Deux maîtres de la téléportation se rencontrent à l’Université de Montréal

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  • Le 6 décembre 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Crédit : Maryse Boyce

En 5 secondes

Pas moins de 700 personnes ont assisté à une rencontre entre l’illusionniste Luc Langevin et le cryptologue Gilles Brassard le 4 décembre.

L’été dernier, l’illusionniste Luc Langevin a «téléporté» le chercheur Gilles Brassard au cours d’un spectacle qui sera retransmis à la télévision en mars prochain. Le théoricien de l’informatique quantique s’est assis dans un coffre-fort verrouillé et il est réapparu dans un autre, placé à quelques mètres du premier. «Je n’ai pas compris le truc», a juré ce dernier aux quelque 700 personnes venues assister à une rencontre entre les deux hommes le 4 décembre à l’amphithéâtre Ernest-Cormier de l’Université de Montréal.

L’auditoire de l’Échange entre deux Merlins des temps modernes a eu droit à une projection en avant-première de ce tour qui a laissé le public stupéfait. Pour Luc Langevin, la physique quantique est une source à laquelle il commence à puiser pour la conception de ses spectacles. «C’est une science où les molécules s’interpénètrent, où il y a des mondes parallèles…», a dit l’homme de 35 ans qui s’inspire constamment de concepts scientifiques pour imaginer ses numéros, sans toutefois tomber dans la pseudoscience.

Sur scène ou à la télé, il ne prétend pas avoir de dons surnaturels et affirme sans détour que c’est la perception de ses spectateurs qu’il trompe. Il est d’ailleurs suffisamment respecté par la communauté scientifique pour qu’on lui ait demandé de présider les Expo-sciences Hydro-Québec, une invitation qu’il honore depuis 2013.

Le courant passe

Frédéric Bouchard, Gilles Brassard et Luc Langevin.

Crédit : Maryse Boyce

Animée par la journaliste scientifique Chantal Srivastava, la rencontre a permis aux deux hommes de parler de leurs passions communes, la recherche fondamentale et la découverte des merveilles de la nature. «Je me considère comme un physicien amateur. Luc a fait plus d’études en physique que moi», a mentionné le professeur Brassard, qui est d’abord informaticien; ses connaissances en physique, il les a acquises «sur le tas», selon ses mots. Mais le théoricien a un attachement particulier à la magie; une des lectures marquantes de son enfance a pour titre Les illusionnistes et leurs secrets, de Michel Seldow. Il avait apporté son exemplaire.

Quant à Luc Langevin, après des études en génie et en physique, il a entamé un doctorat en biophotonique à l’Université Laval, qu’il a suspendu en 2009 pour se consacrer à temps plein à sa carrière d’illusionniste. Son émission Comme par magie, à ICI ARTV, a contribué à son ascension et il a multiplié les succès par la suite.

Dans la salle prenaient place des spectateurs admiratifs de l’un ou de l’autre, ou des deux. Un jeune homme a pris la parole pour dire que ses études en science, il les avait entreprises grâce à une émission de Luc Langevin. Puis, sa passion pour la découverte, il l’avait nourrie avec Gilles Brassard, son directeur de thèse depuis cinq ans.

Il est vrai que l’enseignement occupe une place importante dans la vie du professeur du Département d’informatique et de recherche opérationnelle. Mener des travaux de recherche fondamentale en théorie quantique ne nécessite qu’«un crayon, du papier… et de bons étudiants», nous confiait-il en juin dernier.

Saluer un collègue

«Ce soir, nous saluons un collègue professeur», a déclaré le doyen de la Faculté des arts et des sciences, Frédéric Bouchard, qui a souligné le travail remarquable de Gilles Brassard sur la téléportation quantique. Ses découvertes l’ont mené avec le physicien américain Charles Bennett, du Centre de recherche d’IBM, au prix Wolf 2018, que l’animatrice a présenté comme la dernière marche avant le prix Nobel de physique.

Au lieu de s’en tenir à une cérémonie protocolaire de reconnaissance, la faculté avait organisé cette rencontre gratuite qui a obtenu un vif succès, à en juger par l’attention de l’auditoire et le nombre de questions qui ont suivi l’entretien.