Mieux accompagner les personnes endeuillées

De gauche à droite: Roméo Dallaire, Frédéric Bouchard, Edward Ou Jin Lee, André-Anne Parent, Céline Bellot, Gérard Veilleux, Raymond Lalande, Lisette Jean et Guy Breton.

De gauche à droite: Roméo Dallaire, Frédéric Bouchard, Edward Ou Jin Lee, André-Anne Parent, Céline Bellot, Gérard Veilleux, Raymond Lalande, Lisette Jean et Guy Breton.

Crédit : Benjamin Seropian

En 5 secondes

Une nouvelle chaire est créée à l’École de travail social grâce à un don de la Fondation Monbourquette.

«Le deuil est une expérience humaine marquante qui suscite de grands bouleversements dans nos vies et crée un ensemble de besoins», explique Edward Ou Jin Lee, qui est, avec sa collègue André-Anne Parent, le cotitulaire de la nouvelle Chaire Jean-Monbourquette sur le soutien social des personnes endeuillées. Les deux experts en travail social et professeurs à l’École de travail social de la Faculté des arts et des sciences (FAS) sont nommés pour un mandat de cinq ans. 

La Chaire a pu voir le jour grâce à un don initial de la Fondation Monbourquette qui sera réparti sur une période de six ans, auquel s’ajouteront des sommes supplémentaires qui assureront sa pérennité. Elle vise à développer, partager et valoriser la recherche, la formation et la pédagogie en matière d’appui dans le processus du deuil. «Nous voulons créer des liens étroits, tant à l’École qu’au sein des autres universités, entre les chercheurs et les milieux des services sociaux et communautaires», mentionne Edward Ou Jin Lee.

Arrimer la recherche et l’enseignement

«Il s’agit d’une chaire de recherche et d’enseignement mais aussi de formation continue, explique André-Anne Parent. D’ailleurs, des formations conçues par le Centre de formation Monbourquette sont aujourd’hui offertes à l’Université de Montréal. On souhaite mettre de l’avant le soutien social que l’on définit à la fois par les réseaux sociaux formels et informels, notamment les amis et la famille, ainsi que les services communautaires et publics. Notre intention est de mettre en lien ces éléments avec le processus d’adaptation au deuil selon les huit étapes décrites par Jean Monbourquette.»

Parallèlement aux travaux qui tentent de répondre aux questions du «comment mieux accompagner les personnes en deuil», des formations seront intégrées au parcours initial des futurs travailleurs sociaux, des bourses seront offertes à des étudiants des cycles supérieurs et plusieurs stages de recherche seront également mis sur pied dans le cadre de la Chaire. L’objectif est de favoriser le développement des compétences d’un vaste bassin de professionnels dans l’intervention auprès des personnes en deuil et de leur entourage. «La mission de la Chaire est de renforcer l’éducation, la formation universitaire et les capacités d’intervention des travailleurs sociaux et des professionnels de la santé», fait valoir Céline Bellot, directrice de l’École de travail social.

Dans un premier temps, les chercheurs feront la recension des écrits afin de mieux comprendre la réalité de la perte, du deuil et les besoins en matière d’accompagnement des diverses personnes endeuillées. Ils effectueront ensuite une cartographie de la diversité des pratiques, défis et travaux en cours à l’échelle nationale, afin notamment d’obtenir une meilleure compréhension des communautés scientifiques engagées dans ce type de recherche, et de leurs interrelations. Cette démarche sera appuyée par le développement d’ateliers qui permettront d’enrichir la compréhension actuelle des pratiques et de ses enjeux au bénéfice de la communauté universitaire – tant praticiens que chercheurs et étudiants –, des accompagnateurs et des personnes endeuillées.

Qui était Jean Monbourquette?

Le psychologue, prêtre, professeur et auteur Jean Monbourquette, décédé en 2011, a commencé sa carrière de psychologue dans le domaine du deuil au Québec. Son premier livre sur le deuil, Grandir: aimer, perdre et grandir, a été traduit dans une douzaine de langues et vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde.

Bien que chaque deuil soit unique, la majorité des auteurs s’entendent pour dire que la trajectoire du deuil débute par une période de choc et de déni, suivie d’un temps de désorganisation, lequel fait généralement place à une phase de réorganisation. Jean Monbourquette, à partir de ses observations cliniques auprès des personnes endeuillées, a détaillé ce processus de deuil en huit étapes qui couvrent l’ensemble de l’expérience du deuil. Ces points de repère qui se vivent de façon dynamique sont le choc, le déni, l’expression des émotions, les tâches liées au deuil, la quête d’un sens, l’échange des pardons, le «laisser partir» et l’héritage spirituel. La particularité de l’approche de Jean Monbourquette est d’allier les dimensions psychologique et spirituelle de la personne.

Vouée à la cause et au soutien des personnes endeuillées, la Fondation Monbourquette a été créée en hommage au travail de Jean Monbourquette dans le domaine du suivi de deuil. Aujourd’hui, elle se consacre à la recherche de financement afin de poursuivre l'œuvre Monbourquette, notamment avec la création de cette chaire.

«Nous sommes très touchés de ce don généreux fait par la Fondation Monbourquette, tient à souligner Frédéric Bouchard, doyen de la Faculté des arts et des sciences. Le travail extraordinaire réalisé par la Fondation depuis plusieurs années a été structurant à de nombreux égards et l’École de travail social s’appuiera fièrement sur ces réalisations pour prolonger l’action de la Fondation.» «Je tiens à remercier chaleureusement Mme Jean et M. Veilleux de la confiance qu’ils témoignent à l’égard de l’École de travail social de l’Université de Montréal», conclut Mme Bellot.

Trois questions aux initiateurs

Mme Lisette Jean est la fondatrice et présidente du conseil d’administration de la Maison Monbourquette et M. Gérard Veilleux est le président du conseil d’administration de la Fondation Monbourquette. En août 2018, la Fondation Monbourquette décidait de réorienter son financement vers la création de la Chaire Jean-Monbourquette sur le soutien social des personnes endeuillées à l’Université de Montréal.

Pourquoi avoir choisi l’Université de Montréal?

Après 15 ans d’engagement inconditionnel au soutien des personnes endeuillées, la Maison et la Fondation étaient arrivées à une croisée de chemins. Nous nous sommes naturellement tournés vers un partenaire universitaire en raison des valeurs humanistes qui s’incarnent dans la transmission des connaissances. L’Université de Montréal représentait pour nous le meilleur choix: la qualité de ses équipes et de ses programmes, son engagement envers sa communauté et sa notoriété constituent de solides atouts pour une fondation comme la nôtre. Nous devons souligner la grande ouverture d’esprit de Céline Bellot, directrice de l’École de travail social, et de Frédéric Bouchard, doyen de la Faculté des arts et des sciences, pour leur vision du large rôle que doit jouer une université dans la société. Grâce à la participation de l’UdeM, nous avons bon espoir qu’à terme la création de la Chaire Jean-Monbourquette sur le soutien social des personnes endeuillées pourra non seulement aider davantage de personnes dans le deuil, mais aussi améliorer la société dans son ensemble en allégeant les effets sociaux d’une expérience à laquelle nul n’échappe.

Quel est le lien entre la Fondation Monbourquette et M. Jean Monbourquette?

Il y a plus de 30 ans, Mme Lisette Jean a eu un grave accident de voiture et, au même moment, sa mère décédait subitement. Après une longue convalescence, elle a écrit à Jean Monbourquette, prêtre, psychologue et écrivain, très investi auprès des personnes en deuil. En réponse, il l’a l’invitée au premier groupe de soutien aux endeuillés qu’il a animé, puis elle a participé à des formations en relation d’aide avec lui. Elle découvre alors qu’il est possible de se faire aider et de revivre après un deuil. 

Sa rencontre avec Jean Monbourquette a eu un tel impact que Mme Jean lui promet de créer un organisme en son honneur pour accueillir et réconforter les personnes endeuillées. Au cours des années, de nombreux services aux endeuillés ont vu le jour: un répertoire des différentes ressources en suivi de deuil au Québec, une ligne d’écoute sans frais 1 888 LE DEUIL, des rencontres individuelles et de groupe, ainsi que le Centre de formation Monbourquette qui, depuis 2010, a proposé de nombreuses conférences et formations sur le deuil, principalement destinées aux professionnels en relation d’aide. Pendant 15 ans, l'équipe d'employés et de bénévoles de la Maison Monbourquette a réalisé près de 35 000 interventions auprès de personnes éprouvées par la perte d'un enfant, d'un conjoint, d'un parent, d'un ami ou d’un proche.

Pourquoi soutenir l’avancement des connaissances sur le soutien social aux endeuillés?

Bien que tout le monde soit touché par le deuil et la mort, ils sont encore largement considérés comme des sujets tabous dans notre société. Avec la diminution de la pratique religieuse, l’éclatement des familles, la perte du sens de la collectivité et l’accélération effrénée de notre rythme de vie, il est devenu plus difficile de prendre le temps d’apprivoiser et de vivre la souffrance occasionnée par la perte d’un être cher. Or, le besoin de soutien et d’être entouré lors d’un deuil est toujours présent.

Chaque deuil est unique: il est vécu différemment selon les circonstances du décès, la personnalité et les convictions de l’endeuillé, son réseau social, sa relation avec le défunt, ses croyances personnelles et culturelles, etc. C’est pourquoi il est si important de mieux comprendre le deuil et ses effets collatéraux, à la fois individuels et sociaux. Les travaux menés par les titulaires de la Chaire Jean-Monbourquette éclaireront d’un jour nouveau la question du soutien social aux endeuillés et aideront les intervenants à offrir un meilleur soutien et un accompagnement adapté. Nous sommes heureux que la pérennité de l’œuvre Monbourquette soit dorénavant assurée et que cette chaire conjugue parfaitement les promesses du savoir et le sens des valeurs humanistes.

Création de la Chaire Jean-Monbourquette sur le soutien social des personnes endeuillées à l’École de travail social de l’UdeM

Un don généreux de la Fondation Monbourquette permet la mise sur pied d’une chaire d’études et de recherche consacrée au soutien social de personnes endeuillées à l’École de travail social de l’Université de Montréal. Les premiers titulaires de la Chaire sont André-Anne Parent et Edward Ou Jin Lee, tous deux professeurs à l’École de travail social.

Le lancement de la Chaire s’est tenu le 11 février, à l’Université de Montréal, en présence de l’honorable lieutenant-général Roméo Dallaire, des initiateurs du don, Gérard Veilleux, président du CA de la Fondation Monbourquette, et Lisette Jean, fondatrice et présidente du CA de la Maison Monbourquette, et de Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal.

«La création de la Chaire Jean-Monbourquette sur le soutien social des personnes endeuillées est une décision courageuse et visionnaire de la part de l’Université de Montréal. C’est un geste de rapprochement entre le savoir et l’humanisme, deux éléments essentiels au progrès harmonieux et équilibré de toute société», soulignent M. Veilleux et Mme Jean. «Le deuil étant une préoccupation grandissante, nous sommes heureux que la mission de la Fondation Monbourquette soit désormais appuyée par une institution avec une grande portée sociale. Tout en assurant la pérennité de l’œuvre de Jean Monbourquette, la mise sur pied de cette nouvelle chaire d’enseignement et de recherche bénéficiera non seulement à davantage d’endeuillés, mais aussi à toute la collectivité.» 

«Jean Monbourquette pratiquait, selon ses propres mots, la médecine du cœur, explique Guy Breton. Et c’est ce travail que la Chaire que nous inaugurons aujourd’hui va prolonger, en puisant dans l’expertise de notre école de travail social pour développer des idées nouvelles et les diffuser dans l’ensemble de la société. Je remercie chaleureusement la Fondation Monbourquette de la grande confiance qu’elle nous témoigne par ce don.»