Le projet Parité Physique vise à former une nouvelle génération de physiciennes à l’UdeM!

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  • Le 8 février 2019

  • Martin LaSalle
Depuis 20 ans, les femmes ne représentent que 20 % des nouvelles inscriptions au baccalauréat en physique. L’UdeM souhaite augmenter cette proportion à 40 % d’ici cinq ans.

Depuis 20 ans, les femmes ne représentent que 20 % des nouvelles inscriptions au baccalauréat en physique. L’UdeM souhaite augmenter cette proportion à 40 % d’ici cinq ans.

Crédit : Getty

En 5 secondes

Depuis plus de 20 ans, la proportion de femmes admises au baccalauréat en physique stagne à 20 % dans l’ensemble des universités. Avec le projet Parité Physique, l’UdeM souhaite renverser la vapeur!

Depuis 20 ans en Amérique du Nord et en Europe, les femmes ne représentent que 20 % des nouvelles inscriptions au baccalauréat en physique.

Or, trois membres du Département de physique de l’Université de Montréal souhaitent renverser la vapeur et sollicitent la participation des professeurs de physique des 65 cégeps de la province afin d’augmenter cette proportion à 40 % d’ici cinq ans.

Ainsi, le professeur agréé Jean-François Arguin, la professeure adjointe Julie Hlavacek-Larrondo* et l’auxiliaire de recherche Mirjam Fines-Neuschild ont lancé, en décembre dernier, le projet Parité Physique, qui propose aux 400 enseignants de physique des cégeps québécois d’encourager leurs étudiantes à entreprendre des études universitaires en physique.

L’idée d’implanter ce projet est née au sein du comité D-PHY, du Département de physique de l’UdeM, dont tous trois font partie. Ils se sont inspirés du projet STEP UP 4 Women, dirigé par la professeure américaine Zahra Hazari, de l’Université internationale de Floride.

Tandis qu’il était chercheur au Lawrence Berkeley Laboratory, aux États-Unis, Jean-François Arguin a été sensibilisé à la sous-représentation des femmes en physique notamment grâce à ses mentores Beate Heinemann, Marjorie Shapiro et Fabiola Gianotti.

Revenu à Montréal, il entend parler de STEP UP 4 Women: à l’échelle des États-Unis, le projet interpelle les professeurs du secondaire afin qu’ils valorisent la profession de physicien auprès des étudiantes et des membres des minorités culturelles. Les participants du comité D-PHY ont donc adapté l’idée à la réalité québécoise.

Aller au-delà de la représentation d’Einstein

Mirjam Fines-Neuschild et Jean-François Arguin.

Crédit : Amélie Philibert

«De façon un peu caricaturale, on se représente souvent le physicien type comme un homme blanc avec un sarrau et des lunettes, et les cheveux en bataille à l’image d’Einstein, illustre Jean-François Arguin. Ce que nous souhaitons, c’est que les enseignants de physique au collégial éveillent chez leurs étudiantes le désir de se tourner vers la physique.»

Pour ce faire, les responsables du projet s’appuient sur une dizaine de stratégies simples, articulées autour du recrutement, de la reconnaissance des compétences et de la réduction de la marginalisation.

«Les femmes et les personnes issues des minorités ont moins tendance à se voir comme des physiciennes et, pour qu’elles s’intéressent à la discipline et s’y reconnaissent, il faut qu’elles se sentent plus incluses», souligne Mirjam Fines-Neuschild.

Pour favoriser l’identification à la profession, les enseignants doivent repérer celles qui affichent un talent pour le domaine et les encourager à s’orienter vers la physique en reconnaissant et en mettant en valeur leurs compétences et leurs performances.

Il faut aussi rendre leur participation plus active dans les laboratoires: «Plusieurs filles ne touchent pas au matériel lors des expériences, déplore Mme Fines-Neuschild. On les voit souvent prendre des notes tandis que les garçons montent les appareils… Il faut plus d’équité dans la séparation des tâches effectuées au laboratoire afin que tous puissent acquérir les mêmes compétences.»

Miser sur l’effet papillon!

Julie Hlavacek-Larrondo.

Crédit : Amélie Philibert

Pour arriver à leurs fins, les membres du comité D-PHY misent sur la métaphore de l’effet papillon, selon laquelle de petits facteurs peuvent avoir de grands effets!

Ils ont ainsi communiqué avec les 400 professeurs de physique des cégeps afin de les informer du projet Parité Physique. Et bientôt, ils feront de même avec les enseignants de sciences des écoles secondaires québécoises.

«Les professeurs du secondaire passent un an avec leurs élèves et leur influence peut ainsi être plus grande, mentionne Jean-François Arguin. Il faut aller leur parler de carrières en physique et les sensibiliser à la sous-représentation des femmes en sciences.»

Avec son équipe, il a conçu le site Web du projet Parité Physique**: outre les 10 stratégies que les professeurs peuvent utiliser pour éveiller et développer chez leurs étudiantes le goût pour un parcours de formation en physique, le site offre une trousse et différents outils pour leur permettre d’adapter les stratégies à leur réalité.

Le site énumère aussi les champs d’activité dans lesquels une diplômée en physique peut travailler: la physique des particules, l’astrophysique, le secteur de l’énergie, la médecine, la biologie, la chimie, le génie et… l’enseignement de la physique et des sciences en général!


* Julie Hlavacek-Larrondo a participé à une table ronde sur la place des femmes en science le dimanche 10 février à l'émission Les années lumière

** Outre son site Web, le projet Parité Physique possède sa page Facebook.

Pour joindre les membres du projet, il suffit d’écrire à paritephysique(at)lps.umontreal.ca.

Quelques physiciennes célèbres

S’il y a eu beaucoup d’hommes qui ont marqué l’histoire de la physique, plusieurs femmes y ont aussi contribué de belle façon.

  • La Canadienne Donna Strickland (1959-) est devenue, en octobre dernier, la troisième femme à remporter le prix Nobel de physique, récompense partagée avec le Français Gérard Mourou, pour ses travaux en physique optique.
  • L’astronome et planétologue canado-américaine Sara Seager (1971-) est spécialisée dans l'étude des exoplanètes et de leur atmosphère. Elle a élaboré une version modifiée de l'équation de Drake pour estimer le nombre de planètes habitables dans la Galaxie. Ce travail lui a valu le prix MacArthur en 2013.
  • L’Italienne Fabiola Gianotti (1960-) est devenue, en 2016, la première femme à accéder à la direction générale de l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN). Physicienne des particules, elle a participé à l'expérience UA2 et aux travaux du détecteur ALEPH au sein du grand collisionneur électron-positon du CERN.
  • Anne-Marie Lagrange (1962-), astrophysicienne française spécialiste des systèmes planétaires extrasolaires, est connue pour avoir été la première parmi les scientifiques à observer une exoplanète autour d’une naine brune.
  • L’Américaine Katherine Johnson (1918-) fut une pionnière de la course à l’espace: la mathématicienne et astrophysicienne aujourd’hui centenaire a pris part aux programmes spatiaux américains en calculant notamment les trajectoires du programme Mercury et de la mission Apollo 11.
  • Marie Curie (1867-1934), physicienne et chimiste, a obtenu avec son mari et Henri Becquerel le prix Nobel de physique en 1903 pour ses travaux sur les radiations. Et en 1911 elle a reçu le prix Nobel de chimie pour sa découverte du polonium et du radium entre autres. Elle est la seule femme à ce jour lauréate de deux prix Nobel et la seule à avoir été récompensée dans deux disciplines scientifiques.