillon à Berlin

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  • Le 29 novembre 2018

  • Hélène Roulot-Ganzmann
Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Pour son 25e anniversaire, l’Orchestre de l’Université de Montréal se produira à la Maison symphonique de la Place-des-Arts le 8 décembre.

En concert à la Maison symphonique de Montréal, l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM) mettra à l’honneur l’immense Berliner Momente IV, de Walter Boudreau, l’intemporel Cendrillon, de Sergueï Prokofiev, et une création de la jeune compositrice britanno-colombienne Keiko Devaux.

Avec À perte de vue…, Keiko Devaux a remporté plus tôt cette année le Concours de composition de l’OUM. L’œuvre est aérienne, délicate, atmosphérique. Elle vient chercher le spectateur au plus profond de lui-même. La compositrice y évoque un souvenir très personnel, la perte de son père, pilote, lorsqu’elle était encore enfant. Regarder les avions dans le ciel jusqu’à ce qu’ils disparaissent de son champ de vision était alors devenu une activité quotidienne la raccrochant à lui.

«J’ai travaillé avec plusieurs sous-couches, raconte-t-elle. Certaines font clairement référence à mon père, comme ces bribes de sonates pour piano de Beethoven avec lesquelles il a découvert la musique classique. Elles s’entrelacent avec des sonorités plus jazz et des extraits de musique populaire de mon enfance. J’aime que mes œuvres soient accessibles à un large public en faisant appel à ses émotions.»

À perte de vue… ouvrira ainsi le concert Cendrillon à Berlin, donné le 8 décembre à la Maison symphonique. À l’occasion de cette saison soulignant les 25 ans de l’OUM, le directeur artistique de l’Orchestre, Jean-François Rivest, a voulu faire les choses en grand: il a invité la Société de musique contemporaine du Québec et l’École supérieure de ballet du Québec à prendre part à l’aventure.

«C’est l’histoire d’une amitié musicale entre la directrice de l’École, Anik Bissonnette, le directeur artistique de la Société, Walter Boudreau, et moi-même, indique-t-il. Le programme est exigeant et pousse les musiciens de l’Orchestre à relever un défi considérable. C’est beau de les voir. Ils ont une fraîcheur, un enthousiasme, une émotion, une vérité qu’on a tendance à perdre un peu avec la routine professionnelle.»

Une Cendrillon moderne

Le ballet Cendrillon, de Sergueï Prokofiev, dansé par les élèves de l’École supérieure de ballet du Québec, conclura ce programme, dans une version revisitée et dirigée par Jean-François Rivest.

«Jouer Cendrillon sans qu’à aucun moment il n’y ait les 12 coups de minuit, cela n’a pas beaucoup de sens! lance-t-il. J’ai donc choisi 20 extraits qui font le tour de l’œuvre et qui présentent en même temps un intérêt pédagogique tant pour les étudiants de l’Orchestre que pour les danseurs.»

Une vingtaine d’entre eux seront sur scène. Des adolescents de 14 à 16 ans trouvant là l’occasion de vivre une très grande expérience, parfois leur première. Ils sont dirigés par Gaby Baars, chorégraphe en résidence à l’École.

«Le plus difficile, c’est de faire vivre à des enfants des émotions adultes telles que l’amour entre un homme et une femme, note M. Baars. Il faut aussi adapter la chorégraphie à ce qu’ils sont capables de faire tout en essayant d’être original, alors même que l’œuvre a été chorégraphiée par les plus grands. Comme à mon habitude, je mixe les techniques classiques du ballet avec des pratiques plus modernes. J’amène Cendrillon dans le monde d’aujourd’hui.»

Une approche de peintre

Cette même modernité, on la trouve dans la pièce de Keiko Devaux, mais aussi dans celle du chef et compositeur Walter Boudreau, qui dirigera l’Orchestre dans la première partie du concert.

«Mon Berliner Momente IV et À perte de vue… sont des œuvres résolument différentes bien que toutes les deux contemporaines, mentionne-t-il, avouant du même coup être très impressionné par le talent de la jeune femme. Elle a une approche de peintre. Elle joue avec les textures musicales, avec la nature du son, avec le grain. C’est comme si elle faisait de la musique électro pour orchestre. Pour ma part, je suis plus préoccupé par le discours musical.»

Berliner Momente IV est le quatrième opus d’une grande œuvre en cinq parties, entamée en 1988 par Walter Boudreau à l’occasion du 750e anniversaire de la fondation de la ville de Berlin. Une œuvre basée sur deux aspects que le compositeur juge fondamentaux dans l’histoire du peuple allemand: sa dignité et sa noblesse d’une part, et la tragédie des heures sombres de l’autre. Pour symboliser ces deux facettes, il utilise à la fois l’hymne national allemand, tiré de L’empereur, de Joseph Haydn, et des motifs du Crépuscule des dieux, de Richard Wagner.

«Je chéris profondément ces deux compositeurs dont la musique transcende les époques et est une source d’inspiration inépuisable, considère-t-il. Je suis par ailleurs très heureux de participer à l’aventure Cendrillon à Berlin. Entendre mon œuvre interprétée par des musiciens pleins de promesses, c’est une grande chance! Ils sont déjà virtuoses et leur énergie est vraiment palpable.»

  • Crédit : Amélie Philibert
  • Crédit : Amélie Philibert
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En savoir plus

Concert Cendrillon à Berlin le samedi 8 décembre à 19 h 30 à la Maison symphonique, 1600, rue Saint-Urbain, à Montréal.

Billetterie de la Place-des-Arts