Le monde difficile de l’enfance ne dure qu’un temps

Crédit : Getty

En 5 secondes

Une étude de l’UdeM portant sur plus de 2000 enfants québécois confirme que leurs comportements s’améliorent après la «crise des deux ans», mais pas toujours.

En général, les jeunes enfants deviennent plus agressifs physiquement entre l’âge d’un an et demi et de trois ans et demi, mais cette agressivité se dissipe au fur et à mesure qu’ils grandissent ou quand ils entrent à l’école, révèle une nouvelle étude de l’Université de Montréal.

Certains enfants continuent toutefois de se montrer agressifs jusqu’à l’adolescence, ce qui les maintient en marge de la société, les incite à participer à des crimes violents, à boire de l’alcool et à prendre de la drogue.

Les enfants les plus à risque d’avoir un comportement agressif pendant toute leur enfance sont, surtout chez les garçons, ceux qui ont des parents peu éduqués et sujets à la dépression et qui grandissent dans une famille à revenu modique avec plusieurs frères et sœurs.

L’étude dirigée par Sylvana Côté, professeure à l’École de santé publique de l’UdeM, repose sur plus de 12 années d’évaluations comportementales menées dès la fin des années 90 auprès de 2223 enfants québécois âgés de 18 mois à 13 ans.

Les évaluations ont été réalisées par les mères et les enseignants des enfants ainsi que par les enfants eux-mêmes. Les données sont tirées de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec, qui fut lancée à la fin des années 90 par Richard E. Tremblay, professeur de pédiatrie et de psychologie à l’Université de Montréal.

Les résultats sont parus juste après Noël dans JAMA Network Open, une revue en ligne de l’American Medical Association. Les chercheurs espèrent que leur travail aidera les enfants à risque dans leur petite enfance, avant que leurs problèmes empirent.

«Les caractéristiques familiales des enfants, cinq mois après leur naissance, pourraient servir à cibler des interventions préscolaires destinées à prévenir l’émergence d’agressions physiques chroniques chez les enfants, lit-on dans l’étude, et des interventions pendant la grossesse et la petite enfance pourraient aider à prévenir les nombreuses agressions physiques chez les enfants qui vivent dans des familles à risque.»

Richard E. Tremblay est le directeur fondateur du GRIP à l’Udniversité. Spécialisé dans la recherche sur les enfants inadaptés, il a reçu le Prix de Stockholm de criminologie en 2017 et a été nommé officier de l’Ordre du Canada en décembre dernier. Il est également professeur émérite à la University College Dublin.

Dans la nouvelle étude, chaque enfant est évalué selon la fréquence à laquelle il ou elle se bat et attaque physiquement, frappe, mord ou tape d’autres enfants (c’est-à-dire parfois, souvent ou jamais).

Les filles ont tendance à obtenir de meilleurs scores que les garçons, car elles sont habituellement bien moins agressives qu’eux physiquement, mais pas toujours. En général, les scores révèlent qu’une fille sur quatre est plus agressive physiquement que les autres enfants, de la petite enfance au début de l’adolescence, si elle vient du même milieu à haut risque que les garçons. Ces filles ont tendance à avoir de moins bonnes notes à l’école, à commencer à fumer tôt, à tomber enceintes jeunes et à être victimes de violence de la part de leur petit ami.

À propos de cette étude

L’article «Risk factors associated with boys’ and girls’ developmental trajectories of physical aggression from early childhood through early adolescence», rédigé par Ali Teymoori et ses collaborateurs, est paru le 28 décembre 2018 dans la revue JAMA Network Open.

Relations avec les médias